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CAN 2021 : les supporters du Cameroun dans les zones anglophones du pays se cachent
- Author, Frederick Takang
- Role, Bamenda, Cameroun
Les supporters des zones anglophones du Cameroun disent avoir peur de soutenir publiquement l'équipe de leur pays, ou même dans certains cas de discuter publiquement de la CAN, suite aux menaces des groupes armés séparatistes.
Lors de la première rencontre des Lions indomptables du Cameroun face aux Etalons du Burkina Faso, un bar de Bamenda où se sont réunis les supporters pour acclamer leur équipe, a été attaqué par des hommes armés.
Dans le Sud-ouest anglophone où est basée la poule D, des coups de feu ont été entendus à quelques heures des matchs de cette poule.
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À Up Station, un quartier hautement sécurisé de Bamenda, un supporter s'apprête à venir visionner le match Cameroun vs Éthiopie. Le choix de ce lieu pour regarder cette rencontre n'est pas un fait du hasard.
Une menace pèse sur les supporters des Lions indomptables du Cameroun dans cette partie du pays.
"Cela dépend des endroits où on peut voir parce qu'au fin fond des quartiers là on ne voit pas, mais en ville on peut voir, soit à Yabastreet, à Up Station. Ce sont les quartiers sécurisés", explique le supporter.
En effet, pour des raisons de sécurité, nous ne pouvons pas donner les noms des personnes interrogées.
Dans cette ville, capitale d'une des régions anglophones du Cameroun en conflit, les fans de football ont choisi de faire peu de bruit autour des rencontres de la CAN et surtout quand ce sont les Lions indomptables qui jouent.
"Avec la situation de la région et tout, on est obligé de se retrouver en famille à la maison pour voir le match, avec la menace des séparatistes", dit un autre.
Décidément, il n'est pas du tout aisé d'être supporter des Lions indomptables à Bamenda.
"Pour regarder un match, il faut être tranquille, posé, après tu ne peux faire tes commentaires qu'avec ta famille, pas avec personne d'autre. C'est avec ta famille que tu peux faire tes commentaires parce qu'on ne connait plus qui est qui à Bamenda", indique un autre supporter.
Dans les rues de Bamenda, comme dans la plupart des autres villes de ces régions anglophones, l'effervescence autour de cette CAN est presque inexistante.
Arborer, par exemple, un maillot des Lions indomptables peut s'avérer être très dangereux pour un supporter résidant dans cette partie du pays, explique ce fan des Lions du Cameroun.
D'habitude, quand ils supportaient les Lions, dit-il, ils portaient le maillot de l'équipe nationale, marchaient et jubilaient. Mais ceci n'est plus possible.
"On ne peut plus faire ça. Quand tu portes le maillot des Lions, on dit que tu supportes le gouvernement. Parfois, on t'arrête et on t'emmène en brousse", confie-t-il.
Dans ce climat d'insécurité, ceux qui espéraient faire des bonnes affaires pendant cette fête de football au Cameroun nourrissent des regrets.
"Nous les gérants des bars, nous avons préparé pour rien. Nous ne recevons pas de clients, puisqu'à l'heure où le match doit déjà commencer, ils filent chez eux. Chacun prend une bière qu'il emballe et repart seulement, nous laissant seuls. Alors qu'avant la CAN, il y avait la paix, le calme. On faisait de grands chiffres d'affaires", explique-t-il.
Malgré les mesures sécuritaires mises en place par les autorités, les séparatistes armés anglophones, qui ont appelé au boycott de cette CAN dans cette partie du Cameroun, menacent de s'attaquer à tout mouvement lié à cette compétition.