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Ahoua Don Mello : "Je suis le candidat de la souveraineté politique, monétaire et sécuritaire"
- Author, Valerie Bony
- Role, BBC Afrique
- Reporting from, Abidjan
Ahoua Don Mello fait partie des derniers candidats à s'être déclarés pour la présidentielle en Côte d'Ivoire.
Ingénieur des ponts et chaussées de formation, il a dirigé pendant plus d'une décennie le Bureau national d'études techniques et de développement (BNETD) avant d'occuper brièvement le poste de ministre de l'Équipement et de l'Assainissement sous le régime de Laurent Gbagbo.
Son engagement politique remonte aux années 1980, au sein du Front populaire ivoirien (FPI) dont il fut membre du comité de contrôle. Il fonde en 1997 son propre parti, La Renaissance, avant de rejoindre de nouveau la mouvance présidentielle en 2010 comme ministre.
Ancien cadre du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPACI), Ahoua Don Mello souhaitait initialement porter les couleurs du parti de l'ancien président, empêché de se présenter faute d'inscription sur les listes électorales. Ce choix lui a valu d'être exclu du PPACI.
A 66 ans, il se lance dans la course à la magistrature suprême en tant que candidat indépendant.
Ahoua Don Mello est interrogé par Valérie Bony, correspondante de BBC Afrique à Abidjan.
BBC News Afrique : Vous aviez pris une initiative que certains ont interprétée comme un "plan B" pour le PPACI de Laurent Gbagbo. Finalement, vous avez quitté le PPACI et vous présentez aujourd'hui comme candidat indépendant. Cela veut dire que vous n'avez plus aucun parti derrière vous ?
Ahoua Don Mello : Oui, je suis candidat indépendant et je considère que c'est un véritable atout. Être candidat indépendant, c'est la meilleure façon de passer du multipartisme à une véritable démocratie. Cela permet de rassembler les talents issus de tous les partis politiques et de faire de l'État un espace d'unité nationale, et non la propriété d'un seul parti.
BBC News Afrique : Vous appelez pourtant à une union de l'opposition. Comment conciliez-vous cela avec votre indépendance politique ?
Ahoua Don Mello : La démocratie se construit toujours en équipe. Il faut donc rechercher des partenaires politiques compatibles, afin de sensibiliser et mobiliser les électeurs. Car l'un des plus grands adversaires d'une élection, c'est l'abstention.
BBC News Afrique :Deux grands partis, le PDCI et le PPACI dont vous êtes issu, n'ont pas présenté de candidats à cette présidentielle. Pensez-vous qu'ils pourraient se rallier à vous ?
Ahoua Don Mello : Vous savez je suis militant du PPACI, et je ne suis pas arrivé seul au PPACI. J'y ai travaillé avec une équipe derrière et nous avons travaillé depuis longtemps et donc nous avons des partisans. D'ailleurs je voudrais rappeler que lors des dernières élections locales, les candidats indépendants ont obtenu plus d'élus que les partis d'opposition réunis.
BBC News Afrique : Vous êtes connu pour votre discours souverainiste. Quelles sont les grandes lignes de votre programme économique ?
Ahoua Don Mello : Notre priorité est de transformer l'économie ivoirienne, aujourd'hui principalement agricole en une économie industrielle. Nous voulons enclencher une véritable révolution industrielle capable d'absorber la jeunesse qui sort chaque année des écoles, lycées et universités. Cette révolution permettra de transformer l'économie et donc créer des emplois formels, durables, et cela permettra d'asseoir un système de sécurité sociale et d'assurance maladie pour tous.
BBC News Afrique : Le parti au pouvoir a exactement le même disque. Qu'est-ce que vous apporteriez de plus?
Ahoua Don Mello : La différence, c'est la souveraineté. Aujourd'hui, notre armée reste une armée héritée de la période coloniale, au service d'une économie primaire. Dans ces conditions, vous pouvez tenir le discours que vous voulez, mais celui qui finance ce discours, c'est la dette, autrement dit ceux qui vous prêtent de l'argent. Et ils le feront selon les conditions qu'ils auront eux-mêmes fixées. Les deux leviers fondamentaux qui expliquent que notre économie dépende encore de l'extérieur sont l'armée et la monnaie. Tant que nous n'avons pas de monnaie souveraine, nos réserves en devises, celles qui permettent d'acheter la technologie et les équipements indispensables à l'industrialisation, ne nous appartiennent pas réellement. Elles demeurent sous le contrôle de l'ancienne puissance coloniale. J'estime donc que la condition première de tout développement, c'est la souveraineté : souveraineté monétaire et souveraineté sécuritaire.
BBC News Afrique : En parlant justement de souveraineté sécuritaire, il y a de l'instabilité dans certains pays autour de la Côte d'Ivoire. Quel rapport vous aimeriez avoir avec les pays de l'AES?
Ahoua Don Mello : Je pense que les pays de l'AES sont actuellement engagés sur la voie de la souveraineté. Ils ont réussi à se libérer de la présence d'armées étrangères et ont mis en place une défense commune. Une fois la menace djihadiste maîtrisée, cela créera les conditions de paix nécessaires pour entamer la deuxième étape : la révolution industrielle.
BBC News Afrique : Ces pays se battent depuis de nombreuses années contre le terrorisme, notamment dans les zones frontalières du nord de la Côte d'Ivoire, où des infiltrations et des cellules dormantes subsistent encore. Comment protéger la Côte d'Ivoire et comment éviter que l'insécurité ne se répande ailleurs dans les autres pays, comme le Bénin et le Togo ?
Ahoua Don Mello : Tant que nous serons divisés, les djihadistes auront toujours un passage. La seule façon de faire face au djihadisme, c'est que nous repensons notre défense sous régionale.
BBC News Afrique : Si vous arrivez au pouvoir, quelle serait votre première mesure ?
Ahoua Don Mello : La première décision serait le vote d'une loi d'amnistie pour mettre fin aux dérives du multipartisme qui n'a pas encore atteint la vraie démocratie : l'instrumentalisation de la justice, les arrestations et les emprisonnements politiques, les exclusions électorales, etc. Cette loi permettrait d'apaiser le climat et d'ouvrir une nouvelle page. Je mettrai ensuite en place un Conseil des sages chargé d'élaborer, de manière consensuelle, les règles qui garantiront une démocratie durable et apaisée.