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Le Mali dépose une plainte contre la Minusma accusée d'"espionnage"
Le gouvernement de transition au pouvoir au Mali a déposé une plainte contre la force de maintien de la paix des Nations unies dans le pays à la suite d'un rapport accusant les troupes maliennes et leurs alliés d'avoir massacré des centaines de personnes l'année dernière.
La plainte indique que la Minusma a utilisé des satellites pour recueillir des informations sans l'autorisation du gouvernement. Le ministère public malien a déclaré que cela équivalait à de l'"espionnage" et justifiait l'ouverture d'une enquête.
Il a décrit les membres de la force comme "coauteurs ou complices de crimes, entre autres, d'espionnage, d'atteinte au moral de l'armée ou de l'armée de l'air, d'utilisation de faux documents et d'atteinte à la sécurité extérieure de l'État".
Un rapport du haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme avait accusé les forces armées maliennes et des "agents de sécurité étrangers" d'avoir tué plus de 500 personnes lors d'une opération dans le village de Moura, au centre du Mali, en mars de l'année dernière. Les gouvernements du Mali et de la Russie ont tous deux condamné ce rapport.
Cette dernière plainte du gouvernement intérimaire du Mali intervient quelques jours après que le ministre des affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a demandé à l'ONU de retirer "sans délai" sa force de maintien de la paix de son pays.
Abdoulaye Diop a accusé la Minusma d'être "devenue un élément du problème en alimentant les tensions intercommunautaires". Il s'adressait au Conseil de sécurité des Nations unies.
Les critiques du ministre Diop à l'égard de la Minusma font suite à des objections maliennes antérieures, à l'égard de l'engagement de longue date de la France au Mali.
L'alliance avec la France, ancienne puissance coloniale, s'est effondrée l'année dernière.
Cette plainte constitue un autre exemple d'une série de mesures prises par la junte contre l'intervention étrangère dans le pays depuis qu'elle a pris le pouvoir à la suite de deux coups d'État en 2020.
Réactions
Interrogé sur les remarques de M. Diop vendredi, l'envoyé spécial de l'ONU au Mali, El-Ghassim Wane, a déclaré : "Nous sommes guidés par la décision que le Conseil [de sécurité] pourrait prendre".
Mais il a ajouté que sans le consentement du pays hôte, "opérer dans un pays spécifique serait extrêmement difficile, voire impossible".
Le gouvernement militaire du Burkina Faso, qui a lui-même rompu ses liens avec la France en janvier, a déclaré qu'il saluait la décision du Mali d'affirmer sa "souveraineté... d'être le seul maître de son destin".
Une porte-parole du ministère allemand de la défense a également déclaré que la décision du Mali "ne nous surprend pas", selon Reuters.
"Notre intérêt reste une sortie structurée. À cet égard, nous soutenons les négociations de l'ONU", a ajouté la porte-parole.
On ne sait pas exactement combien de temps il faudra pour conclure la sortie structurée de la mission s'il n'y a pas de prolongation.
L'Allemagne a déclaré à la fin de l'année dernière qu'elle commencerait à retirer ses troupes du Mali à partir du mois de mai prochain.
Les relations entre les dirigeants militaires maliens et la Minusma ont été mouvementées depuis l’accession des militaires au pouvoir.
Expulsion du porte-parole de la Minusma
Le pic a été atteint le 20 juillet 2022, le gouvernement militaire du Mali a ordonné au porte-parole de la MINUSMA de quitter le pays dans les 72 heures, suite à des tweets sur un incident diplomatique avec la Côte d'Ivoire qui a envenimé les relations avec les Nations Unies.
Cette expulsion s’inscrivait dans un contexte déjà tendu entre Bamako et les instances régionales et les partenaires internationaux du Mali à propos des retards dans les élections, des abus présumés de l'armée et de la coopération avec des mercenaires russes pour combattre les groupes armés dans le nord et le centre du pays.
Qu’est-ce que la Minusma ?
La Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a été déployée en 2013 par les Nations unies pour appuyer le processus politique dans ce pays et effectuer un certain nombre de tâches d’ordre sécuritaire.
En 2014, le mandat de la mission a été axé sur des tâches prioritaires telles que la sécurité, stabilisation et protection des civils, l'appui au dialogue politique national et à la réconciliation nationale, ainsi qu'à l'appui au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays, à la reconstruction du secteur de la sécurité malien, à la promotion et la protection des droits de l’homme, et à l’aide humanitaire.
La Minusma compte au total 17 430 personnes dont 3384 civils, 1601 policiers et 11 739 soldats. Les contingents du Tchad, du Bangladesh, de l'Égypte et du Sénégal sont les plus importants de la force.
Le Conseil de sécurité des Nations unies, composé de 15 membres, doit voter pour renouveler le mandat de la Minusma avant qu'il n'expire le 30 juin.
Pour être adoptée, une résolution doit recueillir au moins neuf votes favorables et aucun veto de la part de la Russie, de la Chine, des États-Unis, de la Grande-Bretagne ou de la France.
Wagner en roue libre ?
Un retrait « sans délai » de la Minusma pourrait laisser la voie libre à Wagner ; ce qui est loin de rassurer les Nations unies.
Un rapport du haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, publié en mai dernier, accuse les forces armées maliennes et le "personnel de sécurité étranger" d'avoir tué plus de 500 personnes lors d'une opération dans le village de Moura, dans le centre du Mali, au mois de mars 2022. Les gouvernements du Mali et de la Russie ont tous deux condamné ce rapport.
Les responsables occidentaux accusent Wagner de porter atteinte aux droits de l'homme en Afrique. Le mois dernier, les États-Unis ont annoncé des sanctions à l'encontre d'Ivan Maslov, qu'ils décrivent comme le principal responsable de Wagner au Mali.
Wagner n'a pas commenté les allégations occidentales et ses activités au Mali et dans d'autres régions d'Afrique restent entourées de secret.