Sunday Igboho : qu'est-ce qui empêche le Bénin d'extrader le leader séparatiste nigérian ?

    • Author, Par Nduka Orjinmo
    • Role, BBC News, Abuja

Un tribunal du Bénin a ordonné qu'un leader séparatiste nigérian détenu dans le pays soit transféré de la garde à vue à la prison.

Sunday Adeyemo, également connu sous le nom de Sunday Igboho, est accusé d'être entré illégalement dans le pays et d'avoir planifié des troubles, mais il a nié ces accusations.

Il a été arrêté dans un aéroport du Bénin la semaine dernière à la demande du Nigéria.

Lire aussi sur BBC Afrique :

Mais les autorités nigérianes sont restées silencieuses depuis son arrestation et n'ont pas fait de demande officielle d'extradition.

Au lieu de cela, il fait l'objet d'une enquête au Bénin pour association de malfaiteurs et a comparu une seconde fois devant le tribunal de Cotonou lundi.

Pourquoi a-t-il été arrêté au Bénin ?

Il a été arrêté au Bénin il y a un peu plus d'une semaine en même temps que sa femme. Celle-ci a été libérée.

Selon les rapports, ils voulaient se rendre en Allemagne, un pays dont sa femme détient la nationalité.

Le Nigeria accuse M. Adeyemo de stocker des armes, d'appeler à l'éclatement du pays et d'inciter aux massacres ethniques.

Mais ses partisans affirment qu'il est un prisonnier politique persécuté pour avoir défendu les membres de son ethnie Yoruba, attaqués par des bergers Fulani.

Pourquoi a-t-il quitté le Nigeria ?

Il a fui le pays après une descente de la police secrète nigériane à son domicile, début juillet, au cours de laquelle deux de ses associés ont été tués.

Douze autres personnes arrêtées lors de cette descente n'ont pas été traduites en justice.

Ces dernières semaines, le Nigeria a pris des mesures de répression contre les militants séparatistes. Fin juin, Nnamdi Kanu, qui souhaite créer un État sécessionniste, le Biafra, dans le sud-est du pays, a été arrêté au Nigeria.

Il a été arrêté dans un pays étranger non identifié et ramené au Nigeria.

Ses avocats affirment qu'il a été enlevé au Kenya où il a été torturé, mais les autorités de ce pays ont démenti ces accusations.

Sunday Igboho peut-il être extradé du Bénin ?

Les avocats de M. Adeyemo affirment que le Nigeria espérait une répétition de l'extradition rapide de leur client lorsqu'il a été arrêté à Cotonou. Ils affirment qu'un jet privé avait fait le plein et était prêt à lui faire passer la frontière.

Mais contrairement au cas de M. Kanu, les autorités béninoises se sont impliquées.

Un traité d'extradition de 1984 entre les voisins ouest-africains : Nigeria, Togo, Bénin et Ghana, exclut les personnes recherchées pour des raisons politiques.

Les représentants de M. Adeyemo affirment qu'il entre dans cette catégorie, car sa demande de liberté de mouvement est protégée par la charte de l'Union africaine (UA).

En outre, le Nigeria et le Bénin font partie de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), un organisme régional composé de 15 pays et dont les lois ont une grande portée sur le commerce et les questions juridiques.

En vertu de la convention d'extradition de la Cedeao, qui est contraignante pour le Bénin, une demande doit être formulée par un pays membre qui expose les infractions commises par un suspect recherché dans son pays d'origine.

Seul un tribunal peut alors statuer sur la demande d'extradition.

Mais y a-t-il eu une demande d'extradition ?

Le Nigéria a été accusé d'avoir tenté de faire pression sur son petit voisin ouest-africain pour qu'il extrade M. Adeyemo sans avoir présenté ses arguments au tribunal.

Femi Falana, éminent avocat nigérian, a déclaré à la BBC que l'ambassade du Nigeria avait écrit une lettre aux autorités béninoises pour demander l'extradition de M. Adeyemo. Mais cela ne faisait pas partie d'un processus légal.

"Le gouvernement nigérian a formulé une demandé en dehors de la loi", a-t-il dit.

Il pense que le Nigéria, qui ne peut être comparé au Bénin en termes de taille et d'économie, a essayé d'utiliser son influence politique pour obtenir le retour du suspect.

Quel est l'état des relations entre le Nigeria et le Bénin ?

Les deux pays partagent une frontière que le Nigeria a unilatéralement fermée en août 2019, accusant son petit voisin d'encourager la contrebande d'articles interdits dans le pays.

La fermeture de la frontière a fait des vagues en Afrique de l'Ouest et a obligé le président béninois Patrice Talon à se rendre dans la capitale nigériane, Abuja, pour demander la réouverture de la frontière.

La frontière est restée fermée jusqu'au début de cette année.

M. Falana estime également que le cas de M. Adeyemo prouve que le Nigeria a beaucoup à apprendre de son petit voisin en matière de droits de l'homme.

"Sa femme, qui a été arrêtée avec lui, a été libérée par le tribunal parce qu'il n'y avait pas de charges contre elle", a déclaré M. Falana.

Il a comparé cette situation à celle du Nigeria où, plusieurs semaines après l'arrestation de 12 personnes lors du raid au domicile de M. Adeyemo, celles-ci n'ont toujours pas été traduites en justice.

Qui est Sunday Adeyemo ?

M. Adeyemo a acquis une certaine notoriété dans son pays en octobre dernier lorsqu'il a profité du jour de l'indépendance du Nigeria pour appeler à la création d'une république Yoruba indépendante, bien que cette idée ait été largement tournée en ridicule.

Mais il est depuis devenu une figure nationale après s'être placé au cœur de l'un des conflits les plus meurtriers du pays - les affrontements entre les éleveurs Fulanis et d'autres groupes, pour l'accès aux terres et aux droits de pâturage.

Après le meurtre d'un homme politique en janvier, M. Adeyemo a estimé qu'il en avait vu assez et a attiré l'attention en demandant que les éleveurs Fulani, originaires du nord du Nigeria, quittent le sud-ouest, considéré comme le foyer de l'ethnie Yoruba, pour tous leurs crimes présumés.

Les autorités nigérianes affirment que ses actions ont provoqué des tueries dans le sud-ouest du pays, mais M. Adeyemo nie ces allégations et affirme qu'il est recherché pour son appel à l'autonomie.

Ses partisans le saluent comme un héros, mais ses opposants affirment qu'il est un dangereux rabatteur et l'accusent d'inciter à la haine ethnique et au meurtre.