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Ousmane Sonko inculpé et placé sous mandat de dépôt, son parti le Pastef dissout
- Author, Nicolas Négoce
- Role, Correspondant Afrique de l'Ouest francophone
Dans un communiqué publié à la suite de l"inculpation et de la mise sous mandat de dépôt de Ousmane Sonko, le Ministère de l'Intérieur annonce la dissolution de son parti, le PASTEF.
Le PASTEF (Patriotes Africains du Sénégal pour le Travail, L'Ethique et la Fraternité) créé en 2014 a été dissout.
Les motifs invoqués sont les appels fréquents des dirigeants et des instances de PASTEF à l'insurrection, selon le communiqué.
Le PASTEF, un météore dans le ciel politique sénégalais ?
En moins de 10 ans d'existence, le Pastef s'est imposé comme une des forces politiques majeures dans le pays. Porté par le charisme de son leader Ousmane Sonko, le parti a investi les réseaux sociaux pour vendre son offre politique auprès d'un électorat jeune, tout en se massifiant dans l'intérieur du pays et dans la diaspora.
Le parti a ussi apporté une innovation majeure dans le financement des partis politiques en faisant recours au financement participatif et à la vente de bracelets estampillés Pastef.
En janvier 2023, le parti annonce avoir levé plus de trois cents millions de francs CFA auprès de ses membres et sympathisants.
Depuis quelques mois, les dirigeants du Pastef ont maille à partir avec la justice sénégalaise.
Parmi eux, Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général du Pastef, qui est arrêté et placé en garde à vue en avril 2023 pour "diffusion de fausses nouvelles, outrage à magistrat et diffamation envers un corps constitué".
Le 1er juillet, Birame Soulèye Diop, considéré comme le numéro 2 du parti et président du groupe parlementaire de la coalition Yewwi Askan Wi dont Pastef est membre, a été mis en prison avant d'être libéré quelques jours plus tard. Il avait été inculpé pour actes de nature à compromettre la paix publique, offense au Président de la République, selon des informations de son avocat Me Moussa Sarr.
Selon le Pastef, des centaines de leurs membres croupissent en prison. Aujourd'hui, la dissolution officielle du parti soulève de réelles questions sur l'avenir des mandats électifs gagnés par le Parti lors des élections législatives et locales passées.
Vendredi, le jour où les évènements se sont enchaînés
M. Sonko, plus farouche opposant du président Macky Sall et candidat déclaré à l'élection présidentielle de 2024, a été arrêté vendredi.
Selon son avocat, Sonko, qui a été assigné à résidence, mais qui a récemment été autorisé à quitter son domicile, revenait de la prière du vendredi.
L'avocat affirme qu'il a été intimidé par la police locale, qui tentait de le filmer. Avant d'être arrêté, Sonko a déclaré sur Twitter "Je demande au peuple d'être prêt à faire face à cet abus sans fin".
Le lendemain samedi, le substitut du procureur tient un point de presse et annonce 7 chefs d'inculpation retenus contre Ousmane Sonko : "Il sera poursuivi pour appel à l’insurrection, association de malfaiteurs, atteinte à la sûreté de l’État, complot contre l’autorité de l’État, actes et manœuvres à compromettre la sécurité publique et à créer des troubles politiques graves, association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, mais également vol."
Internet mobile suspendu
Les autorités sénégalaises ont coupé lundi l'accès à internet sur les téléphones mobiles en raison de la "diffusion de messages "haineux et subversifs" sur les réseaux sociaux, après les appels à manifester contre l'arrestation de l'opposant Ousmane Sonko.
"En raison de la diffusion de messages haineux et subversifs relayés sur les réseaux sociaux dans un contexte de menace de trouble à l'ordre public, l'internet des données mobiles est suspendu temporairement sur certaines plages horaires à partir de lundi 31 juillet", a annoncé dans un communiqué le ministre des Télécommunications et de l'Economie numérique, sans plus de précision sur ces horaires.
Amnesty international a dénoncé cette restriction, qu'elle considère comme "une atteinte à la liberté d'information", et appelé les autorités à "rétablir l'internet", dans un message sur Twitter rebaptisé X.
Ousmane Sonko a été condamné en juin à deux ans de prison pour "corruption de jeunesse".
Sonko, très populaire parmi les jeunes, a connu une ascension politique fulgurante ces dernières années.
Après avoir été démis de ses fonctions d'inspecteur des impôts en 2016, il a été élu au parlement et est devenu maire de la ville de Ziguinchor, dans le sud du pays.
Il s'est présenté aux élections présidentielles de 2019, durant lesquelles il est arrivé en troisième position.