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10 choses à savoir sur l'asthme et comment mieux vivre avec la maladie
- Author, Ousmane Badiane
- Role, Journaliste BBC Afrique
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et le Global Asthma Network (Réseau Mondial pour l'asthme), jusqu'à 334 millions de personnes pourraient souffrir d'asthme dans le monde. En Afrique, sa prévalence varie de 4 à 22%.
Le Docteur Ali Baddredine, pneumologue libéral basé dans la capitale sénégalaise Dakar, nous éclaire sur les causes, les symptômes et les astuces pour mieux vivre avec l’asthme.
C'est quoi l'asthme ?
L’asthme est une maladie respiratoire chronique qui se manifeste par une gêne respiratoire et des sifflements. Elle est à l’origine d’une respiration difficile et d'une impression d'étouffement causée par l’inflammation et la contracture des muscles autour des voies respiratoires, ce qui rend la respiration plus difficile pour le sujet. L’asthme est une maladie ne se guérit pas, mais qui peut se gérer.
"En fait, l'asthme est une maladie inflammatoire chronique des voies aériennes basses, donc bronchiques qui est défini par la présence de symptômes respiratoires. Et selon, ce sont les signes cliniques, à savoir une gêne respiratoire. C'est ce qu'on appelle une Disney sifflante. Ça peut se manifester également par une toux sèche ou une sensation d'oppression thoracique. Tous ces symptômes sont variables dans le temps et en intensité", nous apprend Dr Baddredine.
Quels sont les symptômes de l’asthme ?
L’asthme affecte les poumons. Les symptômes peuvent se manifester sous la forme d’une toux, de sifflements, d’un essouflement après un effort plus ou moins intense, d'une sensation d’oppression au niveau de la cage thoracique (dans la poitrine), d'une respiration sifflante ou une difficulté à respirer normalement.
"La fréquence et l’intensité des symptômes de l’asthme peuvent varier d'une personne à une autre et en fonction du moment de la journée. Ils sont généralement plus fréquents la nuit ou tôt le matin", selon Dr Ali Baddredine.
Quels sont les facteurs favorisant ou déclencheurs ?
Plusieurs facteurs peuvent déclencher des symptômes d’asthme ou les aggraver. La prédisposition génétique à l'allergie combinée aux facteurs environnementaux externes sont souvent des facteurs déclencheurs de la maladie.
L'inhalation de vapeurs irritantes ou de fumée peut occasionner une gêne respiratoire ou une crise chez un asthmatique. Certaines fumées sont particulièrement nocives, comme la fumée de tabac qui contient de nombreuses substances irritantes pouvant aggraver l'inflammation des bronches et déclencher une crise d’asthme.
L’exposition prolongée à des substances allergènes comme les pollens, les acariens, la poussière, les poils d’animaux, les moisissures, les aérosols domestiques, les solvants et certains parfums peuvent également déclencher une crise d’asthme.
"Il faut savoir que l'asthme est quand même une maladie multifactorielle dans lequel interviennent plusieurs facteurs responsables des manifestations. Il y a une composante génétique, héréditaire même si tous les asthmes ne sont pas héréditaires. Et vous avez surtout les facteurs environnementaux, les infections virales, la pollution en particulier et les expositions allergéniques. C'est-à-dire aussi vous avez des asthmes qui peuvent être d'origine allergique sans oublier les facteurs irritants en particulier dans notre région avec l'encens, la pollution atmosphérique avec ces gaz d'échappement, les variations de température, le rafraîchissement de l'air, le degré d'hygrométrie, les poussières de sable", fait remarquer Dr Baddredine.
Quels liens existent -ils entre changement climatique et asthme?
Les personnes souffrant d’asthme sont parmi les plus vulnérables aux effets des changements climatiques. Ceux-ci agissent de différentes manières sur la santé respiratoire des personnes à risque.
Ils influencent la santé des voies respiratoires vu que les poumons sont en contact direct avec le monde extérieur et sont les premiers exposés à tous types d'irritations.
Selon les spécialistes, les crises d’asthme sont souvent déclenchées par des polluants et des allergènes tels que le pollen, les gaz d’échappement (pollution de la circulation), la pollution de l’air (comme celle causée par les incendies de forêt), les vagues de chaleur, les feux de forêt, tempêtes de poussière), les inondations et l’augmentation de l’humidité.
'' Tous ces éléments entraînent une hyper réactivité parce que l'asthmatique a des branches qui sont hyper réactives, donc celles-ci réagissent à ces facteurs agressifs qui s’attaquent à la muqueuse bronchique et la réaction qui s’en suit, c'est le bronchospasme ou la toux par différents phénomènes inflammatoires.", prévient Dr Baddredine.
Quelles sont les personnes à risques ?
L’asthme touche les personnes de tous âges mais en particulier les sujets plus jeunes. Bien que le facteur génétique soit établi, la transmission de l’asthme des parents aux enfants n'est pas systématique.
Meme s'il n'existe pas de profil type de personnes pouvant être sujet à l'asthme, certaines personnes sont plus susceptibles de développer de l’asthme que d'autres.
Il s'agit des personnes ayant des antécédents familiaux d’asthme, de rhinite allergique ou d’eczéma, celles nées prématurément, les enfants ayant fait des infections respiratoires sévères et répétées (pneumonie, infection à rhinovirus, virus respiratoire syncytial, etc.), les personnes souffrant d’obésité, celles qui sont restées longtemps exposées à la fumée secondaire et à la pollution atmosphérique et celles présentant un reflux gastro-œsophagien.
Selon le Docteur Ali Baddredine, ‘’on ne peut pas parler à proprement parler de personnes à risque parce que ce n'est pas une maladie influencée par certains facteurs, donc on ne peut pas parler de risque à priori. Il est vrai que lorsque vous avez des nourrissons qui font des infections virales répétitives, cela peut favoriser ce qu'on appelle l'hyperréactivité bronchique, en faire des nourrissons siffleurs et ensuite asthmatiques. Mais on ne peut pas parler franchement de population à risque. Ce n’est pas comme par exemple l'hypertension artérielle, ou ce sont des sujets qui sont mal malnutris, qui ont une consommation excessive de sel, de produits qui peuvent entraîner une hypertension.’’
Quelle est la différence entre l’asthme et la sinusite?
La sinusite chronique est souvent associée à l’asthme, mais contrairement à l’asthme qui concerne les poumons, la sinusite touche les sinus. Elle est présente dans la quasi-totalité des patients présentant des symptômes de l’asthme.
L’association fréquente de l'asthme et de la sinusite vient du fait que les personnes qui souffrent d'asthme allergique ont un risque plus important de souffrir de sinusite, à cause d'une plus grande sensibilité de leur muqueuse respiratoire.
L’avis du spécialiste : ‘’La sinusite en fait c'est une inflammation des voies aériennes supérieures et les sinus sont particuliers mais il y a une corrélation. Il y a une similitude de la muqueuse naso-sinusienne et bronchique. Tous les asthmes ne sont pas associés à une sinusite mais quand vous avez une sinusite, il faut commencer par gérer la sinusite parce que à la longue, comme c'est la même muqueuse, l'inflammation va aller en descendant des voies aériennes supérieures vers les voies aériennes inférieures, bronchiques et donc se muer en asthme. ’’
Comment traiter l'asthme ?
Il est important de savoir que le meilleur traitement contre l’asthme demeure la prévention. Celle-ci passe par une éducation du patient.
Pour éviter une crise d’asthme, il est déconseillé aux malades de fumer ou de fréquenter des lieux enfumés, de s’exposer aux facteurs qui peuvent déclencher ou favoriser la maladie, d’utiliser des produits irritants pour les voies respiratoires (peintures, colles, produits ménagers, etc.).
Si l’évitement des facteurs déclencheurs n’est pas suffisant pour maintenir une bonne maîtrise des symptômes, il est recommandé aux personnes asthmatiques d’avoir recours à des corticostéroïdes inhalés, qui permettent de traiter l’inflammation persistante au niveau des voies respiratoires.
''Comme on a dit que c'était une maladie inflammatoire chronique des bronches, cela veut dire donc qu’il faut penser à avoir un traitement de fond et un suivi régulier. Avant tout il faut commencer par éduquer le patient. L'éducation du patient c'est la sensibilisation à la maladie, comment prévenir les crises qui sont des épisodes d'aggravation et d'exacerbation de la maladie. Il existe tout un arsenal thérapeutique, mais il faut en fait éduquer le patient à les utiliser de manière correcte parce que vous avez des différents stades d'asthme. En fait, vous avez des asthmes qu'on appelle latents parce qu’ils ne se manifestent pas tout le temps, c'est des asthmes qu'on appelle légers, intermittents en période stable, avec aucun symptôme. Par contre, c'est des sujets qu'il faut surveiller avec un suivi régulier chez le pneumologue, une exploration fonctionnelle qui permet de quantifier l'asthme et d'adapter le traitement de fond et de le classifier '', fait savoir le Dr Ali Baddredine.
Un asthmatique peut-il pratiquer un sport ?
Il est possible de concilier la maladie et une pratique régulière d’une activité sportive. Le sport permet l’acquisition d’un bon capital musculaire et améliore la gestion du stress chez la personne asthmatique.
"Le sport c'est une des une des pierres angulaires du traitement. Vous avez des sportifs et grands champions qui sont asthmatiques, le tout c'est de bien gérer son asthme en fait, et il existe des traitements qui sont préventifs d'un asthme et même les produits contre l’asthme ne sont pas classés comme produits dopants", relève Dr Baddredine.
La natation et l’aquagym, le vélo, la marche à bonne allure sont bénéfiques pour l’asthmatique.
La course à pied, surtout la course d’endurance et surtout en cas de froid, peut provoquer des crises d’asthme. Pour les prévenir, l’asthmatique doit prendre un broncho-dilatateur 10 à 15 minutes avant la course et faire un échauffement soigneux.
Les activités physiques doivent être personnalisées et adaptées selon l’âge et les performances respiratoires du malade. Les personnes présentant des symptômes de l’asthme doivent consulter un professionnel de la santé avant de pratiquer une activité sportive.
L'asthme est-il mortel ?
''Ah oui, autant l'asthme peut être bénin, autant une crise peut emporter le malade. Vous avez ce qu'on appelle des asthmes aigus graves. C'est une crise spontanément grave et qui entraîne le malade en réanimation. C'est souvent des gens qui ont interrompu leur traitement sans avis médical et qui ont un contexte psychologique particulier parce qu'il y a une composante psychogène aussi des crises d'asthme sévère, c'est surtout chez les adolescentes, les jeunes filles. Malgré tout l'arsenal thérapeutique qu'on a, il ne faut pas oublier aussi que quelques fois c'est des erreurs de diagnostic, c'est un surdiagnostic d'asthme. On peut avoir des sujets qui meurent de ce qu'on appelle un équivalent d'asthme, en particulier les sujets âgés qui font ce qu'on appelle le pseudo asthme cardiaque. Alors on dit des fois il est mort d'asthme alors qu'il est mort d'une autre maladie qui ressemble à l'asthme, chez le sujet âgé surtout", prévient Dr Ali Baddredine.
L’asthme peut être une maladie grave, toutefois une prise en charge est possible avec un traitement adapté.
Un asthme mal maitrisé peut provoquer des symptômes irréversibles et mener vers une crise ou une détresse respiratoire qui peut être mortelle.
Durant une crise, l’ouverture des bronches est réduite en raison d’une importante réaction inflammatoire et d’une contraction des muscles de la paroi des bronches. La respiration normale devient quasi impossible pour le malade.
Si les crises peuvent être calmées efficacement par les médicaments, elles sont potentiellement dangereuses, surtout chez les personnes fragiles (jeunes enfants, personnes âgées, souffrant d’une infection respiratoire, etc.).
Comment faire pour bien vivre avec l’asthme ?
Vivre avec l'asthme constitue un défi difficile mais pas impossible à relever à condition de respecter quelques règles au quotidien.
En adoptant un mode de vie sain, en évitant les facteurs déclencheurs et en suivant un traitement adéquat, il est possible de maîtriser la maladie et de mener une vie bien remplie et active, pratiquement sans symptômes.