Migration en Afrique : le continent noir, une terre d'avenir

Appauvrie, privée d'une bonne partie de ses ressources naturelles, l'Afrique est pourtant aux yeux de certains un socle assez solide pour bâtir un avenir.

Dans ce numéro d'"Au cœur de l'actu", BBC Afrique donne la parole à trois personnes qui ont choisi de venir vivre et travailler en Afrique.

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Mafalda Marchioro, une Italienne âgée de 42 ans, vit au Sénégal depuis trois ans. A la question de savoir pourquoi elle a choisi de venir s'installer dans ce pays d'Afrique de l'Ouest, elle a répondu : "C'est une idée que j'avais dans la tête depuis plusieurs années. J'ai étudié dans une école de Londres, qui s'appelle School of Oriental & African Studies. Là-bas, j'ai commencé à comprendre les dynamiques entre l'Europe et l'Afrique (…) Il y avait plusieurs choses qui m'intéressaient. En même temps, depuis que j'étais petite, j'ai toujours été passionnée par la culture et la musique africaines, celles d'Afrique de l'Ouest notamment."

Les médias occidentaux donnant souvent de l'Afrique une image dévalorisante en l'assimilant à la famine et à la pauvreté, par exemple, BBC Afrique a demandé à Mafalda si elle a eu des appréhensions avant de venir s'installer dans ce continent. "La première fois que je suis venue en Afrique, j'étais à Abidjan, puis au Togo. Quand j'ai vu l'aéroport d'Abidjan, j'ai estimé que cette idée que nous mettent les médias occidentaux dans la tête est complètement fausse", dit-elle.

"J'ai vu un aéroport moderne, avec des gens normaux, qui travaillaient. C'était le contraire ce que l'on me disait de l'Afrique", ajoute la jeune dame. Mafalda s'apprête à quitter le Sénégal pour s'installer en Côte d'Ivoire.

Haïlé Zinsou Noumavo, un Martiniquais âgé de 24 ans, a tout plaqué pour entamer une nouvelle vie au Bénin. Il s'investit dans la promotion des savoir-faire béninois et des produits de fabrication locale, à l'aide de son agence de communication en ligne, RA (Retour en Afrique). Il s'est installé à Abomey, une ville située à 137 kilomètres de Cotonou, la capitale du Bénin.

"Je m'intéresse à toutes les solutions que l'Afrique peut proposer pour être souveraine et libre"

Dans une capsule vidéo postée sur Instagram, Haïlé Zinsou Noumavo met en relief le travail des bronziers béninois. Certaines de ses vidéos comptabilisent jusqu'à 400 000 vues sur YouTube. Pour atteindre de telles performances, il n'a besoin que de son smartphone et d'un peu de créativité.

Ce Martiniquais considère l'Afrique comme une mine d'or. "J'ai adoré, ici, la capacité d'expérimenter des choses sans que ce soit difficile à assumer. En Occident, j'ai essayé de faire de l'entrepreneuriat. Mais c'était très difficile. L'Afrique nous montre beaucoup d'astuces. Je m'intéresse à toutes les solutions que l'Afrique peut proposer pour être souveraine et libre", explique-t-il.

"Nous avons créé notre entreprise pour aider à la valorisation des bijoux en bronze créés par les bronziers d'Abomey. Nous pensons, qu'en tant qu'Africain revenu dans le continent, que ces objets sont importants", affirme Haïlé Zinsou Noumavo.

Depuis six mois, il commercialise les bijoux en bronze, sous le label RA (Retour en Afrique). Avec un capital de 50 000 francs CFA, cette activité lui rapporte au moins 650 000 francs CFA par mois, dit Haïlé Zinsou Noumavo.

La plupart de ses clients sont en Occident. Marie-Guadeloupe Sina vit en Guadeloupe. Elle a plusieurs fois contacté Haïlé Zinsou Noumavo parce qu'elle avait besoin de bijoux authentiques, fabriqués par des artisans. "Quel que soit ce que vous demandez, Haïlé y met son cœur. Il attache de l'importance à chaque personne, à la présentation de chaque article et à chaque pièce", témoigne la Guadeloupéenne.

Le jeune entrepreneur ajoute une touche de modernité au travail des bronziers, selon des artisans de la ville d'Abomey. "C'est quelqu'un qui veut vraiment faire évoluer notre métier et valoriser la culture béninoise. On sort les idées ensemble, mais la plupart d'entre elles viennent de lui. C'est grâce à lui que nous nous sommes fait connaître", témoigne l'un de ses collaborateurs.

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Le promoteur de RA ambitionne de vendre ses bijoux partout dans le monde, dans cinq ans, dans le but de "reconnecter plus de personnes à l'art béninois en valorisant le savoir-faire des artisans".

Nous restons au Bénin, où Emmanuelle Sodji s'est installée depuis 2017. Elle vit en Afrique de l'Ouest depuis treize ans et offre ses services à la presse écrite et aux médias audiovisuels étrangers. Pour cette journaliste indépendante, l'audiovisuel africain est en train de s'imposer dans le paysage médiatique international. "C'est très intéressant de travailler en Afrique. Nous sommes en train de vivre une époque particulière, avec une redistribution des cartes en Afrique de l'Ouest. La jeunesse africaine francophone milite pour un changement [d'approche] de la politique africaine de la France. Il se passe beaucoup de choses sur le terrain. Nous sommes les témoins de cette histoire en train de se dérouler sous nos yeux."

"Depuis dix ans, explique Emmanuelle Sodji, la région du Sahel connaît l'extrémisme violent. On ne sait pas ce que cela peut donner comme conséquences. Il y a aussi le retour des coups d'Etat. En même temps, l'Afrique est un continent très prometteur, sur le plan économique."

Elle estime que dans un contexte géopolitique pareil, travailler en Afrique de l'Ouest pour des médias étrangers devient une opportunité. "Soixante-dix pour cent de la population a moins de 30 ans. Tout cela donne une configuration unique au monde. Avec ce nouveau cycle de l'histoire, il y a aura forcément des reportages qu'on ne verra nulle part ailleurs dans le monde."

Mais s'installer en Afrique et y travailler n'est pas de tout repos pour Emmanuelle Sodji. "Le plus dur pour un journaliste qui travaille en Afrique, pour les médias étrangers notamment, c'est la perception de son travail. Nos moindres reportages sont scrutés. Si vous êtes critique, on vous accuse d'être un agent de la France, par exemple. C'est très difficile de faire comprendre aux gens qu'on est totalement indépendant. Pourtant, on ne reçoit aucun ordre d'une rédaction basée à l'étranger", explique-t-elle.

Une "mauvaise perception de la réalité"

"Au début, la question financière a été la chose la plus difficile pour moi. Avant de venir ici, j'étais salariée. Du jour au lendemain, je ne savais pas ce que j'allais gagner le mois suivant. Il y avait toute une rééducation de soi à faire. Mais je ne regrette absolument rien. Ici au moins, on n'est pas tenté par le consumérisme excessif des pays développés."

Emmanuelle Sodji a une fine compréhension de la migration en Afrique. Il existe deux trajets, selon elle : celui des Africains en nombre qui quittent leurs pays respectifs et celui des milliers d'étrangers qui viennent s'installer en Afrique.

"Les médias étrangers donnent l'impression qu'il y a une hémorragie. Les chiffres, eux, montrent qu'il n'y a que 20 % des Africains qui partent pour l'Europe. Les autres migrent au sein même du continent. Tant que l'Afrique n'aura pas ses propres grands médias, cette mauvaise perception de la réalité va exister toujours. Je constate une tendance des jeunes Africains à retourner dans leur pays à la fin de leurs études", analyse-t-elle.

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"C'est nouveau. Mon père, par exemple, n'a jamais imaginé rentrer jeune chez lui. Beaucoup de générations ont préféré retourner en Afrique à l'âge de la retraite ou mourir à l'étranger. Cette jeunesse qui choisit de retourner au pays a de l'énergie et des compétences pour entreprendre en Afrique", assure Emmanuelle Sodji, estimant que "malheureusement, on parle plus de ceux qui partent que de ceux qui reviennent".

Les expatriés vivant en Afrique sont majoritairement d'origine française, selon le ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères. L'immigration africaine vers l'Europe est la source d'une "détonation médiatique omniprésente", pourtant le nombre de Français ayant choisi le ciel africain comme nouveau toit est important mais sous-estimé, selon le même ministère.

Il déclare fait état de 350 000 inscrits dans les consulats africains se trouvant dans les pays européennes, entre 2015 et 2020. En Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire et le Sénégal sont les destinations les plus prisées, l'Algérie et le Maroc sont les pays qui attirent les plus grands nombres d'étrangers en Afrique du Nord.