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Macron est confronté à une crise en gestation pendant que les émeutes continuent
- Author, Hugh Schofield
- Role, BBC News
- Reporting from, Paris
Les émeutes qui ont éclaté en France sont comme un mauvais rêve pour le président Emmanuel Macron.
À la liste des autres crises liées à l'ordre public qu'il a dû surmonter - terrorisme, gilets jaunes, protestations de la gauche sur les retraites - s'ajoute désormais cette crise française persistante en attente qu'est la banlieue.
Au cours des 18 dernières années, des émeutes ont éclaté sporadiquement dans les cités ou les immeubles de banlieue, dont les populations autrefois immigrées sont aujourd'hui souvent composées de Français de la troisième ou de la quatrième génération.
Généralement déclenchées par la mort ou la blessure accidentelle d'un jeune résident masculin - un accident imputé à la police - ces émeutes ne duraient généralement pas plus d'une nuit ou deux.
Depuis 2005, il n'y a pas eu de traumatisme prolongé du type de celui qui menace aujourd'hui.
À l'époque, comme aujourd'hui, les banlieues en difficulté se sont embrasées une à une dans tout le pays, imitant l'une après l'autre ce qui s'était passé auparavant.
À l'époque comme aujourd'hui, les principales cibles (au-delà des proies faciles que sont les voitures en stationnement) étaient les mairies, les commissariats de police et les écoles, c'est-à-dire tout bâtiment susceptible d'arborer un drapeau français.
À l'époque, les cris de ralliement des manifestants étaient la négligence sociale, la discrimination raciale et les brutalités policières. Aujourd'hui encore, ces slogans n'ont guère changé.
Pourtant, à bien des égards, les choses ont changé.
Regardez par exemple les milliards d'euros consacrés au projet du Grand Paris Express, qui met en place de nouvelles liaisons de métro et de tramway à travers les banlieues et lutte contre l'isolement social qui était censé être l'un des principaux griefs des banlieusards.
Regardez les bâtiments publics flambant neufs dans des banlieues parisiennes comme Nanterre ou Massy. Le mot négligence ne vient pas à l'esprit.
Regardez le nombre croissant de personnes d'origine africaine ou maghrébine qui servent aujourd'hui dans la police - bien plus que ce qui était visible en 2005. Ou encore les efforts déployés pour que davantage de personnes issues des banlieues intègrent les écoles et les universités d'élite.
Et regardez comment le langage public a changé. Le sectarisme à l'ancienne à l'égard des minorités, qui aurait pu bénéficier d'un clin d'œil indulgent il y a deux ou trois décennies, suscitera aujourd'hui une condamnation, voire des poursuites judiciaires.
Le fait est que la France change, comme partout ailleurs.
Mais malgré cela, tout le monde en France sait aussi qu'il existe toujours - négligée mais suppurante - cette ancienne cicatrice qu'est le problème des banlieues.
C'est une cicatrice née du colonialisme, de l'arrogance, des guerres passées et des haines entretenues, à laquelle s'ajoutent la drogue, le crime et la religion. Et elle n'est pas près de disparaître.
Le président Emmanuel Macron a prié avec ferveur pour que le phénomène des banlieues ne vienne pas s'ajouter à sa litanie de fardeaux, mais son vœu n'a pas été exaucé.
Ce soir, les banlieues seront envahies de policiers, dans l'espoir qu'un déploiement massif provoquera le choc qui mettra fin aux émeutes.
Mais le président Macron connaît son histoire.
Il sait que les émeutes de 2005 ont duré trois semaines et n'ont pris fin qu'après l'instauration de l'état d'urgence, avec couvre-feu et assignations à résidence.
Nous n'en sommes pas encore là, mais nous pourrions y arriver.