Pourquoi la reconnaissance officielle de l'ambassadeur du Bénin par le Niger suscite l'espoir chez les populations

    • Author, Mariama Soumana
    • Role, Correspondante - BBC Afrique
    • Reporting from, Niamey

L’ambassadeur du Bénin au Niger, l’ex-député Gildas Agonkan, a officiellement présenté les copies figurées de ses lettres de créance au ministre nigérien des Affaires étrangères ce mardi 6 août à Niamey.

Bien que nommé le 14 juin dernier, l’ambassadeur n’avait pu prendre fonction en raison des tensions entre le Bénin et son voisin après le coup d’Etat du général Tiani qui a renversé ler égime du président Bazoum au Niger.

Malgré la levée des sanctions de la Cedeao, la tension est montée d’un cran avec la fermeture des frontières nigériennes et le blocus autour du pipeline Niger-Bénin.

Ces dernières semaines, les anciens présidents béninois Nicéphore Soglo et Boni Yayi se sont rendus à Niamey et une délégation nigérienne a également rencontré le président Talon à Cotonou.

Cela fait un an déjà que le Niger a fermé sa frontière avec son voisin du sud le Bénin. Si la décrispation se concrétise, ce serait un bol d'air pour les populations des deux pays.

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Transitaires au chômage

Omar Garba est un agent de transit spécialisé dans l’organisation et le transport des marchandises en provenance du Bénin. Depuis plus de neuf mois, le quadragénaire père de deux enfants est au chômage. Son quotidien se résume désormais à passer des heures à la fada (regroupement des jeunes autour du thé).

Sa nouvelle situation est la conséquence directe de la fermeture des frontières entre le Niger et le Bénin.

« La fermeture de la frontière Nigéro-béninoise nous a beaucoup affectés et il n’y a pas un seul transitaire qui peut dire le contraire », déclare-t-il.

La fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin rallonge le chemin des chaînes d’approvisionnement, de ce pays qui n’a pas de façade maritime.

Le port de Cotonou au Bénin est le chemin le plus court, que peuvent emprunter les marchandises importées par le Niger, dont la capitale Niamey est séparée par celle du Bénin, par quelque 1030 kilomètres.

Courroucées par les sanctions prises par la CEDEAO, les autorités militaires qui ont renversé le régime du président Mohamed Bazoum en juillet 2023, ont décidé de fermer leur frontière avec le Bénin.

Ce qui rallonge les chemins empruntés par les marchandises, qui sont obligés de quitter désormais le port de Lomé au Togo, obligeant les transporteurs à passer par le Burkina Faso, dont une partie du territoire est affectée par l’insécurité.

« Là-bas aussi, les camions viennent au compte-goutte, et cela prendra des fois plus de trois mois… rester plus de neuf (9) mois à ne rien faire est un calvaire pour un père de famille », renseigne Omar.

Alors que Cotonou a ouvert sa frontière, celle-ci reste fermée côté Niger, Niamey exigeant d’abord le départ des troupes françaises stationnées près de la frontière entre les deux pays.

Il faut aussi rappeler que le Niger a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec la France, en raison du soutien des autorités françaises envers le régime de Mohamed Bazoum renversé.

Alors que ces acteurs du secteur économique attendent impatiemment l’ouverture de la frontière pour relancer leurs activités, les relations entre Niamey et Cotonou se sont vite détériorées.

Le Bénin a récemment décidé de bloquer l’exportation du pétrole nigérien à partir du port de Sémé en réponse au refus des militaires au pouvoir au Niger d’ouvrir la frontière, avant de se raviser.

« Nous exhortons nos autorités de voir dans la mesure du possible ce qu’elles peuvent faire pour relancer le contact avec les Béninois pour ouvrir les frontières. Les autorités doivent penser à nos familles ».

L’import-export durement affecté

Gaya, la ville carrefour commercial et centre de transit a perdu son ambiance d’antan depuis plusieurs mois du fait de la fermeture de la frontière béninoise. Les commerçants grossistes assistent impuissants à l’effondrement de leurs business.

« Avant, quand on vient à Gaya, on trouve au moins 500 camions en provenance du Bénin, aujourd’hui il n'y a rien. Cette situation est une grande perte et pour le Bénin et pour le Niger », déplore Tagazar Garba, président des commerçants de Gaya. Il souligne aussi qu’avant, les échanges commerciaux entre Gaya (première ville nigérienne) et Malanville (dernière ville béninoise à la frontière) étaient très florissants et qu’avec la fermeture de la frontière les activités commerciales sont au ralenti.

Pour contourner la fermeture des frontières, à Gaya ville frontalière avec le Bénin, les commerçants utilisent le transport fluvial en vue d’acheminer des céréales comme le maïs, la farine de manioc, le tapioca ou encore des tubercules comme l’igname.

Ce trafic permet aux commerçants détaillants de poursuivre leurs activités commerciales et aux consommateurs d’accéder à certaines denrées sur les différents marchés nigériens, même si les prix ont connu une relative flambée.

Mais depuis deux semaines, aucun grain ne passe par la frontière qu’elle soit terrestre ou fluviale. Une situation que que déplore Marie John d’origine béninoise qui commercialise depuis des années de la farine de manioc et tapioca.

« Le sac de Gari (aliment fait à base de manioc) que nous achetons à 45 000 F est vendu aujourd’hui à 90 000. Avant les prix avaient augmenté, mais pas à ce point. Pire, quand notre stock de marchandises sera épuisé bientôt nous ne pourrons plus en avoir », dit-elle, avant de poursuivre « mon souhait et que les autorités prennent conscience de la gravité de la situation, elles doivent penser à nous, qu’elles sachent que nous souffrons et que la fermeture de la frontière n’arrange personne. Nous les exhortons à trouver un terrain d’entente afin que la paix règne. »

Flambée des prix

Sur les différents marchés du Niger, la flambée des prix est perceptible depuis des mois. Ce qui a un impact réel sur le quotidien des consommateurs dont beaucoup peinent à joindre les deux bouts.

Hadjia Hadiza ALZOUMA venue acheter du maïs au marché de Wadata se dit dépassée par la flambée des prix.

« Il y a beaucoup de denrées qui nous proviennent du Bénin tels que le riz, le maïs, l’igname, la farine de manioc et celle d’igname et tapioca. Aujourd’hui, ces produits, très consommés par la population nigérienne deviennent rares sur nos marchés. Pire, les prix de certains produits ont connu une hausse vertigineuse. Normal, puisque la frontière avec le Bénin est fermée, les commerçants contournent vers le Togo et Burkina Faso et cela implique d’autres frais supplémentaires. Par exemple, la tasse de gari (farine de manioc) qui coûtait 800 f est vendue à 1 500 f, le sac de riz qui se vendait à 11 000 f est revient à 17 000 f, voire plus. Sincèrement, nous souffrons beaucoup de cette situation ».

La sexagénaire d’ajouter qu’elle avait des colis en provenance de l’Arabie Saoudite bloqués dans un conteneur au Bénin, et cela, depuis plus de 8 mois.

Pertes économiques au Niger et au Bénin

« 80% des importations nigériennes transitent par le Bénin. Quand ces importations ont été bloquées, il y a eu pénuries de produits pharmaceutiques et ceux de première nécessité et l’économie du Niger a subi de plein fouet cette situation », explique l’économiste Soly Abdoulaye.

Si l’on ne sait pas ce que le port de Cotonou perd, et par ricochet, l’ensemble de l’économie du pays, on sait au moins que son taux de croissance a connu un ralentissement.

Le Fonds Monétaire International prévoyait un taux de croissance à 6 % en 2023, avant de la revoir à 5,4 %. L’une des raisons en est la fermeture de la frontière avec le Niger, expliquait le FMI dans un communiqué publié fin octobre 2023.

Coté, nigérien, les autorités ont tenté une solution, en adoptant des reformes d’allègement de taxes et impôts que l’Etat prélevait sur les importations des produits, une manière de diminuer les charges pour que les commerçants arrivent à écouler leurs produits sur les marchés à un prix abordable souligne l’économiste Soly Abdoulaye.

À en croire l’agence Ecofin, les autorités béninoises ont annoncé en avril dernier, avoir augmenté les recettes douanières de 14 %, en 2023. Une augmentation qui est restée quand même en deçà de la moyenne observée dans ces recettes depuis la sortie de l’hibernation, due à la pandémie de coronavirus, poursuit Ecofin.