Après l'accident de Mbankolo : Comment prévenir les éboulements de terrain au Cameroun ?

Consternation à Yaoundé après un éboulement de terrain qui a fait 30 morts

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Des personnes consternées après la mort d'une trentaine de personnes suite à un éboulement de terrain à Yaoundé
    • Author, Jean Charles Biyo'o Ella à Yaoundé et Armand Mouko Boudombo
    • Role, Journaliste - BBC Afrique
    • Reporting from, Dakar

En moins d’un an, au moins 50 personnes ont perdu la vie dans des éboulements de terrain dans le pays, après les 42 morts de Bafoussam en 2019. Les experts recommandent plus de rigueur dans le suivi des plans d'urbanisation

Mardi, deux jours après l'éboulement de terrain qui a fait 30 morts, les maisons touchées ont été démolies, tandis que les habitants encore présents ont reçu un délai de 24 heures pour quitter le site accidenté.

Le lendemain, les autorités sont passées à l'action, déployant des pelleteuses pour démolir toutes les habitations classées à risque dans la zone.

Objectif, éviter des victimes en cas de nouveau glissement de terrain dans ce quartier considéré comme l'une des zones à risque de Yaoundé

Mais certains habitants, dont la plupart vivent dans ce quartier pauvre depuis de nombreuses années, disent ne pas d'autre endroit où aller.

Le gouvernement a fourni des logements temporaires aux victimes sans abri, tandis que d'autres habitants ont hébergé, dans un élan de solidarité, des familles dans le besoin.

Une passage à l'acte très rapide, quand on se souvient qu'il a fallu au moins 9 mois pour que le gouvernement mette en œuvre son plan de démolition du bloc 6 de Gouache dans le troisième arrondissement de Bafoussam, où un éboulement avait fait 42 morts en octobre 2019.

La démolition des quartiers à risque est-elles la solution?

Les autorités ont entamé la démolition des maisons à risque à Mbankolo
Légende image, Des responsables du Ministère de l'Habitat et du Développement Urbain assistant à la démolition des maisons à risque à Mbankolo

"Ces démolitions sont un début de solution, mais il faut aller plus loin", commente l'architecte, urbaniste et aménageur, Henri Mapoko Mbongue.

Aujourd'hui à la retraite, l'ancien directeur de l'habitat et de l'architecture au ministère de l'habitat insiste sur le fait qu'une règlementation claire, détaillant toutes les zones non constructibles dans les villes camerounaises existe bel et bien.

"Le souci est dans le suivi", déclare l'expert, dénonçant à la fois "le laxisme des autorités et la désinvolture des habitants", qui ne favoriseraient pas l'application des plans directeurs de l'urbanisation, mettant ainsi en danger des vies.

"Il faut que les gens aident l'Etat à travailler, en étant correct, en évitant l'incivisme et en n'entrant pas dans la corruption, et en donnant l'aménagement des terrains dans les zones difficiles aux aménageurs professionnels", recommande l'ancien directeur de l'urbanisme.

Mbankolo 30 morts et un bébé sauvé

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Des conseils de de nombreuses familles vivant à Mbankolo dans l'ouest de la capitale camerounaise n'auront pas eu le temps d'appliquer.

Dans la nuit de dimanche à lundi, une pluie diluvienne a endommagé des dizaines de maisons dans ce quartier, versant de l’une des sept collines qui confèrent à Yaoundé, son surnom de « ville aux sept collines ».

Bilan sans appel : 30 personnes ont perdu la vie, et plus de 20 autres ont été blessées, dont un bébé de moins d’un an.

Au sommet de ce mont, se trouve un mini lac, bordé par une digue en béton. Les eaux du lac ont débordé, brisant la digue, et emportant sur leur passage des maisons sur le versant. Des habitants ont été surpris, le cas d’une famille qui a perdu 9 enfants qui étaient en pleine célébration d’un anniversaire.

Inconsolable, assise sur les décombres, au pied d’un manguier, l’un des rares ayant résisté à la furie des eaux, Eveline a perdu son enfant et sa belle-sœur dans ce drame : « j’ai entendu un bruit très fort. Mon petit frère qui était dehors a crié, ma famille va mourir. Il a bondi dans l’eau, dans l’espoir de sauver sa femme, son bébé et mon enfant qui était chez eux. Mais il n’y est pas parvenu. Tous sont morts, excepté ce bébé de trois semaines qui a été miraculeusement retrouvé vivant dans la nuit. ».

Les fouilles se poursuivent à Mbankolo après l'éboulement de terrain

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Les fouilles se poursuivent à Mbankolo après l'éboulement de terrain

Récurrence des éboulements

Le drame de Mbankolo est le deuxième en l’espace d’un an dans la ville de Yaoundé. En novembre 2022, 15 personnes avaient péri dans des circonstances presque similaires au quartier Damas, situé à quelques Kilomètres de là.

Il y a une semaine, c’est deux personnes qui ont perdu la vie à Japoma dans la capitale économique Douala. Au mois de juillet, c’est l’effondrement d’un immeuble qui avait coûté la vie à 9 personnes toujours à Douala, suite à de fortes pluies.

Mais ces bilans sont de loin moins élevés, que les 42 morts du 28 octobre 2019 à Gouache, dans le troisième arrondissement de Bafoussam, principale ville de l’ouest du Cameroun. Leur mort a provoqué l’émoi dans le pays.

Consternation des proches des victimes de l'éboulement de terrain de Mbankolo à Yaoundé

Crédit photo, Guetty Image

Légende image, Consternation des proches des victimes de l'éboulement de terrain de Mbankolo à Yaoundé

Les causes du phénomène

Le dénominateur commun de ces hécatombes qui surviennent souvent entre les mois d’Octobre et Novembre, ce sont les fortes pluies, qui s’abattent dans le pays, couplées à un habitat peu contrôlé et insalubre. « Ces maisons ont été construites dans une zone dangereuse », a réagi le ministre de l’administration territoriale, Paul Atanga Nji, descendu sur le terrain, après le drame de Mbankolo

A cela s’ajoute le déficit d’assainissement, confie un riverain. « Nous avons abandonné le lac (situé au sommet du mont Mbankolo) confie un riverain, et les populations utilisaient ce lac comme poubelle. Les eaux ne trouvant plus de passage, elles ont détruit les murs environnants », déclare-t-il.

L’occupation anarchique de ces zones découle aussi de la difficulté qu’ont les autorités à établir un plan d’urbanisation clair, et à gérer la question du foncier dans la capitale, à en croire les explications d’un plan d’urbanisme de la capitale politique camerounaise, rendu public en 2008 par la communauté urbaine de Yaoundé.

Cette catastrophe de Mbankolo selon la ministre de l’habitat et du développement urbain « rappelle la responsabilité de tous, sur le respect des documents d’occupation du sol ».

Celestine Ketcha Courtes, la ministre camerounaise de l'habitat

Crédit photo, Getty Images

Légende image, Celestine Ketcha Courtes, la ministre camerounaise de l'habitat

Pour Célestine Ketcha Courtes, l’accident de Mbankolo est la conséquence d’une occupation anarchique des zones interdites : « on a occupé le lit de l’eau. Il faut libérer les zones non constructibles afin de sauver les populations de constructions menaçant ruine que nous voyons. Si rien n’est fait, d’ici quelques jours, nous allons encore vivre un autre drame ».

Le membre du gouvernement appelle les gouverneurs de régions et les maires de villes, à poursuivre l’opération de libération des zones d’occupation interdites, où se sont illégalement installées les populations.

Localisation de Mbankolo à Yaoundé
Légende image, Localisation de Mbankolo à Yaoundé

Main molle du gouvernement ?

La protection des citoyens et l’évaluation des risques au Cameroun incombent à la direction de la protection civile que nous avons en vain cherché à joindre pour discuter des mesures de préventions prises.

Cette direction est logée au ministère de l’Administration territoriale. En 2018, cette direction a fait une descente sur le terrain dans la Zone de Akok Ndoé, toujours dans la capitale Yaoundé, où un énorme rocher suspendu menaçant de s’écrouler sur les maisons environnantes, situées sur le même versant, faisait les choux gras de la presse.

«Cette fissure est déjà grande. Ça s’élargit davantage. Nous allons dresser un rapport que nous allons adresser au chef de l’Etat. Il donnera des orientations et ceux qui sont chargés de gérer le problème vont s’atteler à cette tâche. Les gens sont allés construire en bas du rocher. C’est extrêmement dangereux ». Déclarait le ministre Atanga Nji à l’occasion.

Cinq ans plus tard, on est sans nouvelles de la suite reservée à cette descente des autorités, et rien n’a bougé sur le terrain, les habitants y sont toujours, rapporte le correspondant de la BBC sur place.

Les zones à risque se multiplient dans le pays, à mesure que la population urbaine s’accroit, entrainant de nouvelles demandes en zones habitables, dans un environnement où un plan d’urbanisme est presqu’inexistant.

Les populations construisent donc dans des zones « dangereuses, sur des flancs d’eaux et sur les collines » a déclaré le ministre de l’administration territoriale, ajoutant que « ce drame est un drame de plus, mais un drame de trop… je pense qu’il faut mener une réflexion pour les arrêter »