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FESPACO 2021 : les grandes tendances de la 27e édition
- Author, Geneviève Sagno
- Role, BBC Afrique
Pour les amateurs du 7e art, le rendez-vous est donné cette année à Ouagadougou.
Après un report en février dernier dû à la pandémie de la COVID-19, la 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), le plus grand rendez-vous du cinéma africain, se tiendra dans la capitale du Burkina Faso, du 16 au 23 octobre 2021.
Avec plus de 200 films sélectionnés dont 15 long métrages en compétition pour l'Étalon d'or du Yennenga, le grand prix la biennale, et des milliers de projections, le FESPACO fait de Ouagadougou la capitale du cinéma africain.
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Une programmation éclectique et ambitieuse
Sous la direction artistique d'un nouveau délégué général, Alex Moussa Sawadogo, et d'un prestigieux président du jury, le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, lauréat du César du meilleur film pour Timbuktu en 2015, l’édition 2021 offre un éventail très éclectique qui "célèbre la diversité et la productivité du continent".
La sélection officielle a sept jury officiels dont deux femmes Jihan El-Thari (Egypte) et Angèle Diabang (Sénégal).
Parmi 1 132 inscriptions, 239 films issus de 50 pays ont été choisis par un comité de sélection tout aussi diversifié composé de huit professionnels du cinéma et de l’audiovisuel, dont trois femmes.
L’équipe comprend des personnalités issues de sept pays africains : Pedro Pimenta (Mozambique), Mme Djia Mambu Nlundu (RDC), Boubacar Sangaré (Burkina Faso), Mme Lina Djamila Menzli (Tunisie), Guy Désiré Yaméogo (Burkina Faso), Mme Khatarina Hedrén Omotoso (Ethiopie), Laza Razajanatovo (Madagascar), Thierno Ibrahima Dia (Sénégal).
La sélection officielle comprend 70 films répartis en six catégories dont la fiction, le documentaire, l'animation, les courts métrages, les films d'école, et les séries.
Le FESPACO "demeure le seul festival de cette envergure sur le continent à donner une telle place à la série", précisent les organisateurs.
Pour cette 27ème édition, de nouvelles catégories ont été créées afin de donner une meilleure visibilité des films.
La section "Burkina" par exemple concerne les réalisateurs et les producteurs burkinabè tandis que la section "perspectives", soutient les réalisateurs "qui sont à leur 1er et 2ème long métrage".
La section "enfants"met à l’honneur les enfants et les jeunes à travers Le Fespaco Sukabè (Fespaco enfants).
Avec 15 films sélectionnés, deux prix récompenseront le film qui aura su mettre les problématiques de l’enfance au centre des débats avec "des histoires qui sont racontées du point de vue de leurs jeunes protagonistes et qui rendent leur monde tangible".
Ambitions et défis
Cette édition est un '"défi pour montrer que malgré la situation sanitaire, le continent continue à créer, à rêver, à pouvoir résister à tous les maux qui minent nos sociétés", souligne Alex Moussa Sawadogo.
Fort d’une longue expérience en matière de gestion et de programmation de festivals, le Germano-Burkinabè Alex Moussa Sawadogo a défendu la culture africaine aussi bien sur le continent qu’à l’étranger.
Pour la 27e édition du FESPACO, la Diaspora dans son ensemble a été honorée.
La thématique retenue est "Cinémas d’Afrique et de la diaspora. Nouveaux regards, nouveaux défis".
"Ces dernières années en effet, les cinémas d’Afrique et de la Diaspora ont connu un foisonnement créatif qui s’est traduit sur le terrain par l’arrivée massive de nouveaux talents dans tous les domaines (réalisation, acting, image et son, montage et postproduction, distribution, etc.) ".
Le film "Atlantique" de la cinéaste franco-sénégalaise Mati Diop, première réalisatrice d'origine africaine ayant remporté le Grand Prix du Festival de Cannes, sera projeté à l’ouverture du festival.
Ce long métrage, filmé en partie à Dakar, au Sénégal, porte un autre regard sur le phénomène de l’émigration clandestine.
"Célébrer les nouveaux regards c’est aussi mettre en exergue la place de plus en plus importante que les femmes cinéastes occupent dans nos cinémas en termes de nombre croissant mais aussi en termes d’apports thématiques novateurs et en terme d’apport de compétences diverses".
Pourtant, malgré l’augmentation significative de la production et de la distribution d'œuvres cinématographiques à travers le continent, le potentiel économique du secteur audiovisuel africain "reste largement inexploité sur la quasi-totalité du continent", a constaté récemment l’Unesco dans une cartographie détaillée de l’industrie cinématographique et audiovisuelle à l’échelle du continent africain.
Selon le rapport "L’industrie du film en Afrique : Tendances, défis et opportunités de croissance" l’Afrique ne détient qu’un écran de cinéma pour 787 402 habitants, ce qui en fait le continent qui a le moins de salles de cinéma.
Dans l’ensemble, malgré quelques exceptions, la production cinématographique en Afrique reste faible.
Certains films sont tournés avecun très petit budget et de nombreux réalisateurs et professionnels de l’industrie réclament un soutien plus important de la part de leurs gouvernements, ce qui signifie avoir plus de fonds pour produire des films mais aussi financer plus de films pour les nouvelles générations.
Cette année, les organisateurs ont prévu des colloques pour approfondir la réflexion sur le thème du financement du cinéma et de l’audiovisuel, de la distribution et la circulation des œuvres et de la formation "en vue de proposer des solutions qui puissent permettre de sortir le secteur du cinéma et de l’audiovisuel de l’emprise des pesanteurs économique, sociale et politique qui freinent son essor sur le continent".
La 27ème édition du Fespaco intervient dans un contexte sécuritaire et sanitaire qui demeure préoccupant.
Afin que la biennale de Ouagadougou continue de s’inscrire dans la globalité des festivals qui existent dans le monde, un certain nombre de défis majeurs seront également examinés lors de ces rencontres, notamment "la covid19 et son impact socioéconomique sur le cinéma et l’audiovisuel, les menaces sécuritaires et l’extrémisme violent dans certaines zones d’Afrique".
Élise Foniyama Ilboudo Thiombiano, ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme du Burkina Faso a assuré que "le gouvernement prendra toutes les mesures sanitaires et sécuritaires pour un bon déroulement du Fespaco".
Mais dans un pays miné par les attaques djihadistes, les défis sont de taille.
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Défi sécuritaire
Le Burkina Faso fait face depuis plus de 5 ans à des attaques djihadistes régulières et meurtrières, en particulier dans le nord, l'est du pays, les zones proches du Mali et du Niger.
La zone dite des "trois frontières" est frappée par une insurrection depuis que des groupes armés islamistes ont occupé de grandes parties du nord du Mali en 2012 et 2013.
En mai dernier, l'armée burkinabè a lancé une opération de grande envergure en réponse à une recrudescence des attaques de groupes armés. Malgré cela, les forces de sécurité peinent à empêcher les violences qui ont fait plusieurs milliers de victimes et ont contraint plus d'un million de personnes à quitter leur foyer au cours des deux dernières années.
Le Sénégal à l’honneur
Le Sénégal est le pays invité d’honneur de cette biennale, au nom de la coopération culturelle entre les deux pays, selon le porte-parole du gouvernement.
De Djibril Diop-Mambetty, Dyana Gaye, Alain Gomis (double Etalon d’or de Yennenga – Fespaco 2013 et 2017), à Mati Diop, les organisateurs souhaitent notamment mettre à l’honneur le travail de ces cinéastes "ambassadeurs du pays de la Terranga et de l’Afrique du 7e art".
Les réalisateurs et réalisatrices des 17 films en compétition sont originaires de 15 pays du continent, avec le Burkina, l’Égypte, le Sénégal, l’Angola, le Cameroun, le Nigeria, la Tanzanie, de la Côte d'Ivoire, leTchad, le Rwanda, le Maroc, et la Tunisie ; et plus rarement présents au cinéma la Somalie, la Namibie, le Lesotho et Haiti.
Les cinéphiles découvriront ainsi Air conditioner de Mario Bastos (Angola), Baamum Nafi(Le Père de Nafi) de Mamadou Dia (Sénégal), Bendskins (Moto Taxi) de Narcisse Wandji (Cameroun), Eyimofe (This is My Desire) de Chuko Esiri (Nigeria), Farewell Amor d'Ekwa Msangi (Tanzanie), La nuit des rois de Philippe Lacôte (Côte d'Ivoire), Les trois lascars de Boubakar Diallo (Burkina Faso), Nameless (Les Anonymes) de Mutiganda Wa Nkunda (Rwanda), Oliver Black de Tawfik Baba (Maroc), Souad d'Amin Ayten (Egypte), The White Line de Desiree Kahikopo-Meiffret (Namibie) ou encore This is not a burial, it is a resurrection de Jeremiah Lemohang Mosese (Lesotho).
En lice également des films présentés lors de la dernière édition du Festival de Cannes, comme de Mahamat Saleh Haroun (Tchad), Freda de Gessica Généus, La Femme du fossoyeur de Khadar Ahmed (Somalie), Feathers d'Omar El Zohairy (Egypte) ou encore Une Histoire d'amour et de désir de Leyla Bouzid (Tunisie).
Qui est Alex Moussa Sawadogo, le nouveau directeur général ?
L’une des nouveautés capitales du FESPACO 2021 est liée à la nomination du nouveau général, Alex Moussa Sawadogo, qui signe sa première année a la tête de l’organisation.
Titulaire d’une maîtrise en Histoire de l'Art de l'université de Ouagadougou et d’un Master of Art en Management culturel et des médias obtenu à Hambourg en Allemagne, Alex Moussa Sawadogo est spécialisé dans la programmation des films d'Afrique, et dans la création et la gestion des projets culturels.
Né en 1974 à Grand-Bassam, en Côte d’Ivoire, cet homme de culture est connu pour avoir co-cree dès 2007 le Festival des Films d’Afrique de Berlin – AFRIKAMERA. En 2011, il a lancé avec la même équipe le festival de danse contemporaine africaine "Border Border Express" et "Moussokouma" en 2013, ' Nuits Blanches à Ouagadougou ', Timbuktu is Back, une biennale qui se déroule au Hebbel am Ufer (HAU) à Berlin.
Membre du jury et directeur artistique dans de nombreux festivals de films, il a esquissé sa vision dans le monde entier. Sa nomination en octobre 2020 à la tête du FESPACO apporte une nouvelle dynamique au cinéma d’Afrique et de la diaspora.