« Ça n'a pas l'air africain » : remettre en question les stéréotypes à la Tate Modern

    • Author, Jenna Abaakouk
    • Role, Londres

Nadia Denton souhaite vous faire changer votre perception de l'art africain.

« Il existe une idée fausse selon laquelle l'art africain se résume aux masques et aux sculptures », explique cette guide bénévole spécialisée dans le patrimoine africain à la Tate Modern, une galerie d'art située dans le centre de Londres.

« Les œuvres que nous voyons généralement lors de la visite ne semblent pas « africaines ».

À l'intérieur de la galerie, la vision de Nadia devient immédiatement claire : les pièces sur lesquelles elle se concentre sont modernes, conceptuelles, abstraites et en totale contradiction avec les clichés de l'art africain auxquels s'attendent de nombreux visiteurs.

Sur des murs blancs immaculés, des éclats de couleurs jaillissent de toiles modernes. Des textiles sont suspendus en couches superposées, des formes audacieuses s'étendent à travers la pièce et des silhouettes sculpturales se dressent sous des formes inhabituelles.

Nadia organise diverses visites guidées dans plusieurs musées.

Au V&A, elle dirige le projet African Gaze, qui s'intéresse à la représentation des Africains dans l'art européen des XVIIe et XVIIIe siècles. Au British Museum, elle explore la vision du monde des Igbos du Nigeria.

Mais ici, à la Tate Modern, elle s'intéresse principalement au modernisme africain et à l'afro-surréalisme, des mouvements qui, selon elle, sont rarement mis en avant dans les grandes galeries occidentales.

« Les artistes d'origine africaine ont souvent été dénigrés ou ont eu du mal à se faire connaître sur la scène internationale », explique-t-elle.

Nadia explique au groupe participant à la visite guidée que son objectif est d'attirer l'attention sur le travail des artistes d'une manière accessible à tous.

« C'est vraiment une question de présence », ajoute-t-elle. « Être chaleureuse et amicale. Ne pas parler au-dessus de la tête des gens. Utiliser des exemples tirés de la vie quotidienne. Je veux que les gens aient le sentiment que l'art est quelque chose qui leur appartient. »

Au cours de notre visite, le groupe s'arrête devant Intolérance, une œuvre de l'artiste malien Abdoulaye Konaté.

Réalisée à partir de tissus colorés, de tongs, de douilles de balles, de papier à lettres et d'autres matériaux trouvés, cette œuvre représente une scène abstraite où une silhouette est allongée sur le sol.

Nadia explique que ces textures et ces objets évoquent les fractures qui apparaissent lorsque les communautés se retournent les unes contre les autres. Elle demande au groupe ce qu'ils ressentent, et ce moment devient une interprétation partagée.

Vient ensuite une sculpture noire brillante représentant une femme, dont la tête émerge du sommet d'une grande forme arrondie. Nadia demande au groupe ce qu'ils pensent que cela représente.

« Un tunnel », répond l'un d'eux.

« Un abri anti-bombes », répond un autre.

Nadia acquiesce d'un signe de tête encourageant et présente l'œuvre intitulée Sentinel de l'artiste afro-américaine Simone Leigh, qui explique que cette œuvre fusionne la forme féminine avec l'architecture d'une habitation ou d'un espace protecteur, créant ainsi des figures qui sont à la fois corps et maison.

Elle ajoute que ces formes s'inspirent des idées féministes noires sur le corps féminin.

« Elles sont majestueuses, intimidantes et puissantes », explique Nadia.

L'héritage colonial remis en question

La tournée de Nadia s'inscrit dans le cadre d'un changement plus large qui touche l'ensemble des musées britanniques.

La Tate Modern organise actuellement une exposition à guichets fermés sur le modernisme nigérian, qui reflète un intérêt croissant pour les œuvres négligées par les grandes institutions.

Nadia reconnaît ouvertement l'histoire coloniale liée à de nombreux objets exposés dans les musées britanniques, notamment ceux qui ont été pris ou pillés pendant l'Empire britannique.

« Le simple fait de se tenir devant une œuvre d'art ou de lui parler peut lui donner vie », explique-t-elle.

« Nous pouvons changer la façon dont cet objet est perçu et avoir une certaine influence sur son héritage futur. »

Elle explique comment l'histoire coloniale a influencé les œuvres d'art africaines qui ont été conservées et exposées.

Nadia dit que son rôle canalise l'essence d'une « griotte » féminine, une conteuse traditionnelle d'Afrique de l'Ouest. Son objectif est de créer un nouveau « voyage de découverte » avec son public.

Au dernier arrêt, nous arrivons au Musée d'art contemporain africain de l'artiste béninois Meschac Gaba.

Le groupe pénètre dans une structure en bois en forme de croix qui abrite plus de 75 objets liés à différentes religions et cultures du monde.

Cet espace est à la fois une installation et des archives.

Nadia explique comment Gaba remet en question l'idée selon laquelle l'art africain se limite aux masques et aux sculptures en réunissant des symboles issus du bouddhisme, du christianisme, de l'islam, du judaïsme, de l'hindouisme, du vaudou et d'autres croyances traditionnelles africaines.

Nadia dit qu'elle mesure l'impact de son travail en termes simples, notamment en observant la réaction des visiteurs.

« S'ils sont toujours avec moi à la fin, dit-elle, je sais que j'ai fait du bon travail. »