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L'armée malienne s'empare d'un bastion rebelle dans le nord du pays
- Author, La rédaction et BBC Monitoring
- Role, BBC Afrique
L'armée malienne affirme s'être emparée de Kidal, une ville clé du nord du pays que les rebelles touareg tiennent depuis au moins une décennie.
Kidal est un bastion des Touareg, l'un des groupes rebelles au centre des crises politiques et sécuritaires de longue date du pays.
L'armée, qui serait soutenue par des mercenaires russes du groupe Wagner, se bat pour Kidal depuis trois jours.
Le chef de la junte au pouvoir a toutefois déclaré que la mission "n'est pas achevée".
Le colonel Assimi Goita, président de la transition au Mali, a déclaré dans un message sur X que son objectif était de garantir l'intégrité territoriale du pays. L'armée a exhorté les civils de Kidal à rester calmes.
Les séparatistes de l'ethnie touareg n'ont pas encore répondu à la déclaration de l'armée.
Lundi, l'armée malienne a affirmé que son avancée vers Kidal n'a été confrontée qu'à "une série d'escarmouches de faible intensité" de la part de ce qu'elle a décrit comme "l'alliance de groupes armés terroristes".
Le gouvernement central du Mali a perdu le contrôle d’une grande partie du nord il y a plus de dix ans à la suite d’une rébellion touarègue, initialement déclenchée par la revendication d’un pays séparé.
La sécurité du pays a ensuite été encore compliquée par l'implication de militants islamistes.
L’instabilité qui en a résulté a conduit à trois coups d’État depuis 2012.
Aux termes d'un accord signé en 2015, les séparatistes majoritairement touareg devaient être intégrés dans l'armée et le contrôle de Kidal devait être transféré au gouvernement malien. Aucun des deux éléments n’a été mis en œuvre.
Dès 2013, les troupes françaises ont soutenu le gouvernement malien dans sa lutte contre les militants islamistes. Mais l’incapacité à résoudre le problème a conduit au rejet de leur aide par les dirigeants militaires actuels, les derniers soldats français ont quitté le pays en 2022.
La junte s'est depuis tournée vers le groupe de mercenaires russes Wagner pour obtenir de l'aide, mais la présence de ses combattants n'a jamais été formellement reconnue par les autorités.
La mission de maintien de la paix de l'ONU se retire également du Mali, les rebelles et les combattants islamistes tentant de s'emparer des bases libérées.
Pourquoi Kidal est important pour le Mali dans sa lutte contre les groupes armés
La BBC s'est entretenue avec le chercheur et analyste en sécurité Soumaila Lah pour revenir sur l’importance de la ville de Kidal pour les autorités maliennes.
L'armée malienne annonce tenir la ville de Kidal sous contrôle après onze ans d'absence. Qu'est ce qui peut expliquer les confrontations observées?
Je pense qu'il faut dans un premier temps, situer le contexte. Dès lors que les camps de la Minusma devait être rétrocédés, les FAMa, et notamment Bamako, n'avaient d'autre choix que de faire en sorte que ces camps reviennent à l'État et à l'armée régulière. Les ex-rebelles n'étaient pas de cet avis. Du moment où sur le terrain, on a constaté des collusions entre les ex-rebelles et le JNIM [Jamaat Nusrat al-Islam wal-Muslimin], je pense que cette confrontation était inévitable.
Depuis le début des hostilités, Kidal était l'objectif ultime pour les FAMa dans le but de recouvrer entièrement le territoire. Aujourd'hui, il y a eu des pas qui ont été franchis et la nuit sera longue et décisive.
Aujourd'hui, onze ans après, si réellement l'armée arrivait à prendre le contrôle de Kidal, qu'est-ce que cela représenterait ?
Ce serait une très grande victoire en ce sens que depuis 2012, Kidal était considérée comme une épine dans le pied du Mali. De façon globale, Kidal est considérée comme un goulot d'étranglement pour les différents gouvernements qui se sont succédé depuis 2012, une reprise de Kidal serait emblématique et symbolique.
De mon point de vue, la reprise n'est pas le plus important. C'est un point d'étape qu'il faut franchir. Au-delà de ce point d'étape, je pense que le plus important, c'est de définir une stratégie qui puisse permettre à l'armée de rester à Kidal, qui permettra aux services techniques de faire leur retour et aux populations de Kidal de voir en les FAMa non pas des ennemis, mais plutôt comme des amis, des frères venus pour pacifier le territoire. C'est en cela que je considérais comme une victoire.
Donc, au-delà de l'aspect militaire, il faut un aspect politique, en termes de promotion et de proposition.
Il faut également en dernier lieu un retour accompagné de projets de développement durable qui permettent aux populations de ne plus tomber dans l'extrémisme violent et de vouloir défier l'autorité de l'État.
Quel impact justement sur la reconquête du territoire et la reconstruction du Mali ?
C'est un point d'étape très, très important pour la reconquête du territoire, en ce sens que Kidal a toujours été depuis quelques années comme le point de défiance. Maintenant, une fois ce point de défiance tombé, je pense que les autres points ne pourront que suivre.
Et je pense que ce point d'étape, s'il est réglé, peut véritablement mettre à mal les stratégies. Par exemple, des groupes terroristes qui, depuis une dizaine d'années, ont fait de cette localité et de ses alentours, un no man’s land, une plaque tournante du trafic de toute sorte. On va dire une plaque tournante du banditisme organisé, de la criminalité organisée. Et je pense que ce point d'étape signifierait le retour de l'armée dans cette localité de façon explicite, va mettre à mal les trafics, le banditisme organisé et le terrorisme.
Finalement, est ce qu'on s'achemine vers une cohabitation Fama groupes rebelles à Kidal ?
Je ne pense pas. Mais je pense que ce point d'étape, comme je l'ai dit tantôt, constitue une étape importante et peut être le point de départ de nouvelles négociations. Et de ces nouvelles négociations, vont dépendre beaucoup de choses, comme la question des ex-rebelles, des groupes armés terroristes et des populations locales.