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Benjamin Netanyahu, le leader controversé d'Israël
- Author, Raffi Berg
- Role, Rédacteur pour le Moyen-Orient BBC Digital
Benjamin Netanyahu est devenu le quatrième dirigeant mondial à faire l'objet d'un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité délivré par la Cour pénale internationale (CPI). Il rejoint ainsi Vladimir Poutine (Russie), Omar el-Béchir (Soudan) et Mouammar Kadhafi (Libye).
Le mandat porte sur les actions militaires d'Israël à l'égard des Palestiniens depuis le jour de l'attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre. Il contient des allégations d'affamation de civils comme méthode de guerre, de meurtre, de direction intentionnelle d'attaques contre une population civile et d'extermination.
Le ministre de la défense de l'époque, ainsi que trois dirigeants du Hamas, ont fait l'objet d'accusations similaires.
La décision de la CPI a été accueillie avec indignation dans tout Israël, où M. Netanyahu est largement considéré comme un personnage profondément diviseur, et même ses ennemis politiques les plus acharnés l'ont dénoncée comme étant inadmissible.
Cette décision intervient à un moment charnière pour M. Netanyahu, le premier ministre israélien le plus ancien, qui mène des guerres contre le Hamas à Gaza et le Hezbollah au Liban, ainsi qu'un conflit permanent avec l'ennemi juré d'Israël, l'Iran.
Ces guerres se déroulent dans le contexte d'un procès pénal en Israël de M. Netanyahu, soupçonné de corruption, ce qu'il nie catégoriquement.
Les conflits ont retardé la procédure (certains prétendent que Netanyahu veut prolonger la guerre à Gaza pour éviter d'être confronté au procès).
L'attaque du 7 octobre et la guerre qui a suivi ont également mis un frein aux manifestations de masse hebdomadaires contre les réformes judiciaires prévues par M. Netanyahu, qui ont polarisé le pays pendant des mois. Les détracteurs de M. Netanyahou l'ont accusé de déchirer le pays et de représenter un danger pour la démocratie.
Malgré tous ses déboires, dont beaucoup ont menacé de le faire tomber, M. Netanyahu a la réputation d'être un survivant politique rusé.
Réélu pour la cinquième fois, un record, en novembre 2022, il dirige, à la tête du Likoud, la coalition la plus à droite de l'histoire d'Israël.
Son retour au pouvoir fait suite à une période relativement brève dans l'opposition, après 12 années consécutives en tant que Premier ministre, et son retour spectaculaire scelle la conviction de ses partisans que le « roi Bibi » est politiquement invincible.
M. Netanyahu, âgé de 75 ans, a occupé le pouvoir à six reprises, un succès inégalé qui doit beaucoup à l'image de « M. Sécurité » qu'il a cultivée, celle de la personne la mieux placée pour assurer la défense d'Israël.
Il a déjà déclaré qu'il souhaitait que l'on se souvienne de lui comme du protecteur d'Israël.
Mais le 7 octobre 2023, Israël a subi l'attaque la plus catastrophique de son histoire sous la direction de M. Netanyahu, lorsque des centaines d'hommes armés du Hamas ont fait irruption à la frontière depuis Gaza. Ils ont tué environ 1 200 personnes et en ont pris 251 autres en otage à Gaza.
En réponse, M. Netanyahu a lancé une guerre pour détruire le Hamas, une guerre qui se poursuit plus d'un an plus tard. Au moins 44 000 personnes ont été tuées par les attaques israéliennes à Gaza, selon le ministère de la santé du territoire dirigé par le Hamas, ce qui a entraîné la condamnation d'Israël par la communauté internationale.
M. Netanyahu a également subi - et résisté - à d'énormes pressions internes pour qu'il accepte un cessez-le-feu afin d'obtenir la libération d'une centaine d'otages toujours détenus par le Hamas. Israël et le Hamas se sont renvoyés la responsabilité de l'échec de l'accord.
Depuis plus d'un an, Israël est également confronté aux attaques du Hezbollah, un groupe soutenu par l'Iran au Liban, qui affirme agir en solidarité avec les Palestiniens. Au moins 60 000 personnes ont été déplacées de leurs maisons dans le nord d'Israël à cause de ces attaques.
La cote de popularité de M. Netanyahu s'est effondrée à la suite de l'attentat du 7 octobre 2023, ses opposants - et même ses partisans - lui demandant d'assumer la responsabilité de la pire défaillance des services de renseignement de l'histoire d'Israël. Jusqu'à présent, M. Netanyahu s'est défendu de toute responsabilité personnelle.
Mais certains succès majeurs d'Israël - notamment l'assassinat du chef du Hamas, Yahya Sinwar, et du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah - ainsi qu'une offensive terrestre populaire contre le Hezbollah ont permis à la cote de popularité de M. Netanyahu de remonter.
L'héritage d'un frère
Benjamin Netanyahu est né à Tel Aviv en 1949. En 1963, sa famille s'est installée aux États-Unis lorsque son père Benzion, éminent historien et militant sioniste, s'est vu offrir un poste universitaire.
À l'âge de 18 ans, il retourne en Israël, où il passe cinq années remarquables dans l'armée, servant comme capitaine dans une unité de commando d'élite, la Sayeret Matkal. Il est blessé lors d'un raid sur un avion de ligne belge détourné par des militants palestiniens qui atterrit en Israël en 1972, et participe à la guerre du Moyen-Orient en 1973.
En 1976, Jonathan, le frère de Netanyahu, a été tué lors d'un raid visant à sauver des otages d'un avion de ligne détourné à Entebbe, en Ouganda. Sa mort a eu un impact profond sur la famille Netanyahu et son nom est devenu légendaire en Israël.
M. Netanyahu a créé un institut de lutte contre le terrorisme à la mémoire de son frère et, en 1982, il est devenu chef de mission adjoint d'Israël à Washington.
Du jour au lendemain, la vie publique de M. Netanyahu est lancée. Parlant bien l'anglais avec un accent américain caractéristique, il devient un visage familier de la télévision américaine et un défenseur efficace d'Israël.
Il est nommé représentant permanent d'Israël aux Nations unies à New York en 1984.
Montée en puissance
M. Netanyahu s'est lancé dans la politique à son retour en Israël en 1988, remportant un siège pour le Likoud à la Knesset (parlement) et devenant vice-ministre des affaires étrangères.
Il est ensuite devenu président du parti et, en 1996, le premier Premier ministre israélien élu au suffrage universel direct, à la suite d'élections anticipées consécutives à l'assassinat d'Yitzhak Rabin.
M. Netanyau est également le plus jeune dirigeant d'Israël et le premier à être né après la fondation de l'État en 1948.
Bien qu'il ait farouchement critiqué les accords de paix d'Oslo de 1993 entre Israël et les Palestiniens, M. Netanyahu a signé un accord remettant 80 % d'Hébron sous le contrôle de l'Autorité palestinienne et a accepté de nouveaux retraits de la Cisjordanie occupée, ce qui a suscité une vive opprobre de la part de la droite.
Il a perdu son poste en 1999 après avoir convoqué des élections 17 mois plus tôt, battu par le leader travailliste Ehud Barak, l'ancien commandant de Netanyahu.
Renouveau politique
Netanyahu a quitté la tête du Likoud et a été remplacé par Ariel Sharon.
Après l'élection de Sharon au poste de premier ministre en 2001, Netanyahu est revenu au gouvernement, d'abord comme ministre des affaires étrangères, puis comme ministre des finances. En 2005, il a démissionné pour protester contre le retrait israélien de la bande de Gaza occupée.
Sa chance s'est à nouveau présentée en 2005, lorsque Sharon, juste avant une attaque cérébrale massive qui l'a plongé dans le coma, s'est séparé du Likoud et a créé un nouveau parti centriste, Kadima.
M. Netanyahu a de nouveau remporté la direction du Likoud et a été élu Premier ministre pour la deuxième fois en mars 2009.
Il a accepté un gel sans précédent de 10 mois de la construction de colonies en Cisjordanie, permettant ainsi des pourparlers de paix avec les Palestiniens, mais les négociations ont échoué à la fin de l'année 2010.
Bien qu'en 2009 il ait annoncé publiquement son acceptation conditionnelle d'un État palestinien aux côtés d'Israël, il a par la suite durci sa position. « Un État palestinien ne sera pas créé, pas comme celui dont les gens parlent. Cela n'arrivera pas », a-t-il déclaré à une station de radio israélienne en 2019.
Les attaques palestiniennes et les actions militaires israéliennes ont à plusieurs reprises amené Israël à se confronter dans et autour de la bande de Gaza avant et après le retour au pouvoir de M. Netanyahu en 2009.
Le quatrième conflit de ce type en seulement 12 ans a éclaté en mai 2021, mettant un terme temporaire aux efforts déployés par les partis opposés à M. Netanyahu pour l'évincer à la suite d'une série d'élections non concluantes.
Bien que pendant les conflits, Israël ait bénéficié du soutien des États-Unis, son allié le plus proche, les relations entre M. Netanyahou et le président Barack Obama ont été difficiles.
Elles ont atteint un point bas lorsque M. Netanyahou s'est adressé au Congrès en mars 2015, mettant en garde contre un « mauvais accord » résultant des négociations entre les États-Unis et l'Iran sur son programme nucléaire. L'administration Obama a condamné cette visite, la qualifiant d'ingérence et de nuisible.
Liens avec Trump
L'avènement de la présidence de Donald Trump en 2017 a conduit à un alignement plus étroit entre les politiques des gouvernements américain et israélien, et en l'espace d'un an, Trump a annoncé sa reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël.
Cette décision a suscité la fureur du monde arabe - qui soutient la revendication des Palestiniens sur la moitié orientale de Jérusalem occupée par Israël depuis la guerre de 1967 au Moyen-Orient - mais elle a donné à Netanyahu un coup politique et diplomatique majeur.
En janvier 2020, M. Netanyahu a salué le plan de paix de M. Trump entre Israël et les Palestiniens comme « l'opportunité du siècle », bien qu'il ait été rejeté par les Palestiniens, qui l'ont qualifié d'unilatéral et l'ont laissé sur la table.
M. Netanyahu s'est également entendu avec M. Trump sur la question de l'Iran, saluant le retrait du président de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018 et le rétablissement des sanctions économiques.
M. Trump a toutefois fait des remarques acerbes sur le dirigeant israélien, l'accusant de déloyauté, après avoir félicité Joe Biden pour sa victoire à la présidence en novembre 2020.
Spectacle du procès
Après 2016, M. Netanyahu a été poursuivi par une enquête sur la corruption, qui a abouti à son inculpation pour corruption, fraude et abus de confiance dans le cadre de trois affaires distinctes en novembre 2019.
M. Netanyahu aurait accepté des cadeaux de la part de riches hommes d'affaires et accordé des faveurs pour tenter d'obtenir une couverture médiatique plus positive.
Il nie avoir commis des actes répréhensibles et se dit victime d'une « chasse aux sorcières » politiquement motivée et orchestrée par ses opposants. Il a été jugé en mai 2020, devenant ainsi le premier Premier ministre en exercice à être jugé.