Que savons-nous de l’assassinat des 9 ressortissants chinois en RCA

    • Author, La rédaction
    • Role, BBC Afrique

Dimanche dernier, en Centrafrique, neuf ressortissants chinois ont perdu la vie sur un chantier minier basé dans le village Chingbolo situé à 25 kilomètres de Bambari au centre du pays.

La Coalition des patriotes pour le changement, la CPC, est la principale suspecte selon les autorités. Le groupe rebelle lui, se lave les mains en pointant du doigt les instructeurs russes présents dans le pays.

Que s'est-il passé ?

Selon les sources locales, le chantier de Chingbolo a été pris pour cible vers 5 heures du matin. Les assaillants armés ont visé l'équipe chinoise de l'entreprise Gold Coast Group qui avait commencé à exploiter les mines de la localité depuis 5 jours.

Le bilan est lourd. Neuf Chinois sont morts sous les balles et deux autres ont été blessés.

Quelles sont les réactions ?

Quelques heures seulement après le drame, plusieurs représentants du gouvernement centrafricain ont réagi et ils sont sans équivoque, pour eux, l’unique coupable porte un nom : la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) :

« Le gouvernement condamne avec la plus grande fermeté cet acte odieux de la nébuleuse CPC dont l'objectif est de décourager les investisseurs désireux de soutenir les efforts entrepris par son excellence Monsieur le Président de la République, chef de l'État, le professeur Faustin-Archange Touadéra.

(…) Les auteurs de cette attaque seront traqués jusque dans leurs dernières retranchements (…) le gouvernement, au nom de son excellence, Monsieur le président de la République adresse au peuple chinois et aux familles des illustres disparus, ses condoléances, les plus attristés », déclare Serge Ghislain Djorie, porte-parole du gouvernement.

Evariste Ngamana, premier vice-président de l'Assemblée nationale partage les propos du porte-parole de l’État.

" [Ces] mercenaires qui, durant des siècles, ont exercé la violence chez nous comme une arme favorite pour maintenir notre pays dans un chaos permanent.

La coopération technique et économique entre la Chine et la Centrafrique est visible et appréciée par tout le peuple - l'Assemblée nationale ne saurait rester insensible face à ce drame. [J’] invite le gouvernement à tout mettre en œuvre pour retrouver les auteurs et les traduire devant la justice ».

Le drame intervient dans un contexte où les groupes armés, particulièrement la CPC, sont redevenus actifs dans plusieurs localités.

Dans cette vague de vives réactions, Pékin a lui aussi fait part de son effroi et de sa colère en demandant à ce que les coupables soient punis. Depuis le meurtre de ces 9 chinois, une enquête a été ouverte.

La coalition des patriotes pour le changement nie tout en bloc

Accusée par le gouvernement centrafricain d'être à l’origine de cette tuerie, la CPC a rejeté son implication dans un communiqué publié le jour de l’attaque. Les rebelles, eux, place sur le banc des accusés le groupe Wagner.

Interrogé par Awal Adjo Adechola, journaliste à BBC Afrique, Pascal Bida Koyagbélé, ministre coordinateur des grands travaux et des investissements stratégiques auprès du président centrafricain affirme que l’État possède des éléments qui

confirme que ce crime a véritablement été perpétré par la CPC :

« Nous avons recueilli certains témoignages et nous avons pu appréhender deux des assaillants ; l’un a justement avoué que cette opération avait été commanditée par la CPC, mouvement terroriste auquel ils appartenaient ».

Toujours selon Pascal Bida Koyagbélé, la culpabilité des mercenaires russes Wagner avancée dans le communiqué publié par les rebelles de la CPC est une tentative de tromperie grossière :

« C'est un argument qui n'a pas du tout de sens. Il [le groupe CPC] commence tout simplement à paniquer, voulant rejeter la faute sur d'autres. Ce n'est pas du tout logique. D'abord, lorsqu'il parle des forces Wagner, on ne sait pas à quoi il veut faire allusion ».

Le ministre assure que des officiers de police et des gendarmes - en collaboration avec les services d'enquêtes des Nations Unies - ont déjà pu collecter un certain nombre d'informations. Les autorités chinoises vont également mobiliser une équipe pour prendre part à l'enquête toujours selon Pascal Bida Koyagbélé.

Centrafrique et Chine : préserver la relation

Conscient que cette attaque pourrait bien fragiliser la relation sino-centrafricaine, le gouvernement prévoit de renforcer leur coopération sécuritaire avec la Chine.

« Des dispositions sont en train d'être prises pour pouvoir renforcer notre coopération dans le domaine sécuritaire et militaire. Ainsi, nous permettrons au président chinois Xi Jinping d'honorer sa grande ambition de faire de la Centrafrique, le pays le plus sûr du monde dans les deux ans qui suivent ».

Enfin, questionné sur la sécurité humaine dans le pays, qui semble être plus que jamais boiteuse, le ministre Pascal Bida Koyagbélé répond :

« il n'y aucun risque sécuritaire fondamentalement, ce sont des bandits qui cherchent à exister tout simplement ; qui, fort de leur indigence, n'ont recours qu'à ce type de solution pour pouvoir exister politiquement. C'est triste, mais sur le terrain, vous pouvez constater, ces derniers ne tiennent pas, ne serait-ce qu'un village et après, ils se replient dans la brousse. Croyez-moi, cela sera très vite réglé ».

La CPC, groupe de rebelles créée en décembre 2020 a pour objectif de renverser le président Faustin Archange Touadéra.

La Centrafrique subit une guerre civile depuis bientôt 10 ans. Selon l’Organisation des Nations Unies, avec ses 4 500 000 habitants, la République centrafricaine est considérée comme le deuxième pays le moins développé au monde.