Prince Williams: la "tromperie” de la BBC sur l’interview de Diana a “détérioré les relations de mes parents"

Crédit photo, CAPTURE D'ECRAN/BBC
- Author, Par Doug Faulkner & Joseph Lee
- Role, BBC News
Le duc de Cambridge reproche à la BBC des manquements concernant l'interview de sa mère. Selon lui, cela aurait alimenté "sa paranoïa et détérioré la relation entre ses parents".
Après qu'une enquête a révélé que la BBC n'avait pas respecté ses normes, le prince William a indiqué qu'il était "très attristé" que Diana "n'ait jamais appris qu'elle avait été trompée".
Il affirme que sa mère avait été trompée "non seulement par un journaliste véreux" mais aussi par les dirigeants de la BBC.
La police métropolitaine annonce qu'elle va évaluer le nouveau rapport, après avoir précédemment décidé de ne pas ouvrir d'enquête criminelle.
Le duc de Sussex impute la mort de sa mère à une culture médiatique toxique.
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Dans sa déclaration, le Prince Harry signale que "l'effet d'entraînement d'une culture d'exploitation et de pratiques contraires à l'éthique" a fini par coûter la vie à sa mère.
Il se dit préoccupé par le fait que ces pratiques "sont encore très répandues aujourd'hui", ajoutant qu'il s'agit d'un problème "plus important qu'un seul média, un seul réseau ou une seule publication".
"Notre mère a perdu la vie à cause de cela, et rien n'a changé. En protégeant son héritage, nous protégeons tout le monde et nous défendons la dignité avec laquelle elle a vécu sa vie", ajoute-t-il.
La BBC a présenté ses excuses aux Princes William et Harry, ainsi qu'au Prince de Galles et au frère de Diana, Earl Spencer.
Matt Wiessler, le graphiste qui a été le premier à s'inquiéter des faux documents utilisés pour obtenir l'interview et qui s'est ensuite vu refuser tout travail par la BBC, déclare à l'émission Today de Radio 4 que les excuses qui lui ont été envoyées jeudi à 22h00 BST étaient "trop peu et trop tardives".
Il reproche à Lord Hall, qui a mené une enquête interne à l'époque, et à Lord Birt, alors directeur général de la BBC, de ne pas lui avoir présenté d'excuses en personne.

Analyse
Par Jonny Dymon
Correspondant royal

Il est difficile de surestimer la force du sentiment exprimé par William.
Pas seulement à l'égard de Martin Bashir, mais de toute la BBC, qui, selon lui, a totalement échoué dans son enquête et a couvert des éléments qui n'étaient pas à son goût.
Notez qu'il n'a pas été question de tirer un trait sur cette affaire, ni de dire qu'elle remonte à loin.
Au lieu de cela, il accuse effectivement la BBC d'avoir poussé ses parents au divorce et d'avoir joué un rôle dans les événements qui ont conduit à la mort de sa mère.
Harry a lui aussi publié une déclaration, pas aussi furieuse, pas aussi pointue, évoquant, comme il l'a déjà fait, une "culture d'exploitation et des pratiques contraires à l'éthique".
Dans le passé, bien sûr, c'était Harry qui était plus en colère contre les médias, William semblait avoir fait la paix avec eux, mais le second dans la ligne de succession au trône a lancé une attaque virulente contre la BBC, un signe de sa profonde blessure et de son profond désarroi.

L'enquête indépendante - menée par Lord Dyson, juge à la retraite - révèle que l'intervieweur Martin Bashir a agi de manière "trompeuse" et a falsifié des documents pour obtenir son interview.
L'enquête menée par la BBC en 1996, sous la direction de Lord Hall, alors directeur de l'information et des affaires courantes, sur les plaintes initiales concernant ce qui s'est passé, s'est avérée "terriblement inefficace", ajoute le rapport.
Le prince William estime que l'interview a "largement contribué à envenimer la relation de mes parents", ajoutant qu'elle a "depuis lors blessé d'innombrables personnes".
"Mais ce qui m'attriste le plus, c'est que si la BBC avait enquêté correctement sur les plaintes et les préoccupations soulevées pour la première fois en 1995, ma mère aurait su qu'elle avait été trompée", ajoute-t-il.
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"Elle a été trompée non seulement par un journaliste véreux, mais aussi par des dirigeants de la BBC qui ont détourné le regard au lieu de poser les questions difficiles."
Lord Dyson a découvert que Bashir a trompé Earl Spencer pour qu'il présente le journaliste à sa sœur en lui montrant de faux relevés bancaires qui suggéraient faussement que des personnes étaient payées pour surveiller la princesse.
Le prince William souligne que, selon lui, la façon frauduleuse dont l'interview a été obtenue "a considérablement influencé ce que ma mère a dit" en réponse à Bashir.
Il ajoute que le programme d'interview original de Panorama n'avait "aucune légitimité" et ne devrait plus jamais être diffusé.

Crédit photo, PA Media
"Il a effectivement établi un faux récit qui, depuis plus d'un quart de siècle, a été commercialisé par la BBC et d'autres organismes", explique-t-il.
M. Bashir souligne que le fait de se servir des documents "était une chose stupide à faire" et qu'il le regrettait, mais il ajoute qu'ils n'avaient aucune incidence sur la décision de Diana d'être interviewée.
Une note écrite par Diana, publiée pour la première fois dans le reportage, indique qu'elle ne regrette pas l'émission et que Bashir ne lui a pas montré les documents truqués. La BBC a considéré cette note comme une preuve/ des affirmations de Bashir.
Mais Lord Dyson a signalé que la BBC aurait dû envisager la possibilité que les documents soient montrés à son frère, le comte Spencer, et utilisés indirectement pour avoir accès à la princesse.
Le ministre de la Justice, Robert Buckland, estime que les conclusions "dévastatrices" de l'enquête sur les actions "infondées et erronées" de hauts responsables de la BBC signifiaient que le gouvernement devrait se demander si la gouvernance de la société devait être réformée.
L'enquête indépendante a été commandée par la BBC l'année dernière, après qu'Earl Spencer a rendu publiques des allégations sur la façon dont l'interview a été obtenue.
Ses conclusions ont été publiées jeudi.
Lord Dyson a découvert :
- Bashir a gravement enfreint les règles de la BBC en simulant les faux relevés bancaires qui lui ont permis de gagner la confiance d'Earl Spencer.
- En obtenant l'accès à Diana par l'intermédiaire de son frère, Bashir a pu la persuader d'accepter l'interview.
- Et alors que l'intérêt des médias pour l'interview augmentait, la BBC a dissimulé ce qu'elle avait appris sur la manière dont Bashir avait obtenu l'interview. Lord Dyson a déclaré que cela "ne correspondait pas aux normes élevées d'intégrité et de transparence qui sont sa marque de fabrique".
Le comte a avoué dans un nouveau documentaire de la BBC Panorama : "l'ironie est que j'ai rencontré Martin Bashir le 31 août 1995 - parce que deux ans plus tard exactement, elle est morte, et je trace une ligne entre les deux événements".
Il ajoute qu'il était "assez clair", dès qu'il a présenté Bashir à Diana en septembre 1995, que "tout le monde allait être rendu indigne de confiance, et je pense que Diana a perdu la confiance de personnes vraiment clés".
Patrick Jephson, ancien secrétaire particulier de Diana, souligne que l'interview avait "détruit les liens qui subsistaient avec Buckingham Palace" et rendu Diana vulnérable à "des personnes qui n'avaient pas son intérêt à cœur".

Crédit photo, CAPTURE D'ECRAN/BBC
M. Wiessler ajoute que cette enquête aurait dû avoir lieu en 1996, lorsqu'il a tiré la sonnette d'alarme pour la première fois, et qu'il existait toujours une culture selon laquelle "les petites gens" et les dénonciateurs n'avaient pas besoin d'être inquiétés.
Il affirme que ce n'est pas une "réponse appropriée pour les 25 années pendant lesquelles j'ai attendu que les gens cessent de me traiter de faussaire et de fauteur de troubles".
Il appelle les hauts responsables de la BBC de l'époque à lui présenter des excuses en personne : "personne ne s'est manifesté. C'est juste faible, calculateur, et très honnêtement après 25 ans, c'est méchant ce qu'ils font - à ce jour."
L'ancien producteur de la BBC Mark Killick révèle qu'on lui a dit qu'il est écarté de Panorama après avoir soulevé des inquiétudes au sujet des documents falsifiés parce que "nous ne voulons que des personnes loyales dans le programme".
Il déclare à BBC Breakfast que le rapport était un "bon début" mais que la BBC a créé une "culture de la peur" qui a peut-être contribué aux scandales ultérieurs. Les dirigeants actuels doivent faire savoir clairement que le personnel peut "dire la vérité au pouvoir sans craindre de perdre son emploi", ajoute-t-il.
L'interview de Bashir avec la princesse Diana pour une édition spéciale de Panorama est un énorme scoop pour la BBC. Dans cette interview, la princesse Diana révèle: "nous étions trois dans ce mariage", en référence à la liaison de son mari avec Camilla Parker Bowles.
C'était la première fois qu'un membre de la famille royale en exercice parlait aussi ouvertement de la vie dans la famille royale. Les téléspectateurs l'ont vue parler de son mariage malheureux avec le prince Charles, de leurs liaisons et de sa boulimie.
Bashir, 58 ans, est l'un des journalistes les plus connus du Royaume-Uni. Il a également fait la une des journaux pour son interview de la pop star Michael Jackson en 2003.
La semaine dernière, il a quitté la BBC, invoquant des problèmes de santé persistants. Il était correspondant et rédacteur en chef pour les questions religieuses depuis 2016.
Dans une déclaration, Lord Hall reconnaît qu'il a eu tort d'accorder à Bashir le "bénéfice du doute" à l'époque de l'enquête interne qui a innocenté Bashir, Panorama et BBC News de tout acte répréhensible.
Il ajoute que tout au long de ses 35 ans de carrière à la BBC, il a "toujours agi d'une manière que je crois juste, impartiale et en plaçant l'intérêt public au premier plan".

Crédit photo, CAPTURE D'ECRAN/BBC
L'actuel directeur général de la BBC, Tim Davie, déclare : "bien que le rapport indique que Diana, princesse de Galles, était enthousiaste à l'idée d'une interview avec la BBC, il est clair que le processus d'obtention de l'interview était loin de répondre à ce que le public est en droit d'attendre".
"Nous sommes vraiment désolés pour cela. Lord Dyson a identifié des manquements évidents", précise-t-il.
Il ajouté que la BBC aurait dû "faire plus d'efforts pour faire la lumière sur ce qui s'est passé à l'époque et être plus transparente sur ce qu'elle savait".
Dans une lettre envoyée par M. Davie au prince Charles, le directeur général s'est excusé pour les "allégations mensongères" de Bashir sur le prince, les membres de son personnel et d'autres membres de la famille royale.
La lettre précise que la BBC reconnaît que Bashir a fait ces affirmations "dans l'intention de jouer sur les craintes de la princesse, afin d'éveiller son intérêt pour lui, et sans se soucier de l'impact sur ceux qu'il a diffamé".
Une enquête de Panorama sur l'interview - reportée de la semaine dernière - a été diffusée jeudi soir sur BBC One, quelques heures après la publication des conclusions de Lord Dyson.













