Ces évènements qui ont marqué l’année 2022 en Afrique de l'Ouest

La Rédaction

BBC Afrique

Dans cette série de l'émission Au Coeur de l'Actu, la BBC revient sur quelques évènements marquants de l’année 2022 en Afrique de l'Ouest. Dans ce numéro, les deux coups d'Etat au Burkina Faso à l'initiative d'Accra, en passant par l'imbroglio diplomatique autour des 49 soldats ivoiriens arrêtés au Mali.

Aujourd’hui, nous nous intéressons à l’actualité dans le Sahel et dans quelques pays d’Afrique de l’Ouest.

Le Burkina Faso s'est hissé au devant de la scène internationale avec les deux coups d'Etat connus par le pays en 2022.

Bruits de bottes au Burkina Faso

En effet, tout a commencé au mois de janvier quand le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) dirigé par le lieutenant-colonel Paul-Henri Damiba a annoncé avoir renversé le régime démocratiquement élu du président Roch Kaboré.

Le capitaine Sitsoré Kader Ouédraogo se prononce au nom de ce mouvement.

"Le Mouvement qui regroupe toutes les composantes des Forces de défense et de sécurité a ainsi décidé de mettre fin au pouvoir de M. Roch Marc Christian Kaboré ce 24 janvier 2022. Une décision prise dans le seul but de permettre à notre pays de se remettre sur le bon chemin et de rassembler toutes ses forces afin de lutter pour son intégrité territoriale, son redressement et sa souveraineté."

Hui mois plus tard, le 30 septembre 2022 précisément, un second coup d’Etat intervient au Burkina Faso. Il est dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.

Selon un reportage de notre correspondant Simon Gongo, c’est bien aux environs de 20 h qu’un groupe de militaires s’était présenté à la télévision publique pour annoncer la destitution du président Damiba à la tête de la transition burkinabé lancée le 25 janvier.

"Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba est démis de ses fonctions de président du MPSR. Le capitaine Traoré Ibrahim est nommé président du MPSR pour compter de ce jour", avait déclaré un porte-parole de l'armée.

Le capitaine Ibrahim Traoré est celui-là même qui avait dirigé les opérations qui avaient renversé le président Roch Marc Kaboré et porté le colonel Damiba à la tête du MPSR.

Brouille diplomatique entre Bamako et Abidjan

Le 10 juillet 2022, 49 soldats ont été arrêtés à leur arrivée à l’aéroport de Bamako.

Les autorités ivoiriennes affirment que ces soldats ivoiriens étaient allés au Mali en appui au contingent ivoirien de la MINUSMA, la mission de l’ONU dans le pays.

C'est le début d'une brouille diplomatique entre la Côte d’Ivoire et le Mali.

"Grâce au professionnalisme des forces de défense et de sécurité maliennes, il a été établi que les 49 militaires ivoiriens se trouvaient illégalement sur le territoire national du Mali. Par conséquent, ils ont été immédiatement interpellés, leurs armements, munitions et équipements ont été saisis", explique le porte-parole du gouvernement malien, le colonel Abdoulaye Maiga.

S’exprimant à ce sujet en août 2022, le président ivoirien Alassane Ouattara était plutôt optimiste quant à une issue heureuse à cet incident.

"Les choses évoluent bien. J’ai eu la visite hier du président Faure Gnassingbé, comme vous savez, qui est le facilitateur, médiateur pour m’informer de l’avancée des choses. Nous pensons que, très rapidement, nous aurons sans doute, un heureux aboutissement". 

En septembre, la médiation togolaise réussit à obtenir la libération des 3 femmes faisant partie des 49 soldats ivoiriens. Les autres restent en détention.

L'initiative d'Accra s'engage contre le terrorisme

Un autre sujet qui a retenu notre attention pour l’année 2022, c’est la rencontre des pays membres de l’initiative d’Accra, à savoir la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Burkina Faso, le Togo et le Bénin.

Deux autres pays y avaient participé à titre d’observateurs, le Mali et le Niger, ainsi que des dirigeants européens.

La menace djihadiste, qui s’étend du Sahel vers les côtes du Golfe de Guinée, était la préoccupation centrale de la réunion comme le soulignait le président ghanéen Nana Akufo-Addo.

"Notre évaluation indique que le soutien des membres de la communauté internationale sera nécessaire mais nous restons fermes dans notre engagement à assumer une plus grande partie de la responsabilité requise, tout en engageant des partenaires internationaux qui sont prêts à respecter notre statut d’initiatives locales. J’ai l’espoir et la certitude qu’à l’issue de cette conférence, nous renforcerons encore notre coopération pour soutenir l’initiative d’Accra afin de lutter contre le débordement du terrorisme de la région du Sahel vers l’Afrique occidentale côtière. Il est de notre intérêt collectif que nous réussissions à cet égard."

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Analyse du journaliste Sidy Kaba,

Spécialiste des questions de sécurité

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Que peut-on retenir de l’actualité de 2022 dans le Sahel et surtout dans la zone des 3 frontières ?

Il faudra sans doute de façon incontestable retenir la décision de la France de se retirer du Mali. Une décision prise en février.

Et comme on sait, à la suite de cette annonce le 15 août 2022, le dernier soldat français a quitté le territoire malien pour passer du côté de la frontière nigérienne.

Que pensez-vous de cette réorganisation de Barkhane ?

D’abord, sur le plan de son retrait, il y a eu des conséquences parce que toutes les emprises qui au Mali qui ont été laissées par la force Barkhane n’ont pas été entièrement réoccupées.

Ce qui a fait que ce vide a profité à l’état islamique, principalement l’état islamique au grand Sahara qui s’est réorganisé, qui est devenu très actif au niveau des trois frontières.

Le deuxième enseignement, c’est après le retrait du Mali, il y a un changement de paradigmes. Désormais, la force française va avoir des coopérations bilatérales avec les différents pays, le Niger et le Burkina.

Et le deuxième enseignement principal, c’est l’extension de la force au-delà du Sahel vers les pays du golfe de Guinée parce que la force va désormais accompagner des pays comme le Bénin, comme le Togo et principalement la Côte d’Ivoire qui sont des pays du golfe de Guinée qui subissent eux aussi aujourd’hui la menace terroriste.

Est-ce que l’initiative d’Accra prend au sérieux la menace djihadiste vers la côte ?

Oui ! Elle a eu du mal à prendre ça au sérieux parce que comme on sait, l’initiative d’Accra a été créée en 2017 mais c’est cette année seulement qu’elle est devenue vraiment très active, qu’elle a commencé à prendre conscience que la menace qui concerne le Sahel concerne aujourd’hui les pays du golfe de Guinée.

Et cette prise de conscience même si elle est tardive est très utile parce que les pays ont décidé de mutualiser leurs moyens en termes de renseignements, en termes d’organisations, en termes d’opérations qui vont être amenés à être conduites. Et aujourd’hui, il y a une montée en puissance de cette initiative d’Accra qui regroupe principalement des pays du golfe de Guinée.

Et une volonté aussi de l’initiative d’Accra de se rapprocher des pays du Sahel pour tirer les enseignements de ce qui n’a pas marché au Sahel. Et puis pour mieux coordonner entre les pays du Sahel et les pays de l’initiative d’Accra.

A mon avis, ça peut être un avantage, ça peut être porteur si les pays de l’initiative d’Accra et ceux du Sahel se rapprochent pour répondre ensemble à la menace djihadiste parce que comme on sait, désormais comme la menace est devenue transnationale, toute réponse efficace ne peut être que transnationale, associant à la fois les pays du golfe de Guinée et les pays du Sahel.

Procès des évènements du 28 septembre 2009 à Conakry

La Guinée est également dans cette rétrospective de l’année 2022 avec le début à Conakry du procès des évènements du 28 septembre 2009.

C’est l’aboutissement d’un long processus, a indiqué pour la circonstance, Elyse Kepler, directrice associée du programme de justice internationale au niveau de Human Rights Watch.

"Peu de temps après les crimes, les victimes ont fait pression pour obtenir justice pour ces crimes. Les autorités guinéennes se sont très tôt engagées à enquêter et à engager des poursuites. La Cour pénale internationale ayant indiqué que si elles ne le faisaient pas, elle ouvrirait une enquête. Au fil des ans, des progrès ont été accomplis en matière de justice mais aussi de grands défis à relever pour faire avancer ce processus", explique Mme Kepler.

"Au début, les juges ne disposaient même pas des ressources de base pour mener à bien leur travail et les victimes qui tentaient de donner des informations aux juges étaient confrontées à des problèmes de sécurité car elles se trouvaient dans un bureau où opérait également les forces de sécurité", poursuit-elle.

"Mais petit à petit, nous avons vu les juges faire preuve de courage, recueillir les témoignages des victimes et petit à petit émettre des actes d’accusations pour différents mis en cause. Pendant ce temps-là, la Cour pénale internationale a continué à visiter le pays et à évaluer les progrès ce qui, selon nous, a été un facteur-clé pour aider à faire avancer ce processus", conclut-elle.