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Le "piano volant" pourrait-il contribuer à transformer le fret aérien ?
- Author, Michael Dempsey
- Role, Reporter spécialisé en technologie
La start-up américaine Aerolane met au point des planeurs de fret, qui pourraient être remorqués par un avion à réaction. Elle cherche à percer le secret du surf aérien.
Les oies savent déjà le faire. Lorsqu'elles volent en V, elles surfent sur les courants d'air créés par les membres de la formation qui les précèdent et les entourent.
Sur un aérodrome du Texas, Todd Graetz espère utiliser ce concept pour bouleverser le marché du fret aérien.
Aerolane a imité les astuces utilisées par les oiseaux migrateurs, avec l'aide d'avions modifiés remorqués dans les airs par un autre aéronef.
La fumée dégagée par l'avion de tête permet aux caméras installées dans l'avion remorqué de capturer les tourbillons dans l'air qu'un planeur peut exploiter pour rester en altitude.
Le dernier avion testé est connu sous le nom de "piano volant" en raison de ses faibles caractéristiques de vol à voile.
Ses deux moteurs tournent au ralenti pour fournir de l'énergie électrique pendant qu'il plane, les hélices tournant à des fins purement aérodynamiques.
D'autres essais ont permis de mesurer la tension de la ligne de remorquage.
Ils ont permis de repérer le relâchement de la ligne, ce qui indique que le planeur surfe sur les courants générés par l'avion qui le précède.
Aerolane prévoit d'introduire toutes ces données dans un programme qui guidera un avion-cargo sans pilote à travers les sillages et les turbulences afin d'exploiter les possibilités de planer sur de longues distances sans consommer de carburant.
Un ou plusieurs avions-cargos de ce type pourraient être remorqués par un jet transportant également du fret, jusqu'à leur destination où ils atterriraient de manière autonome.
Les seuls coûts de carburant proviendraient de l'alimentation des moteurs de l'avion remorqueur.
En théorie, ce système devrait fonctionner comme un camion tirant une remorque, les courants d'air se chargeant de la plus grande partie du transport. C'est ce que M. Graetz appelle "une combinaison de vol à voile et de surf".
Airbus a eu la même idée et a testé la technique en 2021 avec deux avions de ligne A350 volant à 3 km l'un de l'autre à travers l'Atlantique.
Bien que les avions ne soient pas reliés par une ligne de remorquage, l'expérience a permis à l'un d'eux de s'élever dans le sillage de l'A350 de tête afin de réduire les émissions de CO2 et la consommation de carburant.
M. Graetz, pilote avec 12 ans d'expérience, a fondé Aerolane avec Gur Kimchi, un vétéran du projet de livraison par drone d'Amazon, en partant du principe qu'"il doit y avoir un meilleur moyen de tirer le meilleur parti des aéronefs existants".
Le projet a fait sourciller les pilotes expérimentés. Faire voler de grands planeurs dans l'espace aérien commercial implique de respecter des règles strictes en matière de sécurité des vols.
Par exemple, l'avion remorqueur doit être sûr de pouvoir larguer la ligne de remorquage à n'importe quel moment du vol, en sachant que le planeur autopiloté peut descendre jusqu'à la piste d'atterrissage sans s'écraser...
Aerolane explique qu'un petit moteur électrique entraînant une hélice servira de filet de sécurité à ses planeurs de fret, leur donnant suffisamment de puissance pour faire un nouveau tour si l'atterrissage semble mal engagé ou pour se dérouter vers un autre endroit proche.
M. Graetz argue qu'Aerolane emploie des pilotes commerciaux en activité, qui ne perdent pas de vue les aspects pratiques du projet.
"Nous avons engagé des conseillers externes pour qu'ils se fassent les avocats du diable", ajoute-t-il.
Selon lui, les grandes entreprises de fret sont intéressées par tout ce qui leur permet de réduire le coût par livraison.
Outre le coût du carburant, les entreprises de fret aérien doivent également tenir compte des émissions des moteurs à réaction et de la pénurie de pilotes.
James Earl, ancien pilote d'hélicoptère de la RAF et consultant en aviation, pense que M. Graetz a peut-être raison.
"Il est évident que l'on peut réaliser des gains en intégrant et en combinant les efforts dans le ciel. Et toute innovation dans l'espace de chargement est bonne à prendre", dit-il.
Cependant, M. Earl prévient que l'acceptation par le public des vols de fret non motorisés au-dessus des agglomérations est une toute autre chose.
"L'appareil doit avoir une bonne autonomie de vol plané pour atteindre un point d'atterrissage en cas de défaillance majeure de l'avion remorqueur. Quant à savoir si cela peut être communiqué efficacement au public, c'est une autre affaire."
Les régulateurs devraient également se montrer prudents, en particulier aux États-Unis, où l'autorité fédérale de l'aviation est sous pression après les graves problèmes des avions Boeing.
M. Graetz fait valoir que son équipe s'est conformée, jusque-là, à toutes les demandes de la FAA. "La FAA a toujours été très réticente à prendre des risques. C'est son métier !"
Fred Lopez a passé trente-six ans dans les opérations aériennes, chez le géant du fret UPS. Il a consacré "toute sa vie d'adulte" à trouver le moyen le plus rentable d'exploiter une entreprise de fret aérien.
M. Lopez admet qu'il était profondément sceptique à l'égard des planeurs de fret lorsqu'Aerolane l'a contacté pour la première fois. Mais la perspective de faire d'importantes économies de carburant l'a convaincu, et il siège aujourd'hui au conseil consultatif de l'entreprise.
La réduction des coûts de carburant est une obsession dans l'aviation civile. Lorsque les bouts d'ailes retournés que l'on voit par le hublot de la cabine sont devenus une caractéristique standard, les compagnies aériennes ont réduit leurs coûts de carburant d'environ 5 %.
Mais les planeurs ne consomment que le carburant nécessaire à leur avion remorqueur. Si ce dernier est également un avion cargo, une paire de planeurs tirés par un seul jet représente une réduction significative de la consommation de carburant pour une expédition importante.
La conception initiale d'Aerolane utilise son pilote automatique et ce que M. Lopez appelle un "pilote de sécurité" humain. Cela devrait faciliter la certification par la FAA.
"Aerolane n'essaie pas de tout changer d'un coup", précise-t-il.
L'objectif ultime est de parvenir à un fonctionnement autonome grâce à l'IA ou, comme le dit M. Lopez, de "retirer le pilote de son siège".
Et si le piano volant peut surfer, qui sait ce qui est possible ?