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Inondations en RD Congo : que savons-nous de la tragédie qui a tué plus de 100 personnes ?
Plus de 100 personnes sont décédées à la suite des pires inondations depuis des années dans la capitale de la République démocratique du Congo, Kinshasa, selon les autorités.
Les principales routes du centre-ville ont été submergées alors que de fortes pluies se sont poursuivies pendant des heures et que plusieurs maisons se sont effondrées.
Beaucoup de ceux qui sont morts se trouvaient dans des zones à flanc de colline qui ont subi des glissements de terrain.
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Quelle est l'ampleur des dégats ?
Des quartiers entiers ont été inondés d'eau boueuse, et des maisons et des routes ont été détruites par des gouffres, y compris l'autoroute N1 qui relie la capitale au principal port du pays dans la ville de Matadi.
Près de 30 000 foyers ont été touchés, dont 280 habitations emportées par les glissements de terrain.
Le nombre officiel de morts est de 120, mais des groupes non gouvernementaux affirment que plus de 140 personnes sont mortes.
Les dommages aux infrastructures sont importants, la majorité des habitants de la capitale subissant des coupures d'eau et d'électricité.
Un journaliste de l'AFP a vu les corps de neuf membres d'une même famille tués lors de l'effondrement de leur maison.
"Nous n'avons jamais vu une inondation ici à cette échelle", déclare Blanchard Mvubu, qui vit dans l'une des zones les plus touchées.
"Je dormais et je pouvais sentir de l'eau dans la maison. C'est un désastre - nous avons perdu tous nos biens dans la maison, rien n'a pu être sauvé."
Au lendemain, Charlotte Apa, une sinistrée qui a acceptée de partager son histoire avec la BBC ne sait tours pas à quel saint se vouer.
"C'est dur. Où nous allons partir ? S'il y a une autre pluie, vers où allons-nous nous enfuir", dit-elle avec regret.
Elle tente avec ses amigres moyens qui lui restent d'évacuer l'eau qui stagne de ce qui reste de sa maison.
"Nos matelas sont abîmés. Ils sont tous mouillés. Voilà pourquoi nous essayons de sortir l'eau des maisons", justifie-t-elle.
"je ne sais vraiment pas où nous pouvons aller, ni comment nous allons nous en sortir", soupire Charlotte Apa qui espère tout de même de l'aide venant du gouvernement.
"La pluie a commencé à 2 heures du matin. Il pleuvait et on s'est dit : sortons un peu dehors pour voir. Vers 4 heures, lorsque nous sommes sortis c'était terrible. Il y avait de l'eau dans les parcelles et même dans la maison", se souvient encore Charlotte.
"Beaucoup de nos voisins sont décédés. Les murs se sont écrasés sur certains d'entre eux. D'autres ont succombé aux eaux qui sont entrées dans leurs maisons", raconte Mme Apa.
Comment expliquer la résurgence des inondations ?
Selon l'urbaniste Joël Kiana Basila contacté par la BBC, la ville de kinshasa, est située sur une plaine et est occupée sans une planification préalable.
"Avec le climat de notre pays, il pleut pratiquement pendant neuf mois dans l'année", explique-t-il.
"Dans une ville, il faut une planification avant l'occupation. Quand il pleut ou qu'il y a une inondation, il n'y a pas d'ouvrages d'assainissement pour évacuer l'eau", déplore M. Basila.
Assani Kizunguluka qui est également urbaniste, estime pour sa "les inondations à Kinshasa sont principalement dues aux caniveaux qui ont été dimensionnés depuis l'époque belge [coloniale] et qui n'ont pas été redimensionnés."
De plus, M. Kizunguluka souligne que l'aménagement du territoriale de la ville n'a pas été adapté à la croissance de la ville.
"Kinshasa a été créé pour 1 million d'habitants vers les années 1960. Aujourd'hui nous sommes à 15 millions", rappelle-t-il..
Kinshasa est située sur le fleuve Congo et a connu un énorme afflux de population ces dernières années, avec 15 millions de personnes qui y vivent actuellement.
De nombreuses habitations sont des bidonvilles construits sur des pentes sujettes aux inondations, et la ville souffre d'un drainage et d'un assainissement inadéquats.
En novembre 2019, une quarantaine de personnes à Kinshasa sont mortes dans des inondations et des glissements de terrain.
Quelle est la réaction du gouvernement ?
Le gouvernement a annoncé une période de trois jours de deuil national .
Cette catastrophe est survenue alors que le prsésident Félix Tshisekedi se trouvait à New York, pour assister au sommet États-Unis-Afrique.
Il a décidé « d'écourter son séjour aux Etats-Unis et de rentrer à Kinshasa le jeudi 15 décembre 2022, après sa rencontre avec le président américain Joe Biden », selon un communiqué de sa cellule de communication.
Il attribue ces pluies dilluviennes au déréglement climatique et en a profité pour enjoindre les pays pollueurs à respecter leurs engagements.
« La RDC est sous pression mais malheureusement elle n'est pas suffisamment entendue ou soutenue », a déclaré le président Félix Tshisekedi au secrétaire d'État Antony Blinken lors du sommet États-Unis-Afrique à Washington.
Les inondations sont un exemple de "ce que nous déplorons depuis un certain temps", a-t-il déclaré, ajoutant que les pays responsables de la pollution devraient faire davantage pour aider ceux qui souffrent.
Le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde a conduit une délégation gouvernementale dans des quartiers de Kinshasa pour évaluer les dégâts mardi.
Il a déclaré que les autorités recherchaient toujours d'autres corps.
Quelles sont les solutions proposées ?
Selon le Vice-Premier Ministre en charge de l'Interieur Daniel Aselo, "il a été décidé entre autres que des démolitions soient faîtes sur des sites bien identifiés."
Toujours selon M. Aselo, le gouvernement a décidé de fermer tous les sites qui posent problèmes.
Joël Kiana Basila quant à lui estime que pour éviter ce genre de tragédie à l'avenir, il faut arrêter les contructions anarchiques.
"Il faut libérer les berges des rivières", martèle-t-il.
Selon l'urbaniste Assani Kizunguluka, il faut "redimensionner les caniveaux et les adapter à cette démographie qui est galopante actuellement autour de 15 millions d'habitants."
L'expert préconise également la mise en place de mesures d'extension de Kinshasa vers les zones périphériques afin de permettre à la ville de respirer.
En attendant, le gouvernement annonce les travaux de réhabilitation de la route de Matadi qui prendront entre quatre à cinq jours.