Les réactions s'enchaînent après la dissolution de l'Assemblée nationale au Sénégal

Bassirou Diomaye Faye, président du Sénégal, s'exprime lors de sa cérémonie d'investiture à Diamniadio, au Sénégal, le mardi 2 avril 2024.

Crédit photo, Getty Images

    • Author, Ousmane Badiane
    • Role, Digital Journalist BBC Afrique

Elu au premier tour de la présidentielle de 2024 sur la promesse de rupture et de changement profond, le président Bassirou Diomaye Faye a dissous l’Assemblée nationale et annoncé la tenue des prochaines législatives au 17 novembre, conformément à la constitution qui en fixe les limites (60 jours au moins et 90 jours au plus après la dissolution).

Cette dissolution vise selon lui à clarifier le jeu démocratique et lui donner une majorité stable afin de gouverner.

A lire aussi sur BBC Afrique :

La dissolution de l’Assemblée nationale ouvre la voie à des élections législatives anticipées qui ont pour objectif clairement affiché, d'offrir au président élu les moyens de dérouler ses réformes sans entraves et de répondre aux critiques sur son "absence de projet et de vision."

Le président Bassirou Diomaye Faye vient ainsi mettre fin à cinq mois de bras de fer entre l'Exécutif et la majorité parlementaire Benno Bokk Yakaar incarnée par les députés partisans de l'ancien président Macky Sall.

La décision de dissoudre le parlement n’est pas une surprise pour les acteurs et les observateurs de la scène politique sénégalaise, même si les réactions diffèrent en fonction des bords politiques.

Qu’en pensent les acteurs politiques ?

Aminata Touré ancienne Première ministre et alliée du président Bassirou Diomaye Faye, a exprimé son soutien à la décision de dissolution, la qualifiant de « soulagement général ».

« Nous nous mobiliserons pour demander à nos concitoyens de parachever la victoire du 24 Mars en donnant une large majorité à notre régime afin d’avoir les coudées franches pour travailler à l’avènement d’un Sénégal souverain, juste et prospère », a-t-elle écrit sur sa page Facebook.

Malick Gackou, candidat à la présidentielle 2024, déclare être en phase avec la décision du président de la République de dissoudre l'Assemblée nationale.

Selon le leader du Grand Parti et membre de la coalition « Diomaye Président », cette dissolution est une étape nécessaire pour aligner la majorité parlementaire sur les priorités économiques et sociales du Sénégal, amorcées par l'élection de Bassirou Diomaye Faye dès le premier tour.

« En choisissant le changement systémique à travers l'élection du Président Bassirou Diomaye Faye au premier tour, le peuple sénégalais a décidé d'amorcer les mutations et transformations pour changer le Sénégal de manière irréversible », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Aminata Touré, ancienne Première ministre du Sénégal

Crédit photo, AMINATA TOURE

Légende image, Aminata Touré, ancienne Première ministre du Sénégal (2013-2014), a été nommée Haut Représentant du Président de la République par le président Diomaye Faye.
Ignorer Promotion WhatsApp et continuer la lecture
BBC Afrique est sur WhatsApp

Des informations vérifiées à portée de main

Cliquez ici et abonnez-vous !

Fin de Promotion WhatsApp

Leader du mouvement Action pour la Relève Citoyenne (ARC) et candidate à la présidentielle du 24 mars dernier, Anta Babacar Ngom affirme n’être pas surprise par la dissolution même si elle regrette la forme qui « rompt de façon flagrante avec les principes d'éthique républicaine et d'élégance démocratique que nous sommes en droit d'attendre de la plus haute magistrature de notre pays ».

« Un président de la République ne ruse pas. Les arguments avancés cachent maladroitement une tentative de consolidation d'un pouvoir sans partage » ajoute-t-elle.

Pour la seule femme candidate à la dernière présidentielle, « le précédent est dangereux et inquiétant. Il s'agit de la remise en cause de la valeur de la parole présidentielle et mieux de la signature Présidentielle », poursuit-elle.

Les critiques les plus virulentes proviennent principalement du côté de l’opposition notamment du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar.

Dans un communiqué signé par son président Abdou Mbow, le groupe BBY dénonce une décision qu’il qualifie de « parjure » et accuse les nouvelles autorités de « vouloir en finir avec la démocratie et installer une dictature. »

« En décidant de dissoudre l’Assemblée nationale en pleine session extraordinaire qu’il a lui-même convoquée et a la veille de la déclaration de politique générale dont il a lui-même fixé la date, le Président de la République vient de commettre un parjure, exécutant en cela, et de manière cynique, les instructions de son Premier ministre », a vivement réagi Benno Bokk Yakaar dans un communiqué.

Abdou Mbow, président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar

Crédit photo, Capture d'écran/RTS

Légende image, Abdou Mbow, président du groupe parlementaire Benno Bokk Yakaar.

Quid du calendrier électoral ?

La dissolution de l’Assemblée nationale sonne le début d'une longue période préélectorale d'ici à la tenue des législatives prévue le 17 novembre prochain.

D'ici là, même s'ils ne pourront plus siéger à l’hémicycle, les députés membres de la 14e législature conserveront leurs mandats qui n'expirent qu'à la date de la proclamation de l'élection des membres de la nouvelle Assemblée nationale, conformément à l’article 87 de la Constitution.

La dissolution de l'Assemblée nationale et la fixation de la date des élections législatives anticipées au dimanche 17 novembre 2024, risquent d'avoir des conséquences sur le déroulement du processus électoral, estime Ndiaga Sylla, expert électoral.

« La date de dépôt des listes de candidatures fixée (85 jours avant le scrutin ) par le code électoral ne peut plus être respectée. Les partis politiques, les coalitions de partis ainsi que les entités indépendantes vont devoir dans un court délai faire les Investitures et confectionner les listes de candidatures. L'impossibilité de remplir l'obligation liée au parrainage risque d'engendrer une centaine de candidatures », explique M.Sylla.

« En tout état de cause, le nouveau calendrier électoral tout comme l'avis du Conseil constitutionnel doivent être publiés dans les meilleurs délais pour l'équité entre les listes de candidats », note l'expert électoral.

Ndiaga Sylla, expert électoral.

Crédit photo, NDIAGA SYLLA

Légende image, La date de dépôt des listes de candidatures fixée (85 jours avant le scrutin) par le code électoral ne peut plus être respectée selon Ndiaga Sylla, expert électoral.

Les raisons invoquées par le président Bassirou Diomaye Faye pour dissoudre l'Assemblée nationale

Dans une allocution télévisée, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a annoncé jeudi 12 septembre, la dissolution de l'Assemblée nationale. Il a également fixé la date des élections législatives anticipées.

"En vertu des pouvoirs qui me sont conférés par l’article 87 de la Constitution, et après avoir consulté le Conseil constitutionnel sur la bonne date, le Premier ministre et le Président de l’Assemblée nationale, sur l’opportunité, je dissous l’Assemblée nationale. La date des élections législatives est ainsi fixée au dimanche 17 novembre 2024" , a annoncé le président Diomaye Faye.

Cette annonce survient dans un contexte de conflit latent entre l'Exécutif et la majorité parlementaire notamment les députés de Benno Bokk Yakaar (BBY), dont le point d'orgue aura été le rejet d'un projet de révision constitutionnelle.

Ce dernier visait la suppression du Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT) et du Conseil économique, social et environnemental (CESE).

"Je dissous l’Assemblée nationale pour demander au peuple souverain les moyens institutionnels qui me permettront de donner corps à la transformation systémique que je leur ai promise ", a dit le président sénégalais pour justifier sa décision.

L'annonce de la dissolution survient à la veille du passage du Premier ministre Ousmane Sonko devant le Parlement pour sa déclaration de politique générale.

Sa date, après plusieurs controverses et passe d'armes politiques, avait été fixée par le président Faye au 13 septembre.

Les querelles politiques entre le pouvoir exécutif minoritaire à l'Assemblée nationale et l’opposition qui détient la majorité au parlement, ont conduit à une atmosphère délétère.

Ce qui a par moments bloqué l'action gouvernementale et a fait craindre une crise institutionnelle.

"Malheureusement, la majorité parlementaire a décidé de ramer à contre-courant de la volonté du peuple Sénégalais, pourtant clairement exprimée au soir du 24 mars 2024. D’abord, en refusant, le 29 juin 2024, de tenir le débat d’orientation budgétaire pourtant obligatoire, pour le motif simpliste d’une supposée attaque reçue sur le terrain politique. Cette violation d’une obligation légale prévue par l’article 56 de la loi organique relative aux lois de finances aura gravement contribué à ternir l’image du Sénégal aux yeux des institutions internationales", déclare le chef de l'Etat.

"Ensuite, en rejetant, le jeudi 29 août 2024, le projet de révision constitutionnelle visant à concrétiser la promesse que j’ai faite au peuple de supprimer le Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT) et le Conseil économique, social et environnemental (CESE), alors que la situation des finances publiques impose urgemment de rationaliser les dépenses publiques", poursuit M. Faye.

"Enfin, en allant jusqu’à l’usurpation des prérogatives constitutionnelles du président de la République pour fixer une date pour la Déclaration de politique générale, en violation flagrante de l’article 84 de la Constitution et de l’article 97 de la loi organique portant règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Sans parler de la menace d’une motion de censure que cette majorité fait planer sur le gouvernement ", a déclaré le président Bassirou Diomaye Faye dans son discours télévisé.

Cette dissolution vise selon lui à clarifier le jeu démocratique et lui donner une majorité stable pour gouverner.