Qui est Saleh Kebzabo le nouveau Premier ministre du Tchad, et quels sont les défis qui l'attendent ?

Mamadou Faye

BBC Afrique

La tâche ne sera apparemment pas facile pour l’ancien journaliste Saleh Kebzabo, récemment nommé au poste de Premier ministre du gouvernement de transition du Tchad. Du moins, c’est la conviction de Gilbert Muandunodji, enseignant de Sciences politiques à l’université de Ndjamena, la capitale du pays.

L'ancien opposant Saleh Kebzabo, qui était un allié au régime du défunt président Idriss Deby, est nommé à la tête du gouvernement d'union nationale recommandé par le dialogue national inclusif.

Seulement, quelques heures après sa nomination par le président de la transition, Mahamat Idriss Deby Itno, l'analyste poltique tchadien Gilbert Muandunodji lui présage une tâche qui ne sera pas de tout repos pour plusieurs raisons.

En effet, l'universitaire estime que l'ancien journaliste fera bien face à plusieurs défis majeurs.

"Le Tchad est signataire et a ratifié la Charte africaine de la démocratie des élections et de la gouvernance et la situation du Tchad entre bel et bien dans les quatre cas de figures des changements anticonstitutionnels tels que définis dans cette charte-là, donc, le Tchad ne va pas échapper à des sanctions, et de l’Union africaine", rappelle Gilbert Muandunodji.

Un autre problème majeur qui va bien mobiliser l'énergie du nouveau Premier ministre du Tchad est le front sécuritaire.

"Par rapport aux défis sécuritaires, il y a le FARC qui a indiqué très clairement que deux des conclusions du dialogue national et des décisions qui allaient intervenir dépendraient de la reprise de la lutte armée ou pas. Et donc, il y a ce front-là sur le plan externe", dit-il.

Par ailleurs, Gilbert Muandunodji a également fait état de quelques défis à l'intérieur.

"Et à l’intérieur, il y a le front social où plusieurs syndicats avaient déjà enclenché une grève illimitée ; mais également le front politique pour toute la société civile, les partis politiques d’opposition et autres, qui étaient opposés aux conditions d’organisation du dialogue national inclusif, vont certainement reprendre les actions de protestation et de revendication", affirme-t-il.

Dans une autre mesure, M. Muandunodji prédit aussi une mission difficile pour le nouveau Premier ministre tchadien dans sa composition du gouvernement.

"On s’attendrait à ce que dans les jours à venir, il ait une mission difficile dans la formation du gouvernement parce que le message qu’on peut lire à travers sa nomination, c’est qu’il faut distribuer les cartes entre plusieurs personnes qui attendent d’être récompensées de la même manière que lui."

Mais qui est Saleh Kebzabo ?

Le portrait du nouveau Premier ministre du Tchad nous est ici présenté par Blaise Le Roi, notre correspondant à N’Djamena, la capitale du pays.

 "Né à Leri dans le sud-ouest du Tchad le 27 mars 1947, Saleh Kebzabo a d’abord poursuivi ses études primaires et secondaires au Cameroun avant d’intégrer en 1966 le Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris", nous apprend Le Roi.

 De retour au bercail, "il travaille à l’agence de presse tchadienne et collabore aux rédactions de Jeune Afrique et Demain l’Afrique avant de créer son organe de presse, Ndjamena bi-hebdo".

"Saleh Kebzabo va se lancer en politique au sein du parti Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR)."

 Plus tard, dit-il, il deviendra président de cette formation politique et obtient son siège de député à l’Assemblée nationale du Tchad, sous le régime d’Idriss Deby Itno.

 "Il a participé aux élections présidentielles de 1996, de 2001, de 2006, de 2016, puis de 2021 durant laquelle il avait retiré sa candidature en dénonçant une militarisation évidente du climat politique", poursuit Blaise Le Roi.

 "Après la mort d’Idriss Deby en avril 2021, son fils Mahamat Idriss Deby Itno prend le pouvoir et Kebzabo reconnait la légitimité de l’autorité militaire de transition formée par les militaires".

Lorsque la junte a mis en place un Comité d’organisation du dialogue national inclusif censé permettre un retour à l’ordre constitutionnel dans le pays, Kebzabo est alors nommé au poste de vice-président dudit comité.

Nommé pour services rendus ?

L'analyste politique est en fait convaincu que la nomination de M. Saleh Kebzabo est une sorte de récompense pour ses services rendus.

"Il n’y a rien de surprenant dans la nomination de Saleh Kedza parce qu’alors que la plupart des opposants avaient décrié sa participation à la première phase de transition, il avait fait le choix de dire qu’il fallait contribuer à asseoir une certaine stabilité au niveau du pays, le calme", explique-t-il.

"Donc, il a fait le choix de participer comme le vice-président du CODNI qui est le Comité d’organisation du dialogue national inclusif. Ensuite, il a joué un rôle en tant que vice-président en charge des négociations avec les politico-militaires à Doha pendant cinq mois pratiquement", poursuit-il.

Par conséquent, dit-il, "on peut interpréter sa nomination comme une sorte de récompense par rapport à tout ce qu’il a fait".

Il faut rappeler que Saleh Kebzabo, qui a pris activement part au dialogue national inclusif, a plusieurs fois été ministre dans son pays.