À l'approche du G20, le centre-ville de Johannesburg est-il en ruines ?

    • Author, Ayanda Charlie & Hollie Cole
    • Role, BBC Africa Eye

Dans moins de quinze jours, les dirigeants des principales économies mondiales se réuniront à Johannesburg, cœur économique de l'Afrique du Sud, pour le sommet du G20.

Mais à quelques kilomètres seulement de ce site rénové et ultra-sécurisé se trouve un centre-ville que les autorités peinent à améliorer et à sécuriser.

Elles doivent relever d'importants défis pour assainir plus de 100 bâtiments abandonnés, souvent jonchés d'ordures et d'eaux usées à ciel ouvert, et dont certains sont occupés par des bandes criminelles.

"Il y a des armes, de la drogue, des prostituées, il y a de tout ici", témoigne Nelson Khetani, habitant de l'immeuble MBV1, situé à Joubert Park.

La négligence et le manque d'entretien ont laissé des cuisines communes vandalisées et délabrées, tandis que des eaux usées débordent dans ce qui était autrefois la buanderie.

M. Khetani a confié à BBC Africa Eye que des appartements de l'immeuble MBV1 avaient été squattés – un phénomène où des espaces, voire des logements entiers, sont occupés et contrôlés par des criminels pour percevoir des loyers et, parfois, servir de base à des activités illégales.

La BBC a recensé et confirmé la présence de 102 bâtiments abandonnés ou délabrés dans le centre-ville, sur une superficie d'environ 18 km² (plus de 18 millions de mètres carrés), mais d'autres médias font état de chiffres bien plus élevés. Certains de ces bâtiments ont été squattés et sont inhabitables.

L'état de la ville préoccupait le président Cyril Ramaphosa lorsqu'il s'est adressé au conseil municipal en mars, à l'occasion du sommet du G20.

"J'ai trouvé la ville insalubre", a-t-il déclaré.

"C'est un spectacle désolant de traverser le centre-ville… On y trouve de nombreux immeubles abandonnés, des bâtiments squattés, des propriétaires qui ne paient ni impôts ni taxes."

Le maire de Johannesburg, Dada Morero, avait alors affirmé que la ville était "prête à accueillir le G20".

Le mois dernier, dans le cadre d'une campagne de nettoyage à travers Johannesburg, le conseil municipal a annoncé que le centre-ville avait été "ciblé… pour éradiquer de manière systématique l'anarchie généralisée, les activités illégales, les propriétés squattées et les infractions graves aux règlements municipaux".

Mais les défis à relever pour cet événement mondial sont immenses.

L'incendie qui a ravagé l'un de ces immeubles abandonnés il y a deux ans, et qui a fait 76 victimes, était censé inciter la population à agir, mais il semble que peu de choses aient changé. La BBC s'est rendue dans un autre immeuble du centre-ville, Vannin Court, où les pièces étaient couvertes de saleté et jonchées de détritus. Une forte odeur d'excréments humains imprégnait le bâtiment.

Sinethemba Maqoma, une habitante, a indiqué à la BBC que Vannin Court, propriété de la municipalité, avait été squatté et que cette dernière avait coupé l'eau.

"La municipalité était furieuse des délits commis dans cet immeuble… c'est pour ça qu'ils ont coupé l'eau", a expliqué une autre habitante, Sinqhiwe Goodman Sithole.

Le conseil municipal de Johannesburg n'a pas répondu à la demande de commentaires de la BBC concernant l'approvisionnement en eau de Vannin Court.

Il n'y a pas non plus d'électricité, a signalé M. Maqoma, ajoutant qu'ils utilisent du gaz et des lampes solaires.

Faute de ces commodités, les habitants cuisinent à l'aide de bonbonnes de gaz portables pour alimenter leurs réchauds. Mais sans eau courante ni extincteurs à proximité, le risque d'incendie est considérable.

Des voitures abandonnées au sous-sol de l'immeuble étaient partiellement submergées d'eaux usées qui débordaient dans une ruelle adjacente. Des détritus flottaient à la surface de cette boue stagnante.

M. Maqoma a montré à la BBC une salle de bains sombre et insalubre, équipée de toilettes qu'il explique actionner en y versant un seau d'eau.

"Quand on tire la chasse, l'eau s'écoule directement au sous-sol", a-t-il déclaré.

Les problèmes de logement de la ville ne sont pas un phénomène récent.

Depuis la fin de l'apartheid et du régime de la minorité blanche en 1994, de nombreux résidents noirs et métis ont quitté les townships de la périphérie pour s'installer dans le centre-ville et se rapprocher de leur lieu de travail.

Cet afflux massif de population a exercé une forte pression sur l'offre de logements décents. Conjugué au sous-investissement et au départ de nombreux propriétaires aisés, ce phénomène a entraîné l'abandon de nombreux immeubles, dont certains sont devenus des repaires pour des activités illégales comme le détournement de véhicules.

Joseph, un pseudonyme, est un ancien détourneur de véhicules qui s'est confié à la BBC sous couvert d'anonymat. Il a expliqué avoir été engagé par des criminels locaux pour "nettoyer" un immeuble, puis "coller des affiches et écrire 'appartement à louer'". Mais percevoir les loyers n'était pas l'activité principale.

"L'activité principale dans ces immeubles, c'est la fabrication de drogue", a-t-il affirmé. "Ils fabriquent du nyaope pur. Beaucoup d'immeubles, notamment ici à Johannesburg, ont été détournés de cette façon."

Le nyaope est une drogue de rue très addictive en Afrique du Sud, contenant souvent des substances comme de l'héroïne de mauvaise qualité, du cannabis, des antirétroviraux et, dans certains cas, même du poison pour rats. Il peut provoquer des douleurs abdominales, des problèmes respiratoires et de la dépression.

Joseph a révélé être hanté par les pensées de ceux qui ont pu souffrir des conséquences de ce qui s'est passé là où il exerçait.

"Parfois, quand je dors, je vois des gens, je vois des gens. Des gens sont morts dans ces immeubles. Des gens ont disparu. Je regrette d'avoir mal tourné dans ma vie", a-t-il confié à la BBC.

Joseph a expliqué avoir quitté le gang après avoir découvert que d'autres membres complotaient pour l'assassiner, ajoutant qu'il était soulagé de quitter le milieu criminel.

Il a cependant laissé entendre qu'une des raisons possibles pour lesquelles l'immeuble squatté n'avait pas été évacué par les autorités était la corruption.

Joseph a affirmé que les expulsions étaient empêchées grâce à ses "bonnes relations avec la mairie et la police", ce qui impliquait des pots-de-vin.

Interrogé sur les allégations de collusion avec les squatteurs, le directeur adjoint de la communication de la ville de Johannesburg, Nthatisi Modingoane, a déclaré que la mairie ne disposait d'aucun "élément concret" ou "crédible" suggérant une quelconque malversation.

Concernant la lutte contre les activités criminelles dans les immeubles squattés, le porte-parole a déclaré que des opérations avaient permis d'interpeller des personnes en possession de drogue et d'armes illégales, et que ces dossiers étaient actuellement entre les mains des services de police sud-africains pour complément d'enquête.

M. Modingoane a ajouté que la municipalité allait intensifier ses opérations de lutte contre la criminalité dans les immeubles squattés et s'assurer de "nettoyer la ville".

La police de Johannesburg n'a pas répondu à la demande de commentaires de la BBC concernant les faits de corruption et d'intimidation.

L'expulsion des occupants de ces immeubles abandonnés et squattés semble être la solution de facilité.

Cela pourrait permettre une rénovation urbaine indispensable. Cependant, ce serait une opération coûteuse et complexe sur le plan juridique.

En premier lieu, la Constitution sud-africaine protège le droit au logement.

Cela signifie qu'une fois qu'une personne est installée dans un immeuble et qu'elle peut prouver qu'elle n'a nulle part où aller, elle ne peut être expulsée que si l'État lui fournit un logement de remplacement. Cela engendre des coûts pour les collectivités locales, et le relogement des personnes hors d'un bâtiment est en soi coûteux.

Le shérif du district central de Johannesburg, dont la juridiction couvre une partie du centre-ville, a déclaré que les expulsions ne pouvaient être menées à grande échelle ni fréquemment en raison de contraintes budgétaires.

Le rôle du shérif Marks Mangaba est d'exécuter les décisions des tribunaux, notamment de procéder aux expulsions une fois qu'un propriétaire a obtenu un ordre d'expulsion.

Les propriétaires, qu'ils soient privés ou publics, doivent prendre en charge les frais de relogement des occupants après avoir obtenu cet ordre. Cependant, M. Mangaba a indiqué que les expulsions à grande échelle représentaient une opération "très coûteuse, se chiffrant en millions de rands".

Même si la ville de Johannesburg pouvait se permettre d'expulser un grand nombre de personnes, cela engendrerait une crise massive du logement et la municipalité devrait alors fournir des solutions d'hébergement.

De plus, la loi sud-africaine sur la prévention des expulsions illégales exige que chaque expulsion soit accompagnée d'un ordre judiciaire, ce qui peut entraîner des blocages dans le système judiciaire. En mars dernier, le président avait souligné l'importance de transformer les immeubles squattés de Johannesburg en logements où la population puisse vivre dans la dignité.

Mais pour de nombreux habitants, cet espoir reste vain.

Devant l'immeuble MBV1, M. Khetani explique qu'il y vit depuis 2008, alors qu'il était censé s'agir d'un logement temporaire.

"La mairie m'a dit qu'il n'y avait pas de logement permanent à disposition", déplore-t-il.

"La ville n'a pas d'argent et personne ne s'en soucie."

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