Manifestations en Iran : qui détient réellement le pouvoir au sein du gouvernement ?

    • Author, Rédaction
    • Role, BBC News Mundo

La mort d'une jeune femme détenue par les forces de sécurité iraniennes a déclenché une vague de protestations violemment réprimées par les autorités et placé le pays sous le feu des projecteurs internationaux.

Mahsa Amini, 22 ans, a été arrêtée pour ne pas avoir correctement couvert ses cheveux avec le hijab (foulard). Elle est ensuite décédée, selon les autorités iraniennes, d'une crise cardiaque, mais sa famille affirme qu'elle a été tuée lors de sa garde à vue.

Ces événements se sont produits à la mi-septembre et quelque 150 personnes sont mortes lors des manifestations, selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Les événements ont également relancé le débat sur la question de savoir qui a le dernier mot dans ce pays riche en pétrole. Dans ce contexte, nous examinons la hiérarchie du gouvernement iranien.

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Quels sont les pouvoirs du chef suprême ?

La figure la plus puissante de l'Iran est l'ayatollah Ali Khamenei, le chef suprême du pays depuis 1989.

Khamenei est le chef de l'État et le commandant en chef des Forces armées. Il a autorité sur la Police nationale et la police morale, dont les agents ont arrêté Amini.

L'ayatollah contrôle également le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui est chargé de la sécurité intérieure du pays, et son aile volontaire, la Force de résistance Basij. Les bassidji ont à plusieurs reprises réprimé la dissidence en Iran.

Il est le décideur le plus puissant quand il s'agit de réprimer les manifestations.

Quel rôle le président joue-t-il ?

Ebrahim Raisi est le président de la République islamique d'Iran. Il est le plus haut fonctionnaire élu et la deuxième personnalité de l'État après le chef suprême.

M. Raisi est responsable de la gestion quotidienne du gouvernement et exerce une forte influence sur la politique intérieure et les affaires étrangères.

Toutefois, ses pouvoirs sont relativement limités, notamment en matière de sécurité.

Le ministère de l'Intérieur, sous le contrôle du président, dirige officiellement la Police nationale, qui a réprimé les manifestations. Toutefois, son commandant a été nommé par le chef suprême et lui rend directement compte.

Il en va de même pour le commandant du CGRI et du Basij.

Si le chef suprême veut réprimer les manifestations par la force, le président n'a d'autre choix que de s'incliner devant lui.

Les pouvoirs du président peuvent également être contrôlés par le Parlement, qui est chargé d'élaborer les lois. De son côté, le Conseil des gardiens - qui comprend de proches alliés du dirigeant suprême - a le pouvoir d'approuver les nouvelles lois et d'y opposer son veto.

Qu'est-ce que la police morale ?

La police des mœurs - ou patrouilles d'orientation - fait partie de la Police nationale.

Cette branche de l'agence de sécurité a été créée en 2005 pour faire respecter la moralité islamique et les lois sur les tenues vestimentaires "correctes", qui ont été introduites après la révolution islamique de 1979.

La police morale compte environ 7 000 agents, hommes et femmes, qui sont habilités à donner des avertissements, à imposer des amendes ou à arrêter des suspects.

Le président Raisi, un partisan de la ligne dure, a introduit plusieurs nouvelles mesures durant cet été, pour faire respecter les règles relatives au port du hijab.

Les mesures comprennent l'introduction de caméras de surveillance pour aider à détecter les femmes qui ne portent pas le voile, et une peine de prison obligatoire a été votée contre les personnes qui s'opposent au port du foulard.

Qui sont les gardiens de la révolution ?

Le Corps des gardiens de la révolution islamique est la principale organisation iranienne chargée de maintenir la sécurité intérieure. Il a été créé après la révolution pour défendre le système islamique du pays.

Le CGRI est désormais une force militaire, politique et économique majeure en Iran, avec plus de 150 000 soldats. Il dispose de ses propres forces terrestres, navales et aériennes, et supervise les armements stratégiques de l'Iran.

Les gardiens de la révolution disposent d'un bras à l'étranger, la Force Quds, qui fournit secrètement de l'argent, des armes, des technologies et des formations à ses alliés dans tout le Moyen-Orient.

Ils contrôlent également la force de résistance Basij.

Qu'est-ce que le Basij ?

La force de résistance dénommée Basij, officiellement connue sous le nom de l'Organisation pour la mobilisation des opprimés, a été formée en 1979 en tant qu'organisation paramilitaire de volontaires.

Elle possède des démembrements dans toutes les provinces et villes d'Iran, ainsi que dans de nombreuses institutions officielles du pays.

Ses membres, hommes et femmes, appelés "Basijis", sont fidèles à la révolution et servent sous les ordres du CGRI.

L'organisation compterait environ 100 000 membres chargés de tâches de sécurité interne.

Les bassidji ont été fortement impliqués dans la répression des manifestations antigouvernementales depuis l'élection présidentielle contestée de 2009.