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"Le sexisme à son paroxysme" : le contrôle des vêtements féminins dans le sport
"Ensemble, nous continuerons à nous battre pour changer les règles en matière de vêtements, afin que les joueurs puissent jouer en portant les vêtements avec lesquels ils sont à l'aise."
Telle est la déclaration de la Fédération norvégienne de handball (NHF), après que l'équipe féminine de handball de plage du pays a été condamnée à une amende de 1 500 euros (environ 983 000 francs CFA).
Leur faute ? Elles ont refusé de porter des bikinis lors des championnats d'Europe.
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Pourtant, la veille, une para-athlète féminine s'est entendu dire que son slip était "trop court et peu décent".
Malheureusement, le contrôle de la tenue vestimentaire des athlètes féminines n'est pas nouveau.
Nous revenons ici sur certains des incidents les plus connus, sur la riposte qui s'en est suivie aussi.
L'équipe de handball de plage mise à l'amende pour ne pas avoir porté de bikinis
Les joueuses de l'équipe norvégienne de handball de plage ont dénoncé le reproche fait à elles de porter des slips trop sexys et inconfortables pour leur dernière compétition.
Elles ont donc choisi de porter des shorts (comme sur la photo ci-dessus), lorsqu'elles ont eu à affronter l'Espagne pour tenter de remporter une médaille de bronze.
Avant le début du championnat, la Norvège a demandé à la Fédération internationale de handball l'autorisation pour ses joueuses de porter des shorts.
Non seulement leur demande a été rejetée, mais on leur a rappelé que les infractions au règlement étaient punissables et que, lorsque l'équipe a opté pour le port du short pendant le match, elle écope d'une amende de 177 dollars (98.645 francs CFA) par joueuse.
La Fédération européenne de handball (EHF) a imposé l'amende en raison d'un cas de "tenue vestimentaire inappropriée" et a déclaré que la Norvège avait joué avec des shorts n'étant "pas conformes aux règles de l'uniforme de l'athlète définies par les règles du jeu du handball de plage".
Le retour de bâton
Mais l'amende a suscité une vive réaction.
De nombreuses personnes ont posé la question de savoir pourquoi les femmes ne pourraient pas faire de même, si les équipes masculines de handball de plage pouvaient porter des débardeurs et des shorts longs et amples, qui descendent jusqu'aux cuisses.
"La chose la plus importante est d'avoir un équipement avec lequel les athlètes sont à l'aise", a fait valoir le chef de la Fédération norvégienne de handball, Kåre Geir Lio, qui a non seulement soutenu les femmes, mais a accepté aussi que la fédération paie l'amende.
Le président de la fédération norvégienne de volley-ball, Eirik Sordahl, a déclaré : "En 2021, cela ne devrait même pas être un problème."
Et le ministre de la Culture et des Sports du pays, Abid Raja, a tweeté : "C'est complètement ridicule - un changement d'attitude est nécessaire dans le monde international macho et conservateur du sport."
Depuis de nombreuses années, les joueuses se plaignent de cette différence dans les sports de plage et affirment qu'elles trouvent le bikini à la fois déshonorant et peu pratique.
"Chaque sport a besoin de règles. Mais lorsqu'il existe un ensemble de règles réservées aux femmes, il y a un problème", explique Renata Mendonca, journaliste sportive à la BBC.
"C'est du sexisme à l'état pur. Malheureusement, le sexisme est fréquent dans le sport, et c'est ce qui, en grande partie, pousse tant de brillantes athlètes à abandonner leur discipline", explique à la BBC Tova Leigh, créatrice de contenus numériques et ancienne avocate.
"Le problème, ce n'est pas les shorts. Le problème, c'est que même en 2021 les femmes se font encore dire ce qu'elles peuvent ou ne peuvent pas porter parce que leur corps est toujours considéré comme un objet au profit des hommes, ce qui donne à tout le monde le droit de commenter, d'exiger et d'avoir son mot à dire à leur sujet", ajoute Tova Leigh.
"Les femmes sportives ne sont pas prises au sérieux, elles sont traitées comme du plaisir pour les yeux, pas comme les athlètes professionnelles qu'elles sont", ajoute Leigh, qui a souvent écrit et commenté sur les réseaux sociaux l'examen sexiste auquel le corps des femmes est confronté au quotidien.
Et Mendonca partage son avis : "Il n'y a aucune justification raisonnable pour le bikini, le sport ne changera en rien si les femmes sont autorisées à jouer en short - quoi qu'il arrive, elles se sentiront plus à l'aise."
Mendonca a cofondé la plateforme numérique Dibradoras, qui vise à accroître la visibilité des femmes dans le sport, une visibilité mais qui leur est souvent refusée dans les réseaux grand public.
"Les compétitions sportives ont été conçues pour les hommes - comme le montre ce genre d'incident. En 2021, les personnes qui dirigent les organisations sportives, généralement des hommes blancs, considèrent toujours les femmes athlètes comme une parure, qui est juste là pour faire plaisir aux hommes. Ce devrait être aux femmes de décider de la meilleure tenue pour elles. Mais comme il y a peu de femmes à la tête des organisations sportives (…), leur voix est inaudible", dit-elle.
"Comment se fait-il que la voix des femmes athlètes ne soit pas prise en compte, et pourquoi le corps et la tenue des sportives sont encore contrôlés par les autorités dirigeantes et leur entourage ?" se demande Mendonca.
Le slip de la para-athlète jugé "trop court et trop révélateur"
Mais l'équipe féminine norvégienne n'est pas la première à être confrontée à ce problème, et il est fort probable qu'elle n'en sera pas la dernière.
C'est la veille de leur amende que la double championne du monde et para-athlète britannique Olivia Breen est restée "sans-voix", lorsqu'on lui a dit de porter un short "plus approprié" lors des championnats d'Angleterre.
L'ordre est venu d'un officiel, qui a déclaré que son short était "trop court et trop révélateur". (Vous pouvez voir ce qu'elle porte dans le tweet ci-dessus).
La sprinteuse et spécialiste du saut en longueur, qui participe aux Jeux olympiques de Tokyo, a déclaré que son intention était d'empêcher que cela n'arrive à d'autres.
Breen décrit ses vêtements de sport comme des "bas de bikini à taille haute".
"Nous voulons être aussi légers que possible lorsque nous sommes en compétition, ne pas avoir à nous sentir lourds, et nous sentir à l'aise", a-t-elle déclaré à la BBC.
"Je les porte depuis neuf ans, je n'ai jamais eu de problème. Nous devrions simplement porter ce que nous avons le droit de porter. Ces deux exemples peuvent sembler se contredire, mais ils sont simplement les deux faces d'une même médaille", soutient Leigh.
"Le corps des femmes est traité et considéré comme 'le problème'…" déplore-t-elle
Jouer avec un hijab
Cette question a également été soulevée en 2016, lorsqu'une image des Jeux olympiques de Rio a été largement partagée et commentée.
La photo de deux joueurs de beach-volley - une Égyptienne et une Allemande (voir ci-dessus) - a fait jaser, non pas en raison de leurs impressionnantes compétences sportives, mais à cause de leur tenue jugée "controversée", certains journaux affirmant que la photo traduisait un "choc des cultures".
Ce commentaire a été violemment réfuté, beaucoup affirmant qu'elle montrait en fait le "pouvoir unificateur du sport".
L'Égyptienne Doaa Elghobashy (sur la photo) a été la première joueuse olympique de beach-volley à porter le hijab. Elle a simplement dit, à l'époque : "Je porte le hijab depuis dix ans... Cela ne m'empêche pas de faire ce que j'aime, et le beach-volley en fait partie."
Mais une telle attention portée à la photo a mis en lumière un problème plus important pour beaucoup.
"Peu importe la culture d'où vous venez, le corps des femmes et la façon dont ce corps est habillé sont toujours considérés comme un bien public - ou, plus précisément, comme la propriété du patriarcat", écrivait à l'époque la journaliste britannique Hannah Smith.
"Peu importe ce que vous portez pour faire du sport en tant que femme, vous serez toujours jugée par les hommes qui vous regardent", dénonce-t-elle.
La combinaison post-grossesse de Serena Williams
La grande dame du tennis américain Serena Williams a dédié sa tenue de Roland-Garros 2018 à "toutes les mamans qui ont eu une grossesse difficile" lorsqu'elle a repris l'activité sportive, après un congé maternité.
La 23e championne du Grand Chelem a déclaré que son "catsuit" lui donnait l'impression d'être une "reine du Wakanda", en référence au film Black Panther.
On lui a dit que cette tenue ne serait plus autorisée, le président de la Fédération française de tennis, Bernard Giudicelli, ayant déclaré à Tennis magazine : "Je crois que nous sommes parfois allés trop loin. Il faut respecter le jeu et le lieu."
Williams a déclaré que le costume l'a aidée à faire face à la question des caillots sanguins, qui, selon elle, ont failli lui coûter la vie lorsqu'elle donnait naissance.
Mais elle dit avoir parlé à Giudicelli à l'époque, insistant sur le fait que la décision n'était "pas une grosse affaire", et que si "certaines décisions sont prises pour des raisons de santé, alors il n'y a pas de raison qu'on ne se soit pas mis d'accord sur ça".
Alors que de plus en plus de femmes athlètes prennent position, et que les gens s'expriment, les choses commencent-elles à changer ?
Le body complet de la gymnaste
La gymnaste allemande Sarah Voss a décidé de rompre avec la tradition et de porter un body complet pour les championnats européens de gymnastique artistique en avril 2021.
Elle n'est pas allée à l'encontre des règles, mais elle a défié les conventions.
Jusque-là, les seules femmes et filles qui avaient couvert leurs jambes lors de compétitions internationales de gymnastique l'avaient fait pour des raisons religieuses.
Sarah Voss a déclaré à la BBC qu'elle voulait être un "modèle pour les jeunes gymnastes qui ne se sentent pas en sécurité dans toutes les situations", et qu'elle espérait que d'autres suivraient son exemple. Même si elle estime que les autres ne devraient pas avoir à le faire s'ils ne le voulaient pas.
"Si elles se sentent en sécurité, elles peuvent porter un justaucorps normal si elles le souhaitent... Pour moi, cela ne signifie pas que je devrai porter un long justaucorps à l'avenir, à chaque fois. Cela dépend de ce que je ressens et de la façon dont j'aimerais me produire."
Voss a également bénéficié du soutien des autorités sportives de son pays, ainsi que de celui de deux coéquipières qui ont rejoint son initiative.
La fédération allemande les a félicitées pour avoir pris position contre "la sexualisation dans la gymnastique".
Bonnets d'âme
La décision de ne pas autoriser les bonnets de bain conçus pour les cheveux afro lors des compétitions internationales pourrait être reconsidérée après une réaction négative.
Soul Cap a déclaré que Fina, l'organe directeur mondial des sports nautiques, leur avait dit que leurs bonnets n'étaient pas adaptés parce qu'ils ne suivent pas "la forme naturelle de la tête".
Mais ces commentaires ont suscité des critiques de la part de nombreux nageurs, certains affirmant que cela découragerait les Noirs de pratiquer ce sport.
En conséquence, Fina déclare aujourd'hui qu'elle "réexamine la situation" concernant ces produits.
Il est peu probable que les histoires de femmes athlètes critiquées pour ce qu'elles portent ne fassent pas la une des journaux à l'avenir.
Mais, selon Mme Leigh, il y a une chose que nous pouvons tous faire pour aider. C'est de "dénoncer ce genre de situation chaque fois que vous en êtes témoin", a-t-elle dit.
Pourquoi ? Parce que "nous devons montrer aux filles, dès leur plus jeune âge, que le sport est la place de la femme".