Des milliers de Centrafricains sans cartes d'électeurs, pendant que Bangui vote dans le calme

En Centrafrique, une partie de la population vote ce dimanche, malgré de multiples incidents politico-militaires de ces dernières semaines.

Candidat à sa propre succession et annoncé favori, le président Archange Touadéra a tenu à organiser ces élection ce dimanche, contre l'avis de certains acteurs politiques de l'opposition qui appelaient au report des consultations.

L'opposition s'avance en ordre dispersé, avec pas moins de 15 candidats. François Bozizé, l'un des plus sérieux prétendants, a vu sa candidature invalidée et a retiré dimanche son soutien à l'ex-Premier ministre Anicet Georges Dologuélé, en appelant à boycotter les scrutins.

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Ces élections se tiennent dans un pays en guerre civile, avec des groupes armés qui contrôlent un part importante du territoire et qui, il y a quelques jours, menaçaient de "marcher sur Bangui", la capitale, pour empêcher le scrutin.

Ces groupes ont été tenus à distance de la capitale Bangui, par l'armée, appuyée à l'occasion par des centaines de paramilitaires russes, soldats rwandais et Casques bleus de la force de maintien de la paix de la Mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca).

En milieu de matinée de dimanche, Bangui était calme, pendant que de très nombreux Casques bleus et soldats centrafricains, mais aussi rwandais, patrouillaient dans tous les quartiers et que des blindés blancs de la Minusca surmontés de mitrailleuses protégeaient les bureaux de vote.

"Je veux d'abord la paix et cela passe par le vote", s'enthousiasme Roméo Elvin, un étudiant de 24 ans avant de voter au lycée Boganda. Des dizaines d'électeurs se pressaient dans les bureaux visités par l'AFP à Bangui.

Des incidents

Loin de la capitale, des combats sporadiques ont lieu depuis plusieurs jours. Cette situation marquée par l'insécurité a privé des milliers de personnes de cartes d'électeurs jamais arrivées dans leurs circonscriptions, selon des responsables locaux et de l'ONU cités par l'AFP.

A Bossembélé, une ville de 50.000 habitants à 150 km de Bangui, "nous n'avons pas reçu les cartes d'environ 11.000 électeurs", se désole une haute responsable de la sous-préfecture. Même chose à Batangafo, à 380 km au nord de Bangui, selon un agent électoral.

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Dans le nord-ouest, à plus de 500 km de Bangui, des rebelles ont saisi du matériel électoral à Koui, menacé de tuer des agents électoraux à Ngaoundaye, et quiconque ira voter à Bocaranga, selon un haut responsable de l'ONU. A Bambari, quatrième ville du pays à 380 km au nord-est de Bangui, les bureaux de vote sont demeurés fermés le matin en raison de tirs des groupes armés, selon Jeannot Nguernendji, président du comité de paix local.

Les premiers résultats partiels sont attendus le 4 janvier et définitifs le 19. Un second tour éventuel est prévu pour le 14 février.

Une guerre civile qui ne finit pas

Des milliers de personnes ont été tuées depuis le début de la guerre civile, en 2013, quand une coalition à dominante musulmane, la Séléka, a renversé Bozizé.

Les affrontements entre Séléka et milices chrétiennes et animistes anti-balaka ont ensuite fait rage, les deux camps accusés par l'ONU de crimes de guerre et contre l'humanité.

Depuis 2018, la guerre a considérablement baissé d'intensité, les groupes armés se disputant les ressources du pays tout en perpétrant sporadiquement attaques et exactions contre les civils.