Coup d'état au Niger : l'Union Africaine suspend le Niger

    • Author, Par Chris Ewokor
    • Role, BBC News

L'Union Africaine a annoncé ce mardi la suspension du Niger de ses instances jusqu'à ce qu'un gouvernement civil soit rétabli.

Dans le contexte d'une crise prolongée de près de quatre semaines, la CEDEAO, le bloc régional d'Afrique de l'Ouest, a également brandi la possibilité d'une intervention armée pour restaurer la présidence élue de Mohamed Bazoum.

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA a sollicité une évaluation minutieuse des retombées économiques, sociales et sécuritaires qu'entraînerait le déploiement éventuel d'une force d'attente au Niger.

Une période de transition de 3 ans rejettée par la CEDEAO

Le chef du coup d'État nigérien a promis de rendre le pouvoir aux civils dans un délai de trois ans.

Le général Abdourahamane Tchiani a fait cette annonce après avoir rencontré les médiateurs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) dans la capitale, Niamey.

La CEDEAO a rejetté cette option, appellant au rétablissement de Mohamed Bazoum dans ses fonctions de président élu.

"La CEDEAO n'accepte aucune transition prolongée dans la région. Ils doivent se préparer à passer le relais dans les plus brefs délais", a déclaré à la BBC Abdel-Fatau Musah, commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité de la CEDEAO.

Il a insisté que "l'aspect militaire est très présent".

Il a ajouté : "Plus tôt ils rendront le pouvoir aux civils et se concentreront sur leur responsabilité première qui est de défendre l'intégrité territoriale du Niger, mieux ce sera pour eux".

Le chef de la junte a déclaré que le Niger ne voulait pas d'une guerre, mais qu'il se défendrait contre toute intervention étrangère.

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"Si une attaque devait être entreprise contre nous, ce ne serait pas une promenade de santé comme certains semblent le croire", a-t-il averti dans son allocution télévisée de samedi soir.

"Sanctions inhumaines", selon le général Tchiani

Le général Tchiani a également réitéré ses critiques à l'égard de ce qu'il a appelé les sanctions "illégales et inhumaines" imposées par la CEDEAO à ce pays enclavé.

Ces sanctions ont notamment consisté à couper l'électricité, ce qui a entraîné des pannes à Niamey et dans d'autres grandes villes, ainsi qu'à bloquer des importations cruciales.

Les chauffeurs de camions ont été bloqués pendant des semaines dans l'attente d'un approvisionnement, ce qui a entraîné une hausse des prix des denrées alimentaires.

"Les sanctions ne sont pas conçues dans le but de trouver une solution, mais pour nous mettre à genoux et nous humilier", a déclaré le général Tchiani.

Des milliers d'hommes se sont rendus samedi dans un stade de Niamey pour s'inscrire à une force de volontaires en cas d'invasion, bien que la surpopulation ait empêché le début du processus d'inscription, rapporte l'agence de presse Reuters.

Les efforts régionaux visant à condamner le coup d'État ont été soutenus par les États-Unis et la France, qui ont tous deux des bases militaires au Niger. Ces bases s'inscrivent dans le cadre de la lutte contre les groupes djihadistes dans la région du Sahel.

Le chef de la junte, qui dirigeait la garde présidentielle avant de prendre le pouvoir le 26 juillet, a déclaré qu'une intervention militaire pourrait aggraver les insurrections islamistes liées à Al-Qaïda et au groupe État islamique.

"Ils semblent ignorer que c'est en grande partie grâce au professionnalisme et à la bravoure des forces de défense et de sécurité nigériennes que le Niger est resté une barrière empêchant les hordes terroristes de déstabiliser toute la région", a-t-il déclaré.

Ce coup d'État fait écho à des prises de pouvoir similaires dans les pays voisins, le Burkina Faso et le Mali.

L'influence de la Russie dans la région du Sahel s'accroît également par l'intermédiaire de son groupe de mercenaires Wagner.

Le général Tchiani n'a pas donné de détails sur la passation du pouvoir, mais a déclaré que les principes de la transition seraient décidés dans les 30 jours lors d'un "dialogue" organisé par les putschistes.

La délégation de la CEDEAO était dirigée par l'ancien chef militaire nigérian, le général Abdulsalami Abubakar, et comprenait également le plus haut dirigeant musulman du Nigeria, le sultan de Sokoto, Muhammadu Sa'adu Abubakar III.

Ce dernier exerce une grande influence au Niger, dont une partie faisait partie du califat de Sokoto, un puissant royaume avant la colonisation.

La réunion de samedi était la première entre les dirigeants de la junte et la CEDEAO.