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Pourquoi Africa CDC a-t-il déclaré que la variole du singe constitue une urgence de santé publique sur le continent
- Author, Makuochi Okafor & Chigozie Ohaka
- Role, BBC News
- Reporting from, Lagos, Nigeria
Le virus de la variole du singe est désormais une urgence de santé publique pour la sécurité du continent. Africa CDC, les centres de contrôle des maladies en Afrique, déclarent que les données scientifiques et les preuves indiquent qu'il s'agit d'une crise.
La maladie a franchi les frontières. Pour la première fois, le Kenya, l'Ouganda, le Rwanda et le Burundi ont signalé des foyers.
La déclaration implique désormais une réponse rapide en matière de recrutement d'équipes d'intervention et d'achat de médicaments et de vaccins. Il s'agit également d'un appel à un financement international plus important. Les experts en santé ont déjà exprimé leur inquiétude quant au fait que cette déclaration pourrait entraîner un isolement global, des conseils de voyage imposés et des interdictions pour les pays africains.
Africa CDC affirme toutefois qu'il n'y a aucune raison de fermer les frontières ou d'interrompre les échanges commerciaux.
Au moins 16 pays du continent, sur 55, ont déjà enregistré des cas de Mpox (variole du singe), 18 pays sont à risque selon l'agence de santé de l'Union africaine, Africa CDC (Centres de contrôle et de prévention des maladies du continent).
887 cas ont été répertoriés la semaine dernière et 05 décès enregistrés. Ces données portent à 15 132 le nombre de cas enregistrés et 461 décès.
Au regard de l’évolution de l’épidémie sur le continent, Africa CDC a annoncé qu'il va "probablement" déclarer la semaine prochaine "une urgence de santé publique" face à l'épidémie de Mpox.
Cette déclaration "d'urgence de santé publique", est une première pour l'Africa CDC "depuis que ce mandat nous a été confié en 2023", a déclaré jeudi à des journalistes Jean Kaseya, son directeur.
Mercredi, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus avait déjà indiqué qu’un comité d'urgence avait été convoqué afin d’évaluer si "l'épidémie constitue une urgence de santé publique de portée internationale".
Cette qualification est la plus haute alerte que l'OMS peut déclencher et c'est son directeur qui peut la lancer sur les conseils du comité.
Une nouvelle souche de Mpox détectée en République démocratique du Congo (RDC) en septembre 2023 puis signalée dans plusieurs pays voisins, fait craindre une propagation de ce virus.
Parmi les pays concernés figurent notamment le Kenya, le Burundi, le Rwanda ou encore la Côte d'Ivoire.
La République démocratique du Congo (RDC) connaît une augmentation des cas de variole du singe, ce qui a conduit à des mesures sanitaires urgentes et à des campagnes de sensibilisation du public.
La région est en état d'alerte maximale, les autorités s'efforçant de contenir l'épidémie et de protéger les communautés.
L'Ouganda a confirmé deux nouveaux cas de la maladie, rejoignant ainsi le Kenya, le Rwanda et le Burundi qui ont signalé des épidémies en Afrique de l'Est.
Selon Africa CDC, Centre africain pour la surveillance et la prévention des maladies, le nombre de cas a été multiplié par un et demi par rapport à l'année dernière et le nombre de décès a augmenté de près d'un cinquième.
L'Union africaine a approuvé l'octroi de 10,4 millions de dollars, prélevés sur les fonds existants de Covid, pour aider Africa CDC à lutter contre l'épidémie de variole du singe sur tout le continent.
La plupart des cas et des décès se produisent en République Démocratique du Congo. Le pays a enregistré, au 3 août, 14 479 cas confirmés et suspects et 455 morts, soit une létalité d'environ 3%, selon l'Africa CDC.
Le Dr Fiona Braka, responsable de la réponse d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé au Congo Brazzaville, déclare que "des cas ont été signalés dans 11 pays de la région depuis le début de l'année 2024".
"C'est en RDC que le fardeau est le plus lourd, avec 96 % de tous les cas recensés", précise-t-elle.
Deux cas de cette maladie hautement contagieuse ont été récemment signalés au Rwanda et en République centrafricaine, quelques jours après que le Burundi a également annoncé la confirmation de cas.
Plus récemment, le Kenya voisin a également signalé un cas détecté chez un voyageur se rendant de l'Ouganda au Rwanda par un poste-frontière situé dans le sud du pays.
Cela a suscité des inquiétudes quant à la propagation d'une nouvelle souche mortelle de la maladie.
L'Afrique du Sud a également enregistré des cas d'infection, dont trois décès, mais les tests préliminaires montrent que ces cas pourraient avoir été causés par une souche moins dangereuse.
Les experts de la santé affirment que le virus change de comportement et qu'il apparaît désormais dans de nouveaux groupes, tels que les travailleurs du sexe.
La maladie se propage par contact physique et sexuel et peut contourner les tests de diagnostic, car certains porteurs sont asymptomatiques.
Qu'est-ce que la variole du singe?
La variole, anciennement connue sous le nom de monkeypox, est une maladie virale similaire à la variole, mais moins grave.
Elle provoque des symptômes tels que de la fièvre, des maux de tête, des douleurs musculaires et une éruption cutanée qui s'étend du visage à d'autres parties du corps.
La variole se transmet par contact humain et est confirmée par des tests de laboratoire sur des lésions cutanées.
Il existe principalement deux souches du virus Mpox (MPVX) : le MPVX Clade IIb et le MPXV Clade I.
L'épidémie mondiale de 2022 a été causée par la souche MPXV Clade IIb, mais les scientifiques affirment que la souche qui se propage actuellement en RDC est une variante de la souche MPXV Clade I, plus agressive et très dangereuse.
Les défis de la lutte contre la variole du singe
Les cas de variole su singe sont les plus importants dans la partie orientale de la RDC, en particulier dans la ville minière de Kamituga, au Sud-Kivu, une communauté frontalière où affluent et refluent constamment des commerçants, des artisans, des mineurs et d'autres hommes d'affaires.
Le Dr Steeven Bilemo Kitwanda, qui travaille dans un centre public de traitement de la variole du singe à Kamituga, se dit préoccupé par les mouvements de population dans la région.
"C'est la contamination sexuelle qui provoque la propagation de la maladie et les populations qui viennent ici [à Kamituga] sont mal contrôlées... Elles partent pour Goma, Gisenyi au Rwanda, Bujumbura au Burundi ainsi de suite", explique-t-il.
Kamituga est un centre commercial à la vie nocturne trépidante, débordant de bars et comptant un grand nombre de travailleuses du sexe.
Selon le Dr Kitwanda, les premiers cas ont été enregistrés parmi les mineurs qui fréquentaient ces établissements, ce qui a conduit certains membres de la communauté à penser que la maladie était une "malédiction divine" lancée par Dieu pour punir "l'immoralité".
Parmi la population locale, le Monkey pox a été décrit comme une maladie de l'irresponsabilité ou de la promiscuité et est perçu comme une maladie de la honte.
Selon le Dr Kitwanda, cette stigmatisation empêche les gens de chercher une aide médicale et a renforcé le secret autour de la transmission, ce qui rend difficile la recherche des contacts.
Cela permet au virus de se propager sans être diagnostiqué, en particulier parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes et les travailleurs du sexe.
"À Kamituga, on ne dit pas qu'une telle est la femme d'un tel. N'importe qui peut sortir avec n'importe quelle femme, à condition d'avoir de l'argent", explique le Dr Kitawanda
Selon lui, une surveillance spécialisée est nécessaire, car les gens dissimulent souvent l'identité de leurs partenaires sexuels.
De nombreuses personnes touchées sont également séropositives, ce qui peut aggraver l'infection.
En dehors des centres urbains, les autorités s'efforcent de surveiller le virus dans les zones rurales, dans un contexte de conflit permanent.
Que peut-on faire ?
Des mesures de santé publique fondamentales telles que la communication, le dépistage, le traitement, la recherche des contacts et l'engagement communautaire sont essentielles pour lutter contre la variole du singe.
Leandre Murhula Masirika, coordinateur de la recherche sur la variole en RDC, explique que la porosité des frontières est l'un des principaux obstacles à la lutte contre la maladie.
"Il n'y a pas de contrôle aux frontières. Kamituga a deux frontières et les gens se déplacent d'ici vers le Rwanda et le Burundi", explique-t-il.
Le virus a une période d'incubation d'environ quatre à vingt jours et parfois les lésions ne sont visibles que dans la zone génitale. Masirika explique que cela rend le virus difficile à repérer et que les tests à la frontière sont donc cruciaux.
Le coordinateur de la recherche estime qu'une meilleure communication avec les groupes à haut risque pour lutter contre la stigmatisation est nécessaire pour prévenir la propagation.
La situation en RDC se situe actuellement au niveau de la transmission communautaire, les mères enceintes et les enfants de moins de cinq ans étant les plus vulnérables.
"Le virus a fait son apparition dans les foyers où vivent des enfants, leurs mères et même des femmes enceintes, ce qui a entraîné de nombreux avortements", explique M. Masirika.
En RDC, de nombreux enfants, y compris des nouveau-nés, ont été infectés. Il y a également eu quelques cas de fausses couches chez des femmes enceintes. Certains patients ont souffert de problèmes à long terme au niveau des yeux, de la peau et des organes génitaux.
Appels urgents pour des vaccins
Alors que le virus se propage, les experts en santé mondiale appellent à une vaste campagne de vaccination.
Si la RDC et l'Afrique du Sud ont entamé le processus d'acquisition de vaccins, aucun n'est encore arrivé.
Les États-Unis et le Japon ont promis des vaccins, mais leur déploiement n'a pas encore eu lieu.
"Le vaccin n'est pas disponible et les gens meurent", déclare Masirika, chercheur à la variole du singe.
Au début de l'année, la RDC a annoncé son intention d'utiliser deux types de vaccins contre le virus. L'autorité nationale de réglementation de la RDC a commencé à examiner ces vaccins, mais ils ne sont pas encore disponibles.
Le Dr Braka, de l'OMS, indique que son organisation intensifie les efforts déployés dans tous les pays pour renforcer la surveillance et améliorer les mécanismes de partage de l'information.