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Avortement médicalisé : près de 20 ans après le protocole de Maputo, où en est-on?
- Author, Awa Cheikh Faye
- Role, Journaliste - BBC Afrique
Le long combat des femmes africaines pour avoir accès à une interruption volontaire de grossesse sécurisée a encore de beaux jours.
Dans la plupart des pays sur le continent, elles se battent pour le droit à l'avortement. Les associations de défense des droits des femmes en ont même fait une thématique récurrente de leur lutte.
Car si, les Etats africains se sont engagées à garantir leur droits et libertés en signant le protocole de Maputo, dans la pratique, peu d'entre eux mettent en œuvre cette convention.
Le Protocole de Maputo, adopté en 2003, constitue l'un des premiers cadres juridiques pour la protection des droits et des libertés des femmes et des jeunes filles en Afrique.
Il reconnaît l'accès à un avortement médicalisé dans certaines conditions tel un droit humain dont les femmes doivent jouir sans restrictions.
Cependant sa mise en œuvre reste limitée sur le continent.
Combien de pays ont signé le Protocole de Maputo ?
Cinquante-deux pays africains ont signé ou ratifié le Protocole de Maputo, mais sept d'entre eux (l'Angola, le Congo, l'Egypte, Madagascar, la Mauritanie, le Sénégal et la Sierra Léone) ont des lois en contradiction avec celui-ci.
Ces dispositions réglementaires ne permettent pas l'interruption volontaire de grossesse dans aucun cas.
Les lois de certains de ces pays autorisent l'avortement uniquement pour sauver la vie de la femme.
Depuis l'adoption du protocole, quelques pays ( la Tunisie, l'Afrique du Sud , le Cap-Vert, le Mozambique, la Zambie...) ont réformé leurs lois afin de respecter- et dans un cas, de dépasser - les critères juridiques de l'Union africaine en matière d'avortement sans risque.
L'UA autorise l'interruption volontaire de grossesse lorsque la vie ou la santé physique ou mentale de la femme est menacée et dans les cas de viol, d'inceste et de grave anomalie fœtale selon un rapport de 2020 de l'institut Guttmacher intitulé 'From Unsafe to Safe Abortion in Sub-Saharan Africa: Slow but Steady Progress'.
Dans 28 autres pays, l'avortement est autorisé dans certaines circonstances, et non toutes celles qui sont énumérées dans le Protocole de Maputo.
Plus globalement l'avortement est restreint dans la plupart des pays africains.
Certains pays disposent de lois écrites en matière d'avortement plus restrictives que les pratiques observées ou présumées.
Dans d'autres, les lois en matière d'avortement sont vagues et sont sujettes à diverses interprétations.
Les avortements sur le continent en chiffres
Plus de 8 millions d'avortements ont lieu chaque année sur le continent africain dont les trois quarts sont réalisés dans des conditions non sécurisées, lit- on sur une fiche d'information du Population Reference Bureau.
Parmi toutes les régions au monde, l'Afrique possède, selon les estimations, le nombre le plus élevé de décès liés à des avortements, atteignant plus de 15 000 en 2017, représentant ainsi 7% des décès liés à la grossesse.
Ces données ont été recueillies dans le cadre du projet Strenghening Evidence-Based Policy to Expand Access to Safe Abortion.
L'Organisation mondiale de la Santé considère qu'un avortement est sécurisé lorsqu'il est réalisé selon les directives de l'OMS par un prestataire qualifié utilisant une méthode recommandée par l'OMS appropriée à l'avancement de la grossesse.
À l'échelle mondiale, environ 55% des avortements sont sécurisés.
En Afrique, seuls 24% le sont.
Les avortements sont considérés comme non sécurisés lorsqu'ils sont réalisés par des personnes ne possédant pas les compétences ou les informations nécessaires ou dans un environnement ne répondant pas aux normes sanitaires minimales ou les deux.
Un problème de santé publique
En 2019, l'Afrique subsaharienne présente le taux de létalité lié à l'avortement le plus élevé de toutes les régions du monde, avec environ 185 décès pour 100 000 avortements, soit un total de 15 000 décès évitables chaque année selon les chiffres compilés par le Guttmacher Institute.
Les efforts en cours pour améliorer la sécurité de l'avortement et élargir l'accès à des soins post-avortement de qualité ont probablement contribué à une baisse de deux cinquièmes de ce taux depuis 2000, où l'on estimait à 315 le nombre de femmes décédées pour 100 000 avortements.
Déterminer l'incidence de l'avortement dépend en grande partie de la légalité ou non de la procédure.
Là où les avortements sont légaux, ces procédures sont généralement recensées de manière officielle.
Néanmoins, dans les cas où les avortements sont restreints sur le plan juridique, ils ne sont pas facilement comptabilisés.
Les données dont on dispose proviennent essentiellement de l'OMS et d'autres agences des Nations Unies et du Guttmacher Institute.
Elles conviennent que les rapports sur les avortements provoqués sont souvent imprécis dans la mesure où les statistiques nationales ne sont souvent pas disponibles et que les avortements sont insuffisamment rapportés dans les pays où l'avortement est restreint sur le plan juridique.