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Comment les peuples indigènes combattent le changement climatique avec succès
- Author, Elaine Jung
- Role, BBC World Service
Les peuples autochtones sont souvent les plus vulnérables au changement climatique mais disposent de systèmes de connaissances fondés sur des milliers d'années de gestion des terres, de durabilité et d'adaptation au climat.
Le Dr Koko Warner, du secrétariat des Nations Unies sur les changements climatiques, affirme que leur participation à la lutte contre le réchauffement climatique est vitale.
"J'espère vraiment un scénario futur où, en associant et en développant ensemble nos systèmes de valeurs, les êtres humains développeront de nouvelles pratiques qui peuvent être une force positive dans la nature", a-t-elle déclaré.
Ces cinq pionniers du climat explorent les ressources de leur passé.
Le Sahel : re-végétalisation des terres arides
Au Sahel, en Afrique, d'anciennes techniques agricoles contribuent à redonner vie à certaines parties de cette région semi-aride.
Ancienne pratique traditionnelle, le "Zai" a été relancé au Burkina Faso depuis les années 80.
De petites fosses sont creusées dans le sol et remplies de compost, de fumier et de graines avant le début de la saison des pluies.
Elles permettent de collecter l'eau - une denrée rare dans cette région ou les précipitations diminuent en raison du réchauffement climatique - et améliorent également la fertilité du sol et atténuent l'insécurité alimentaire.
Cette pratique agricole est utilisée au Niger, au Mali, au Sénégal et au Tchad.
Zai est connu localement sous le nom de "Kara" ou "Buriye" indique Hindou Oumarou Ibrahim, une femme de la communauté Mbororo au Tchad.
Les pasteurs ont développé une approche "holistique" de l'agriculture, reconnaissant jusqu'à sept saisons, en fonction de l'histoire, de l'emplacement et des conditions de la région.
Les observations astronomiques et météorologiques peuvent jouer un grand rôle dans le calendrier de plantation des cultures telles que les arachides, le gombo, les haricots, le maïs et, plus récemment, la pastèque.
"Notre peuple a survécu pendant des siècles", explique Mme Ibrahim. "Nous sommes la preuve que cela fonctionne."
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Australie : combattre le feu par le feu
Pendant des millénaires, les aborigènes d'Australie ont brûlé des terres pour les garder en bonne santé, améliorer la biodiversité, cultiver des denrées et empêcher la propagation des incendies de forêt.
Victor Steffensen, un praticien du feu indigène, enseigne le "brûlage culturel" depuis deux décennies.
Il avait prédit la catastrophe des feux de brousse dans le pays en 2018.
"Ce fut un énorme réveil", dit-il. "La terre était malade parce qu'elle n'était pas correctement gérée avec le changement climatique. Le feu joue un grand rôle dans cette gestion."
34 personnes sont mortes, un milliard d'animaux ont été anéantis et quelque 3 000 maisons ont été endommagées.
Les pratiques de brûlage indigènes varient selon les écosystèmes australiens. C'est un processus délicat et calculé.
Le feu est contrôlé et chronométré lorsque les conditions sont "bonnes" avec l'environnement, la météo et la saison.
La combustion est maintenue de faible taille et intensité pour donner aux animaux le temps de fuir et pour protéger les couverts forestiers.
Cela élimine également la surface de plancher et les arbustes du sol pour aider à créer des coupe-feux naturels.
"C'est une science qui repose sur tant d'informations développées depuis des milliers d'années", dit-il.
Depuis la saison des feux de brousse en Australie, les agences occidentales ont manifesté un intérêt accru pour l'utilisation de techniques indigènes.
M. Steffensen se réjouit de l'attention mais appelle à une plus grande coopération.
"Il faut que ce soit un processus de décolonisation où les agences n'exploitent pas les communautés autochtones."
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Les Andes : suivez la piste des Incas
Le site archéologique du Machu Picchu, au Pérou, est un exemple emblématique d'agriculture en terrasse. Les Incas y ont fait pousser des récoltes entre des murs de pierre creusés dans les hautes terres froides des Andes.
Cette ancienne technique permettait de cultiver des denrées dans des conditions difficiles.
Utilisant du fumier de lama et d'alpaga comme engrais, cette technique a favorisé la production de variétés de fruits, de noix, de légumes et d'épices.
De nombreuses terrasses existent encore, dispersées sur un million d'hectares dans les Andes péruviennes - mais elles sont en mauvais état.
"Nous les avons négligés", explique Wilson Ccasa, un agriculteur de 28 ans de la communauté indigène Quechua.
M. Ccasa est originaire de la zone rurale Palcca, au sud.
Il s'est joint à un effort à grande échelle pour restaurer certaines des terrasses abandonnées l'année dernière dans sa localité.
Face au changement climatique, les terrasses augmentent l'espace terrestre, réduisent la consommation d'eau et préviennent l'érosion des sols.
Les murs en pierre absorbent également la chaleur du soleil pendant la journée et la libèrent dans le sol la nuit lorsque les températures baissent.
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L'Amazonie : un véritable jardin tropical
La richesse de l'écologie de la forêt tropicale est largement due à des millénaires d'agriculture indigène, selon une étude scientifique approfondie de l'Amazonie.
La diversité des peuples autochtones - avec environ 400 groupes ethniques -, est aussi riche que les aliments qu'ils cultivent.
Les jardins varient d'une région à l'autre où beaucoup cultivent des centaines d'espèces comestibles.
Lorsque les jardins arrivent à maturité, ils sont abandonnés pour permettre à la forêt de se régénérer.
Bedjai Txucarramae, un chef du peuple Kayapo dans l'est de l'Amazonie brésilienne, a assurément la main verte.
"Cultiver sa propre nourriture est bien mieux que de l'acheter en ville", explique l'homme de 76 ans.
"C'est pour ça que je suis en si bonne santé et que je me sens si fort malgré mon âge."
Sa communauté cultive 56 types de patates douces, 46 types de manioc, 40 types d'igname et 13 types de maïs.
Les variétés sont le résultat de plusieurs siècles de culture de clonage et d'échange de graines avec d'autres villages.
Les Kayapo ont développé ces pratiques bien avant que les scientifiques modernes ne créent des banques de graines pour se prémunir contre les catastrophes environnementales.
M. Txucarrame pense que si le temps devient plus chaud et plus sec dans sa région, comme le prédisent les scientifiques, de nombreuses variétés de leurs cultures survivront et certaines pourraient en bénéficier.
L'Arctique : remodeler les eaux
L'Arctique est particulièrement vulnérable au changement climatique, les températures augmentant plus rapidement que la plupart des régions de la planète.
Par conséquent, la culture et les moyens de subsistance de plus de 40 groupes autochtones vivant aux États-Unis, au Canada, en Russie, en Finlande, en Norvège, en Suède et au Groenland sont directement affectés.
Le Dr Tero Mustonen, un climatologue finlandais, est le directeur de l'organisation à but non lucratif Snowchange, qui travaille sur des projets d'adaptation au climat combinant la science occidentale avec les connaissances indigènes.
Snowchange a récemment soutenu un vaste projet de restauration dirigé par Skolt Sami Pauliina Feodoroff dans le bassin versant de Näätämö, en Finlande.
Depuis plus d'une décennie, sa communauté indigène a connu un réchauffement des eaux qui a entraîné des changements importants dans les populations de poissons.
Et le changement climatique avait également modifié la voie de l'eau.
Deux anciens autochtones samis ont rejoint le projet. Leu rôle est de se souvenir de la rivière Vainosjoki et de la remodeler dans sa taille et sa forme plus originales.
Leurs connaissances ont permis la création d'une carte détaillée où d'anciens rochers et rochers spécifiques ont été identifiés.
"Les poissons sont au même endroit où ils sont nés. Les anciennes positions de roches et de rochers peuvent récupérer ces pépinières perdues", explique Mme Feodoroff.
La communauté a vu le retour des poissons d'eau froide comme la truite et l'ombre.
"Notre chance de survivre et d'atténuer le réchauffement climatique doit être guidée par la sagesse des communautés locales", a déclaré le Dr Tero Mustonen.
"Nous ne pouvons plus nous permettre de les ignorer."
Recherches additionnelles par Stefania Gozzer et Joao Fellet.
Illustrations d' Elaine Jung.