Ce qu’il faut savoir sur la pilule contraceptive

    • Author, Isidore Kouwonou
    • Role, BBC Afrique

« J’ai été une fois surprise par une grossesse. C’est une expérience que je ne vais plus revivre dans ma vie », confie Cécile.

Cette commerçante de 39 ans et mère de deux enfants, ne peut se passer de la pilule contraceptive. Elle a fait le choix de ne pas faire d’autres enfants, surtout qu’elle voyage très souvent pour ses affaires.

Comme elle, beaucoup d’autres femmes utilisent la pilule comme méthode de contraception. Elle présente des avantages mais aussi des effets secondaires et risques pour la santé.

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Utilisation des méthodes contraceptives dans le monde

Selon la dernière étude de World Contraceptive Patterns, en 2022, le taux mondial de prévalence de la contraception, toutes méthodes confondues, était estimé à 65 % contre 63% en 2011, et le taux d'emploi des méthodes modernes à 58,7 % pour les femmes en âge de procréer (15-49 ans) mariées ou en couple.

Ils deviennent donc de plus en plus nombreux, en tout cas, ces couples qui optent pour les méthodes de contraception, afin de décider de la dimension de leur famille et de l’espacement des enfants.

Qu'est-ce qu'une pilule contraceptive ?

La pilule contraceptive est une méthode hormonale de contraception féminine par voie orale permettant d’éviter les grossesses non désirées.

Mme Poovi Folly, Sage-femme qui travaille dans une clinique à San Pedro en Côte d’Ivoire indique qu’elle est de plus en plus utilisée pour prévenir des grossesses, espacer ou réduire les naissances.

On rencontre deux types de ces hormones qui ont des actions contraceptives, selon la sage-femme. Il y a la pilule oestro-progestative qu’on appelle encore pilule combinée avec plusieurs générations et la pilule progestative qui est non combinée.

Ces pilules ont pour rôle de modifier l’endomètre pour empêcher la nidation, c’est-à-dire empêcher les spermatozoïdes de franchir le col de l’utérus et bloquer une possible ovulation.

Et « c’est en fonction de votre profil médical qu’il faut choisir le type de pilule que vous devez prendre. Cela doit être une décision entre votre médecin et vous », a-t-elle souligné.

La pilule contraceptive est efficace à 99,7% s’il n’y a pas d’oubli et si elle n’est pas vomie.

Comment prendre une pilule contraceptive ?

Lorsque le profil médical de la patiente le permet, celle-ci peut prendre la pilule contraceptive, après avis du médecin. Le Docteur Charles Evo, Gynécologue-Obstétricien indique qu’il y a des plaquettes de 21 comprimés et celles de 28 comprimés.

« Il faut prendre la pilule tous les jours à des heures régulières, et la quatrième semaine, vous aurez vos règles », a-t-il fait savoir. Parce que pour une pilule de 21 comprimés, l’arrêt de la prise hormonale la quatrième semaine va induire des règles. C’est le même principe pour les plaquettes à 28 comprimés, avec une pilule oestro-progestative par exemple.

« A la quatrième semaine, les comprimés en couleur sont des comprimés placébo qui ne contiennent pas d’hormone. C’est comme si on ne prend pas de pilule en fait », a noté le Gynécologue. Pour la plupart des pilules, elle protège jusqu’à 12 heures, selon elle.

Dans tous les cas, il conseille de prendre le premier comprimé le premier jour des règles. Ensuite un comprimé par jour, au moment qui convient le mieux, mais à des heures régulières, jusqu’à la fin de la plaquette.

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L’effet de la pilule, à en croire le spécialiste, est immédiat. Il est important d’observer 7 jours d’arrêt (période à laquelle arrivent les saignements), après une plaquette de 21 comprimés.

Mais il y a certaines femmes qui décident de ne pas s’arrêter à la quatrième semaine pour ne pas oublier. « Pour ne pas oublier, moi je prends sans arrêts mes comprimés. C’est devenu une sorte de rituel pour moi », a confié Cécile, commerçante, en couple, mais qui a décidé de limiter ses enfants à deux.

Donc que ce soit la plaquette qui contient 21 comprimés ou 28 comprimés, la patiente doit prendre la pilule tous les jours à la même heure et arrêter à la dernière semaine pour que surviennent les règles. Sur la plaquette de 21 comprimés, on arrête la prise entre le 21e et le 28e jour et pour la plaquette de 28 comprimés, on peut poursuivre la prise, mais les comprimés ne contiennent plus des hormones, donc cela revient au même, selon la Sage-femme, diplômée d’échographie et de la médecine fœtale Deborah Perrot.

Pour Dr Fifa Gbodossou, Gynécologue Obstétricien au Sénégal, « une pilule contraceptive peut être prise à n’importe quel moment du cycle mais dans le meilleur des cas, elle doit être débutée entre le 1er et le 3eme jour des règles ».

Le plus intéressant, selon lui, c’est qu’« elle peut aussi être utilisée en relais lorsqu’on désire changer de méthode contraceptive ».

Ce qu'il faut faire en cas d'oubli

Il peut arriver à tout le monde d’oublier de prendre sa pilule. Les médecins soulèvent souvent ces cas que les patientes évoquent avec eux.

En cas d’oubli, il y a deux possibilités qui s’offrent à la patiente. Soit cela fait moins de 12 heures par rapport à l’heure habituelle que la pilule est oubliée, soit cela fait plus de 12 heures. Lorsque l’oubli fait moins de 12 heures, ce n’est pas très grave, vous prenez le comprimé oublié et poursuivez la prise à l’heure habituelle.

Deborah Perrot, la Sage-femme échographiste explique : « Exemple vous prenez votre pilule habituellement à 15h et vous vous rendez compte à 2h du matin que vous l’avez oublié, ça fait moins de 12h, ce n’est pas grave. Vous la prenez et vous continuez à l’heure habituelle ».

En cas d’oubli de plus de 12h, c’est-à-dire que le lendemain à 10h qu’on se rend compte qu’on a oublié la pilule qui devrait être prise la veille à 15h, on n’est plus protégé par la pilule. Il faut alors prendre le dernier comprimé oublié et poursuivre la plaquette aux heures habituelles. Ensuite se protéger pendant 7 jours suivant l’oubli en utilisant en même temps des contraceptifs non hormonaux.

« Le préservatif sera plus efficace, puisque comme vous n’êtes plus protégé par votre pilule, il faudra attendre au moins une semaine pour pouvoir à nouveau être protégé », a-t-elle souligné.

Cécile a fait les frais de cet oubli en tombant enceinte une deuxième fois. « Je n’étais pas préparée pour avoir mon deuxième enfant. J’étais allée voir toute furieuse mon médecin qui, finalement, m’a expliqué ce qui s’était passé », a-t-elle indiqué. Elle avait continué la pilule sans se protéger après plus de 12h d’oubli, selon son témoignage.

Il arrive des cas où l’oubli concerne l’un des 7 derniers comprimés de la plaquette, c’est-à-dire les comprimés en couleurs. Perrot soutient qu’il faudra continuer la plaquette et supprimer l’arrêt des 7 jours et enchaîner directement avec une nouvelle plaquette.

« Dans ce cas, vous verrez que vous n’aurez pas des règles ou il aura un changement par rapport à ce que vous avez comme d’habitude », a-t-elle renchéri.

Quand utiliser la pilule du lendemain

En cas de rapport sexuel dans les 5 jours précédant l’oubli, il faut alors faire recours à la contraception d’urgence, notamment la pilule du lendemain, qui sert à limiter le risque de la survenue d’une ovulation. « Ce n’est pas efficace à 100% », selon Deborah Perrot.

La pilule du lendemain est recommandée dans ce cas. Il en existe deux types : Norvelo qu’il est possible de prendre jusqu’à 3 jours après le rapport sexuel mal protégé et Ellaone qu’on peut prendre jusqu’à 5 jours après le rapport sexuel. La prise du comprimé doit être proche du rapport sexuel.

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Avantages de la pilule contraceptive

Il y a de nombreux avantages, selon les spécialistes, dans le choix de la pilule contraceptive. C’est un des moyens contraceptifs les plus fiables. Elle contribue beaucoup à la réduction de l’importance et de la durée des saignements ainsi que de la douleur pendant les règles. Certaines pilules améliorent les symptômes de l’acné.

Sur ce dernier point, Cécile a manifesté sa satisfaction. Elle a noté une disparition de l’acné au niveau de son visage. « Au début, j’ai cru que ce sont mes pommades qui ont fait le travail. C’est lorsque mon médecin m’a révélé ça que j’ai su ce bienfait de la pilule sur mon corps ».

Pour Dr Fifa Gbodossou, la pilule contraceptive permet de corriger un trouble du cycle menstruel chez la femme, diminuer l’intensité des règles douloureuses, maintenir une bonne densité osseuse, une protection contre le cancer de l’ovaire et le cancer colorectal et de réduire les ménorragies fonctionnelles.

Des études suggèrent en effet que les femmes sous pilule combinée risqueraient moins d’être atteintes d’un cancer de l’ovaire ou de l’endomètre.

Selon une étude américaine, plus la contraception orale dure longtemps, plus le bénéfice en termes de réduction des risques des cancers de l'ovaire et de l'endomètre est important. Cette étude montre qu'une contraception orale durant au moins 10 ans diminue le risque de cancer de l'ovaire de 40% par rapport à l'absence de contraception orale ou une utilisation de moins d'un an.

Effets secondaires et risques de la pilule contraceptive

Les pilules contraceptives peuvent toutefois provoquer des effets secondaires.

« J’ai arrêté de prendre la pilule lorsque j’ai commencé par prendre du poids et sentir des douleurs au niveau de mes seins. Avec l’accord de mon médecin, j’ai dû changer de méthode », a confié Cécile. Elle a ajouté que ses règles devenaient aussi irrégulières et, selon son médecin, c’est également l’un des effets de la pilule.

Selon la Sage-femme Folly Poovi, « l’irrégularité des règles et les maux de tête sont les raisons qui amènent les femmes qui prennent la pilule à revenir chez nous ». Et elle ajoute : « Lorsque ces effets deviennent chroniques, on les conseille d’arrêter la pilule pour essayer une autre méthode après consultation ».

Les risques les plus importants concernent l’augmentation de certaines maladies cardiovasculaires (infarctus, accident vasculaire cérébral) et de formation de caillots de sang dans les veines, surtout chez les femmes qui fument. C’est pourquoi il est fortement recommandé de ne pas fumer quand on prend ce moyen de contraception.

A en croire certaines études, la pilule contraceptive, combinée ou progestative, peut être un facteur de risque pour certains cancers, notamment du sein, du col de l’utérus et du foie.

Il est important de retenir que la pilule n'est pas le seul moyen de contraception existant.

Votre médecin ou une sage-femme peuvent vous aider à choisir la contraception qui vous conviendra le mieux, avec ou sans hormones, notamment en fonction de votre histoire personnelle et familiale.

La méthode choisie peut évoluer au fil de la vie et des situations que vous rencontrerez.

Pilule contraceptive pour homme, pourquoi ça tarde ?

Selon les informations, les scientifiques travaillent sur la pilule contraceptive pour homme depuis près d’un demi-siècle, mais elle n’est pas près de voir le jour.

Le manque de financement et le désintérêt présumé des hommes font qu'aucune pilule n'a jamais été produite en série.

Il n’a fallu qu’une décennie pour que la pilule féminine soit disponible. Or c’est depuis 1970 que les premiers essais de la pilule masculine ont été faits.

Des scientifiques affirment que la mise au point d’une pilule contraceptive masculine est plus complexe que celle des femmes. Une pilule qui agit en interrompant la production des spermatozoïdes peut avoir des effets secondaires graves.

La science et la médecine de la reproduction ont principalement concentré leurs recherches sur le corps de la femme, négligeant celui de l’homme.

Ce retard dans la production d'une pilule contraceptive masculine conforte un préjugé selon lequel la responsabilité de ne pas tomber enceinte incombe d'abord à la femme.