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Que sait-on des arrestations et mandats d'arrêts au Bénin ?
- Author, Mamadou Faye et Rachida Houssou
- Role, BBC Afrique
Une semaine après le putsch manqué du lieutenant-colonel Pascal Tigri, la police procède à des arrestations d'hommes politiques à Cotonou, la capitale. Parmi eux, figurent Chabi Yayi, le fils de l'ancien président du pays, et l'ancien ministre de la Défense, Candide Azannaï. Les raisons de leur arrestation ne sont pas encore communiquées par les autorités.
A Cotonou, la police a procédé à l'arrestation de quelques figures de l'opposition, une semaine seulement après le putsch manqué du lieutenant-colonel Pascal Tigri, en fuite.
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Qui sont les personnes arrêtées et que représentent-elles ?
Le premier homme politique interpellé est Candide Azannaï, une figure de l'opposition béninoise. Il a été arrêté vendredi 12 décembre, à Cotonou, selon un de ses proches qui s'est entretenu avec l'Agence France Presse.
Dans une publication sur Facebook, l'ancien ministre de la Défense et ancien collaborateur du président Talon, avait pourtant condamné mercredi la tentative de putsch.
Chabi Yayi, le fils de l'ancien président Bony Yayi, a également été interpellé. Dans la nuit du samedi au dimanche, il a été arrêté et placé en garde à vue. Les raisons de son interpellation ne sont pas précisées, mais elles pourraient être liées à la tentative du putsch militaire manqué du dimanche 7 décembre dernier.
"Chabi Yayi, secrétaire aux affaires extérieures du parti d'opposition "Les démocrates", a été placé en garde à vue dans la soirée du dimanche. Le fils de l'ancien président Boni Yayi a été interpelé dès les premières heures de la même journée, aux environs de 2h du matin à son domicile à Cotonou", renseigne la correspondante de BBC Afrique à Cotonou.
"Selon une source judiciaire, son domicile a été perquisitionné au moment de son interpellation, et des appareils dont des ordinateurs ont été saisis. A la fin de son audition, la police judiciaire a décidé de le placer en garde à vue. Officiellement, on ne sait pas encore ce qui lui est reproché", précise Rachida Houssou.
Un mandat d'arrêt international a également été émis contre Sabi Sira Korogone pour "apologie de crimes contre la sûreté de l'État", "incitation à la violence" et "incitation à la rébellion". Le président de "La Coalition Bénin Debout" et par ailleurs leader de l'initiative Nikki en 2018, est un fervent opposant à la gouvernance du régime de Patrice Talon.
En dehors de ces figures de l'opposition, l'armée béninoise avait déjà mis aux arrêts 14 militaires le jour de la tentative de coup d'Etat. D'ailleurs, ils sont attendus ce lundi au tribunal pour faire face au procureur spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET).
Mais que reproche-t-on à ces hommes politiques, et quel lien peuvent-ils avoir avec la tentative de putsch ?
Qu'est-ce qui leur est reproché et que disent leurs avocats ?
Selon un des avocats de l'opposant Chabi Yayi, la procédure judiciaire déclenchée contre lui serait liée à la tentative de putsch du 7 décembre 2025 au Bénin.
"Tout ce qui arrive aujourd'hui à M. Chabi est lié d'une part au récent coup d'Etat heureusement déjoué, et d'autre part, ce pourquoi il est arrêté serait en rapport avec des soupçons de relations prétendues avec des personnes ou des entités qui seraient opposées à la gouvernance en place", a confié Me Augustin Aballo à la BBC.
Toutefois, l'avocat a tenu à préciser que "les éléments de preuve disponibles aujourd'hui ne permettent pas de rattacher M. Chabbi Yayi à tous les soupçons" (dont il fait l'objet).
Le parti Les démocrates a publié dans l'après-midi du dimanche 14 décembre un communiqué pour dénoncer les conditions d'interpellation de son secrétaire national aux affaires extérieures.
"Le parti Les Démocrates informe l'opinion nationale et internationale que, pendant qu'il prend toutes ses dispositions pour préparer et gagner la prochaine élection législative, son secrétaire national aux affaires extérieures M. Chabi Georges Nadjim Yayi, a été enlevé chez lui aux environs de deux heures du matin, par des individus en tenue policière", a alerté la formation politique dans son communiqué.
"Conduite à la Brigade économique et financière, aucune information formelle n'a été communiquée pour le moment, ni à sa famille ni aux responsables du parti", poursuit le communiqué.
La formation politique dirigée par l'ancien président Boni Yayi "dénonce avec la plus grande fermeté" cette arrestation et dit "s'inquiéter de l'intégrité physique de son responsable" dont elle "exige la libération immédiate".
Boni Yayi, lui-même leader du parti Les Démocrates avait condamné la tentative de coup d'Etat contre le président Patrice Talon.
Pour le cas de l'ancien ministre de la Défense, Candide Azannaï, il n'y a jusqu'ici pas de communication officielle établissant le lien de son arrestation avec le coup d'Etat manqué du 7 décembre dernier.
Les autorités ont-elles communiqué ?
Les autorités béninoises n'ont pas encore communiqué sur les raisons qui motivent les arrestations de ces figures de l'opposition, encore moins une liste officielle de suspects à interpeller dans le cadre de ce dossier.
En revanche, elles ont émis un mandat d'arrêt international contre Kemi Seba, le leader de l'ONG Urgences panafricanistes, pour "apologie de crimes contre la sûreté de l'État et incitation à la rébellion".
A l'annonce du putsch le dimanche 7 décembre, ce dernier s'était réjoui du "jour de la libération" de son pays.
L'activiste a encore réagi dimanche 14 décembre, dans une vidéo, pour dire qu'il a pris ses précautions. S'adressant directement au président Patrice Talon, il a signalé que ce dernier ne pourra pas les arrêter.
Dans son message à la nation au soir du 7 décembre, le président Talon, avait averti que la tentative de coup d'Etat qu'il considère comme une "forfaiture ne restera pas impunie".