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Entre filtres et réalités : l'influence des réseaux sociaux sur notre image personnelle
- Author, Yaye Awa Niang
- Role, BBC Afrique
À l'ère des réseaux sociaux, la quête de l'image parfaite est devenue une obsession partagée par des millions de personnes à travers le monde.
Les plateformes numériques, d'abord perçues comme un moyen de se connecter avec les autres, sont aujourd'hui des vitrines où l'apparence est parfois plus importante que la réalité.
Derrière les selfies, les vidéos et les photos retouchées, se cache une pression constante pour se conformer à des standards de beauté souvent irréalistes.
L'influence de ces contenus sur notre perception de nous-mêmes est devenue un sujet de débat, tant il est difficile de démêler le vrai du faux.
C'est dans ce contexte que Faynaraa, une jeune influenceuse sénégalaise, prend la parole pour dénoncer les dérives des réseaux sociaux, tout en encourageant une remise en question de notre rapport à l'image.
Entre filtres et réalités : l'influence des réseaux sociaux sur notre image personnelle
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : en 2024, plus de 5 milliards de personnes dans le monde sont actives sur les réseaux sociaux, soit 62,3 % de la population mondiale. Les plateformes comme Facebook, Instagram, YouTube et TikTok sont devenues des espaces où les gens partagent des morceaux choisis de leur vie, souvent magnifiés par des filtres et des retouches photo.
Cette tendance s'intensifie avec la popularité des influenceurs et créateurs de contenu, qui imposent des standards de beauté et de réussite parfois inaccessibles.
Faynaraa, 23 ans, est l'une des figures montantes de ce phénomène. Née à Ndangane, dans la région du Sine Saloum au Sénégal, elle grandit en France avant de revenir au pays après le baccalauréat.
C'est à ce moment-là qu'elle se lance dans la création de contenu. Très vite, elle devient une star des réseaux sociaux sénégalais, notamment sur TikTok, où elle réussit à accumuler plus d'un million d'abonnés en seulement six mois.
Mais derrière son sourire éclatant et ses vidéos de danse, Faynaraa porte un regard critique sur le monde numérique qu'elle fréquente.
En 2023, elle prend une décision importante : elle décide de mettre le voile, un geste fort dans un univers où l'image est souvent dictée par des critères externes et superficiels.
"Lorsque je suis arrivée sur les réseaux sociaux, j'avais 18 ans et j'ai vu ma personnalité évoluer. Ce n'était pas naturel, ce n'était pas moi, mais plutôt ce que la société essayait de me dicter", explique-t-elle.
C'est cette prise de conscience qui l'a poussée à repenser son image, à se libérer des pressions sociales et à adopter une version plus authentique d'elle-même.
La transparence derrière la chirurgie esthétique : un appel à la conscience
Dans un monde où les images sont constamment filtrées, retouchées et modifiées, Faynaraa estime qu'il est crucial de remettre de la transparence dans le discours autour de l'apparence.
"Il faudrait plus de transparence. Chacun fait ce qu'il veut, mais il serait aussi important de dire à sa communauté qu'on a subi une chirurgie et que ce n'est pas ce corps qu'on a naturellement", souligne-t-elle.
En effet, de nombreuses célébrités et influenceurs vantent les mérites de produits miracles ou de régimes express pour atteindre des formes sculptées.
Mais pour Faynaraa, l'authenticité, passe par cette reconnaissance : " Il faut dire a ses abonnés que ce n'est pas grâce à un tel ou tel produit magique qu'on a obtenu ce corps, mais bien grâce à la chirurgie."
Ce discours est important, car il permet d'ouvrir le débat sur les risques de ces pratiques et sur la pression qu'elles exercent sur les jeunes générations.
Faynaraa veut encourager une prise de conscience collective, surtout en matière de santé.
Le rôle des filtres et des algorithmes : une réalité déformée
Les filtres sont devenus l'un des symboles de cette quête de perfection numérique. Grâce à des applications comme Instagram, Snapchat ou TikTok, tout utilisateur peut modifier instantanément ses traits, sa peau, voire la forme de son visage ou de son corps.
Ce phénomène, bien qu'amusant à première vue, a des conséquences plus profondes.
Mountaga Cissé, analyste des réseaux sociaux, explique : "Le filtre modifie la perception et brise la réalité. Il pousse à se projeter dans un personnage qui n'est pas vraiment soi-même."
Ce décalage entre l'image projetée et la réalité génère une pression, surtout chez les jeunes qui sont constamment confrontés à des idéaux de beauté inaccessibles.
Cette culture des filtres, renforcée par les algorithmes des plateformes, nourrit une comparaison sociale incessante.
"Tu fais défiler sur TikTok et tu vois quelqu'un qui vend des produits pour augmenter des formes, tu te regardes dans le miroir et tu te dis que tu n'as pas de belles formes. Tu perds confiance en toi et tu cherches quelque chose d'autre", confie Mame Fatou Samb, une jeune femme de 25 ans. Elle pointe du doigt cette tendance à se comparer aux autres, qui conduit parfois à des frustrations profondes et à une recherche de solutions extrêmes.
Mais Khady Diop, 26 ans, dit avoir une confiance en soi inébranlable. "Je m'accepte telle que je suis. J'ai une mentalité forte et je ne me laisse pas facilement influencer."
Les critiques, souvent sévères, que reçoivent les influenceurs et créateurs de contenu, ne font qu'aggraver ce phénomène. "Les jeunes sont souvent exposés à des contenus filtrés ou idéalisés qui ne reflètent pas la réalité", témoigne Ibraheem, un acteur sénégalais de 26 ans. Les commentaires négatifs, les moqueries et les jugements peuvent être dévastateurs pour l'estime de soi.
"Si tu penses que cela pourrait affecter ta confiance, ne poste rien sur les réseaux sociaux", conseille François Ndiaye, un autre internaute, qui met en garde contre les risques émotionnels liés à la surexposition sur ces plateformes.
L'aspiration à la célébrité virtuelle : un piège dangereux
Les réseaux sociaux ont également contribué à l'émergence de la célébrité numérique.
Les jeunes, en particulier, aspirent à cette reconnaissance virtuelle, cherchant à multiplier les likes, les abonnés et les partages. Cette quête d'approbation peut devenir un cercle vicieux.
"Cette confirmation que l'on recherche à travers les likes, les commentaires et les partages pousse les gens à continuer à produire du contenu", explique Mountaga Cisse.
La beauté de l'authenticité : un appel à l'acceptation de soi
Cette quête de célébrité virtuelle a des conséquences sur la santé mentale, avertit le sociologue Djiby Diakhaté.
"À un moment donné, l'individu réalise qu'il en a assez de jouer un rôle qui n'est pas le sien", dit-il. "L'artifice prend le dessus et crée un écart entre l'être et le paraître."
Cela peut mener à une fracture intérieure, un sentiment de vide et de confusion, car la personne ne sait plus qui elle est vraiment. Cette situation peut être désastreuse, car elle engendre un cercle de méfiance et de perte de confiance, tant envers soi-même qu'envers les autres.
Face à cette pression, Faynaraa, avec son expérience, conseille avant tout d'accepter ses imperfections : "Je vous donne des conseils, mais je me les donne aussi à moi-même. Tu n'es pas parfait, et ce sont tes imperfections qui créent ta beauté. Ne te fie pas à certains standards."
Pour elle, la clé réside dans l'authenticité : "Sois toi-même et assume cette authenticité en toi, car c'est ça ta vraie beauté."
C'est ce message de réconciliation avec soi-même que Faynara veut transmettre à ses abonnés. Dans un monde où l'apparence est souvent surévaluée, elle invite chacun à s'accepter tel qu'il est, à s'affranchir des diktats des réseaux sociaux et à embrasser ses imperfections comme un signe de véritable beauté.
Les réseaux sociaux : une influence mondiale, mais à quel prix ?
Les chiffres des réseaux sociaux en 2024 témoignent de l'impact colossal de ces plateformes sur la société.
Selon We Are Social/Meltwater, plus de 5 milliards de personnes sont présentes sur les réseaux sociaux, soit environ 62 % de la population mondiale. Plus de 35,8 % du temps total passé sur Internet est consacre aux reseaux sociaux.
Ces chiffres illustrent la prévalence de l'influence numérique et l'importance croissante des plateformes dans notre quotidien.
Mais cette omniprésence soulève aussi des questions sur les effets secondaires, notamment sur la santé mentale, l'image de soi et les relations sociales.
Alors que le monde entier continue de se connecter à travers les réseaux sociaux, il devient essentiel de réfléchir à la manière dont ces plateformes façonnent notre perception de nous-mêmes et des autres.
La quête de perfection, les filtres et l'obsession de l'image idéale ne sont pas sans conséquence.
Mais il est possible, selon tous les intervenants, de retrouver une forme de liberté en se réconciliant avec soi-même, en mettant l'accent sur l'authenticité et en rejetant les standards imposés par un monde virtuel déformé.