Comment les produits chimiques toxiques qui nous entourent peuvent affecter la fertilité féminine

    • Author, Jasmin Hassan, Pauliina Damdimopoulou et Richelle Duque Björvang
    • Role, *The Conversation

Le taux de natalité est en baisse dans le monde entier.

Dans tous les pays européens, il passe même en dessous des niveaux du taux de remplacement de la population, qui correspond au nombre d'enfants nécessaires par femme pour maintenir la population stable.

Bien que ces baisses puissent être dues au fait que de nombreux adultes reportent intentionnellement la naissance de leur premier enfant, ou choisissent volontairement de ne pas en avoir, un nombre croissant d'études suggèrent que cela n'explique pas entièrement la baisse des taux de natalité.

Certaines recherches indiquent également que la baisse de la fécondité est un facteur majeur contribuant à ce déclin.

Un facteur lié à la baisse de la fertilité est la présence de produits chimiques industriels dans notre environnement.

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On sait beaucoup de choses sur l'impact de ces produits chimiques sur la fertilité masculine, mais il n'y a pas eu beaucoup d'études sur la façon dont ils affectent les femmes.

C'est ce que recherchait notre récent projet.

Nous avons constaté que l'exposition à des polluants chimiques communs était associée à un nombre inférieur d'ovules dans les ovaires des femmes en âge de procréer.

Bien que ces produits chimiques aient été interdits depuis, ils étaient autrefois utilisés dans des produits ménagers comme les produits d'imperméabilisation au feu ou les sprays anti-moustiques.

Et ils sont toujours présents dans l'environnement et dans les aliments comme les poissons gras.

Moins d'ovules

Nous avons mesuré les niveaux de 31 produits chimiques industriels courants, tels que le HCB (un fongicide agricole) et le DDT (un insecticide), dans le sang de 60 femmes.

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Parallèlement, nous avons mesuré leur fertilité en fonction du nombre d'ovules de réserve qu'elles avaient dans leurs ovaires en les comptant dans des échantillons de tissu ovarien à l'aide d'un microscope.

Comme les ovaires sont situés à l'intérieur du corps et que leur accès nécessiterait une intervention chirurgicale, l'équipe a choisi des femmes enceintes qui devaient subir une césarienne, car cela permettait d'accéder aux échantillons de tissus sans avoir à subir d'opération supplémentaire.

Nous avons constaté que les femmes dont l'échantillon sanguin contenait des niveaux plus élevés de substances chimiques avaient également moins d'ovules immatures dans leurs ovaires.

Nous avons trouvé des liens significatifs entre la réduction du nombre d'ovules et certains produits chimiques, notamment le PCB (utilisé dans les réfrigérants), le DDE (un sous-produit du DDT) et le PBDE (un retardateur de flamme).

Plus de produits chimiques, moins d'ovules

Comme la fertilité féminine dépend de l'âge, nous avons veillé à ajuster nos calculs en fonction de ce paramètre.

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Il en ressort que l'exposition à ces produits chimiques entraîne une diminution du nombre d'ovules chez les femmes de tous âges.

Nous avons également constaté que les femmes présentant des niveaux élevés de produits chimiques dans le sang avaient plus de mal à tomber enceintes.

Pour celles qui présentaient les niveaux les plus élevés de produits chimiques dans le sang, il fallait plus d'un an.

Contrairement aux hommes, les femmes naissent avec un certain nombre d'ovules immatures dans leurs ovaires et ne peuvent en produire de nouveaux.

Cette "réserve" (le nombre d'ovules dans vos ovaires) diminue naturellement avec les ovulations mensuelles, ainsi qu'avec la mort normale des follicules.

Lorsqu'elle tombe en dessous d'un niveau critique, la fertilité naturelle prend fin et la ménopause commence.

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Nos résultats impliquent que les produits chimiques toxiques peuvent accélérer la disparition des follicules ovariens, ce qui pourrait entraîner une baisse de la fertilité et une ménopause précoce.

"Soupe" chimique

Nous sommes exposés aux produits chimiques industriels à travers notre alimentation, les produits que nous mettons sur notre peau, et même pendant notre développement dans le ventre de notre mère.

La quantité de produits chimiques industriels, ainsi que leur abondance dans l'environnement, n'ont cessé d'augmenter depuis les années 1940, avec des effets dévastateurs sur les écosystèmes, la faune et la flore, et même la fertilité humaine.

De nombreux produits chimiques ont été introduits sur le marché avec peu de preuves de leur innocuité.

Cela a conduit à une situation où les humains et l'environnement sont exposés à une grande "soupe" de produits chimiques industriels.

Jusqu'à présent, plusieurs produits chimiques se sont révélés nocifs pour la reproduction après seulement une décennie d'utilisation par les consommateurs.

Il s'agit notamment des PFAS (produit chimique utilisé dans le Téflon et les mousses anti-incendie), des phtalates (utilisés dans les emballages plastiques, les équipements médicaux, les savons et les shampooings), ainsi que des pesticides et d'autres produits chimiques industriels tels que les PCB.

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Les effets négatifs comprennent une réduction du nombre de spermatozoïdes chez les hommes et une détérioration de la capacité des femmes à tomber enceintes.

Notre étude est la première à examiner le lien entre l'exposition aux produits chimiques et le nombre d'ovules d'une femme.

Les produits chimiques que nous avons étudiés étaient tous "persistants", ce qui signifie qu'ils s'accumulent dans l'organisme au fil du temps.

Il est surprenant de constater que les produits chimiques que nous avons trouvés associés à un faible nombre d'ovules ont été limités par un traité international il y a plusieurs décennies.

Cependant, en raison de leur persistance, ils continuent de polluer l'écosystème et notre alimentation.

Il est intéressant de noter que les PCB (l'un des produits chimiques que nous étudions) ont également été associés à une diminution du nombre de spermatozoïdes et à l'infertilité chez les hommes.

La baisse simultanée de la fertilité masculine et féminine pourrait rendre difficile la grossesse pour les couples.

À l'avenir, les chercheurs devront examiner si la fertilité de toutes les femmes, et pas seulement des femmes enceintes, est affectée de la même manière par ces produits chimiques.

Mais ces résultats pourraient nous inciter à repenser la sécurité des produits chimiques afin de prendre en compte la fertilité lors des évaluations de sécurité.

Éviter certains aliments (comme les crustacés) et certains produits (comme ceux que nous mettons sur notre peau et nos cheveux) peut également contribuer à minimiser les effets négatifs des produits chimiques sur nos chances d'avoir un bébé.

*Jasmin Hassan, Pauliina Damdimopoulou et Richelle Duque Björvang sont des doctorantes en médecine de la reproduction au Karolinska Institutet.

Cet article est paru initialement dans The Conversation et est publié ici sous une licence Creative Commons.